‹ La chambre des poisons (volume 2)Chapitre 14 sur 17 · LA [.KTIKK DB CACHET · texte numérisé non relu

LA [.KTIKK DB CACHET

peu soulagé du despotisme de la vieille, et qui appréciait davantage le caractère franc, loyal et fier, quoique rude et vindicatif, de la princesse allemande, après s'être trouvé aux prises avec celui de madame de Maintenon, faux, souple, insinuant et perfide dans les plus petites comme dans les plus grandes choses. Louis XIV, qui avait jeté la plume sans signer la lettre de cachet, n'était plus occupé que de la nouvelle venue, qu'il invita d'abord à s'asseoir à sa droite, et qu'il combla de prévenances. La duchesse douairière d'Orléans gardait le silence en pinçant les lèvres et en grinçant les dents; elle reportait à chaque instant les yeux vers madame de Maintenon, comme pour témoigner à celle-ci, avec des gestes et des grimaces d'impatience, qu'elle serait bien avisée de lui laisser la place libre. Madame de Maintenon affecta de ne pas comprendre cette pantomime, et retint même la duchesse du Maine, qui s'était levée pour se retirer.

— Sire ! dit Madame en frappant du pied 1<:

parquet et du poing le bras de son fauteuil, j'espérais que vous seriez seul, et je m'en réjouissais, dans l'espérance de vous pouvoir entretenir en particulier.

— Si vous le désirez, madame, répondit le roi en faisant signe à la duchesse du Maine de sortir, ma belle-fille s'en ira?

— La vérité est, sire, que j'ai grand besoin de vous parler, et que le plus tôt sera le mieux pour tout le monde. Mais le sujet que je vais entamer ne peut être abordé devant personne autre que vous, ajouta-t-elle en désignant madame de Main tenon. .

— Cependant, madame, je n'ai pas le pouvoir de faire que les personnes qui ont leurs entrées dans mon appartement s'en aillent.

— S'il en est ainsi, j'attendrai que ces personnes se lassent d'être aux écoutes, et me cèdent le champ pour parler.

— Il y a personne et personne, madame, répliqua en souriant la marquise de Maintenon, qui soutenait la guerre avec armes courtoises , en apparence, contre la douairière d'Orléans.

'AO'2 LA LETTRE m: CACHET.

Vous me priez un peu bien durement de partir d'ici, où j'ai plus droit que vous de rester ! Je pourrais, moi, vous dire avec plus de raison ce que vous dites, et vous conseiller de ne pas demeurer trop long-temps!

— Je ne reçois de conseils que du roi, madame! repartit la princesse Palatine, qui traitait toujours la marquise de Maintenon, femme presque avouée de Louis XIV, comme la veuve du poète Scarron. Mais vous plait-il que je vous conseille, à mon tour?

— Madame, les bons conseils, de quelque part qu'ils viennent, ne sont point à dédaigner, et je les prends de toute main.

— Faites donc votre profit de celui-ci, madame; on doit se rendre justice à soi-même en estimant sa propre valeur...

— Vos conseils seraient mieux donnés visà-vis d'une glace, madame; choisissez-en une qui grossisse les objets!

— Enfin, madame, je vous avoue que j'ai affaire d "rire seule, réellement seule avec le ri et que vous me ser irez plus que vous n avez

fait dans toute votre vie, en me cédant la place ce soir jusqu'au souper du roi!

— Et vous, madame, vous me serez agréable au-delà du possible, en ne vous opposant pas à ce que je demeure.

— Holà! mesdames, accordez-vous! s'écria Louis XIV, qui n'avait jamais réussi à faire naître la bonne intelligence entre elles.

— Sire ! dit la douairière, ordonnez, s'il vous plaît, à madame de lever le siège pour que vous me puissiez entendre !

— Sire! dit madame de Maintenon, apprenez à Madame, qui l'ignore, que je suis de moitié dans vos secrets les plus cachés !

— Oui, mais vous n'êtes et ne serez pas dans les miens, dont il s'agit en cette circonstance, madame.

— La circonstance, Madame, m'embarrasse peu, et je ne concéderai pas à la violence ce que j'eusse accordé peut-être à la douceur...

— Mesdames ! mesdames ! interrompit le roi, qui était obligé de ménager l'une et l'autre pour les influencer à la fois.

304 l.A LKTTRI l»F. CACHET.

— Que suis-je donc, sire ? objecta la princesse Palatine, si la veuve de votre frère et la première de la famille royale n'obtient pas de vous ce que vous ne refusez point au plus mince gentilhomme, une audience particulière?

— Dieu me garde de vous la refuser ! madame; mais vous l'aurez dans un autre moment, où madame deMaintenon n'y sera point.

— Dans quel moment, si ce n'est celui d'à présent! s'écria vivement la princesse Palatine. En cas que vous ne soyez pas libre dans votre appartement, venons ailleurs ; mais je me suis déterminée à vous parler ce soir, et ce soir, je vous parlerai malgré tout le monde.

— Je ne suis pas tout le monde, madame, vous le savez, reprit madame de Main tenon, conservant un sang -froid qui semblait s'accroître à mesure que la douairière d'Orléans s'irritait et s'emportait davantage. Nous attendrons jusqu'à demain?

— Eh! madame, vous feriez mieux d'être au ehevet de M. le duc du Maine, qui s'est mis tu lit en piteux état î

— Le duc du Maine! répéta en tressaillant madame de Maintenon , qui avait un cœur de mère pour ce prince qu'elle avait élevé.

— M. du Maine est malade 5 dites-vous? madame, demanda tranquillement la duchesse du Maine, qui était restée pour voir la fin de ce débat. En vérité, il n'était pas malade hier!... Cependant je serais plus inquiète si je ne l'avais vu d'une semaine.

— Encore un malade, et peut-être... murmura Louis XIV, qui fut distrait péniblement de la querelle des deux rivales.

— Sire ! dit madame de Maintenon toute émue de cette nouvelle, je réclame la liberté d'y aller voir. Sans doute madame exagère le mal et le danger ! . . . C'est du moins un bonheur que ce cher prince soit à Versailles, et non à Sceaux! Venez, madame!

— Mon Dieu ! madame , ne vous en tourmentez pas plus que je fais ! dit la duchesse du Maine, qui la suivait en riant. M. du Maine est homme à garder le lit et à mander les médecins

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