‹ La chambre des poisons (volume 2)Chapitre 2 sur 17 · L A P PART KM KM · texte numérisé non relu

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grand prince, docte comme un académicien, dévot comme dix jésuites, fjdèlc comme un amant, ennemi du mensonge...

— Vous n'aurez jamais tout dit, si vous ne dites pas que je vous chéris autant que vous le méritez ! Mais, madame, ne songerez-vous pas quelque jour à l'œuvre de votre salut, et ne cesserez-vous de rire, de chanter, de danser, dans l'appréhension de l'enfer ?

— Bon ! monsieur; il faut bien que je me réjouisse, puisque je ne me réjouirai pas longtemps. C'est l'avis de l'astrologue!

Elle se remit à voltiger, tantôt sur un pied, tantôt sur l'autre, en chantonnant d'une voix peu lugubre : J'ai vingt-six ans! Le duc de Bourgogne ne continua pas à la sermoner, et finit par sourire de ces enfantillages qui n'annonçaient point une conscience bien tourmentée. A peine fut-il retourné à ses écritures, que madame de Caylus, nièce de madame de Maintenon, vim de la pari de ^a tante inviter la princesse à se rendre- sur-le-champ auprès d'elle. [Madame

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de Maintenon, adoptant l'étiquette attachée à la condition d'une véritable reine, ne faisait aucune visite , pas même au roi, à moins qu'il ne fut malade et ne gardât la chambre. La dauphine ne s'était pas proposé d'aller chez madame de Maintenon avant i heure du souper du roi, et elle parut mécontente d'un contre-temps qui l'empêchait de jouer dès l'ouverture de l'Appartement; néanmoins, elle se fit violence pour dissimuler sa mauvaise humeur, qui ne dura guère, et obéit à la favorite avec empressement : elle oublia d'emporter avec elle son or et sa tabatière, qui restèrent sur la toilette de sa chambre;

Elle trouva madame de Maintenon fort agitée. Cette dame , qui était seule dans un petit appartement voisin de celui du roi, avait la précaution de s'environner comme d'un nuage si épais de dentelle noire, qu on ne distinguait pas le plus petit coin de son visage : on voyait sortir deux mains maigres et blanches d'un amas de taffetas noir sous lequel disparaissaient les formes d'une femme, et dans le fond de ces coiffes n. 3

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brillait un regard perçant et grondait une voix fêlée : c'était là madame de iMaintenon, qui gouvernait Louis XIV et la France. Elle ne pouvait s'accoutumer elle-même au spectacle de sa décrépitude, et elle ne levait son voile que pour communier. Si le chevalier de Meré et Villarceaux eussent vécu encore, ils auraient refusé de reconnaître leur maîtresse, l'amie et la rivale de Ninon , dans ce squelette qui semblait vêtu pour ses funérailles!

La dauphine s'élança impétueusement aux genoux du spectre, baisa les mains décharnées qu'on lui tendait, et dirigea ces mains contre sa figure , où elle s'appliqua elle-même de légers soufflets; puis, elle sauta sur les genoux osseux de la vieille, et s'y balança ainsi qu'un enfant qu'on endort, en chantant à la sourdine le chœur ftAthalie : Tout l'univers est plein tic sa magnificence , par une allusion délicate au présent que lui avait fait madame de Maintenon. Celle-ci fut touchée de ce remerciement dans lequel on la mettait sur le pied de Dieu, et elle embrassa la jeune princesse . qui fui

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comme ensevelie sous les dentelles. Quand la dauphine se releva pour prendre une position plus tenable, elle sentit une vive douleur de tête qui lui fit porter la main à la tempe droite : elle crut s'être heurtée au dossier du fauteuil où était assise madame de Maintenon, et se mit à pleurer comme un enfant, non tant à cause de la douleur que du dépit qu'elle en ressentait.

— Eh bien! qu'est-ce, ma chère fille? lui demanda madame de Maintenon, ignorant la cause de ces larmes abondantes.

— Oh ! le vilain fauteuil ! reprit la dauphine avec une sorte de mutinerie exprimée par des coups de pied qu'elle adressait à ce meuble inofîensif ; j'ai failli me rompre le crâne contre lui. La belle chose que c'eût été de voir une dauphine de France mourir d'une bosse à la tête ! Par amitié pour moi , ma tante , je vous prie de quitter ce vilain siège.

— Volontiers, madame, repartit madame de Maintenon, qui se déplaça aussitôt et s'assit sur un pliant ; mais je crains que mon fauteuil ne

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soit parfaitement innocent dn tort que vous lui imputez. Souffrez-vous encore, ma fille? en ce cas, offrez à Dieu ces souffrances, et priez-le de les tenir en compte pour racheter celles du purgatoire.

— Voici que la douleur s'en va , dit la duchesse de Bourgogne en retirant sa main de son front et en faisant succéder le rire aux pleurs. C'est l'effet de quelqu'une de vos prières, ma tante, car jamais je n'éprouvai une telle angoisse ! . . .

— Vous ne soupçonneriez guère pourquoi je vous ai mandée, madame, au lieu d'attendre que vous vinssiez chez le roi?

— Je vous suis obligée, ma tante, de m'avoir ainsi donné occasion de vous remercier plus tôt...

— Ne me remerciez point , ma fille ; vous vous y êtes engagée on acceptant le don que je

vous fais sur mon épargne Je vous ai donc

mandée, afindevous instruire de ce qui se passe et de vous mettre en état de bien conseiller le roi, s'il vous interroge, et je suis certaine qu il

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vous interrogera. Lisez, je vous prie, ces rapports qui me viennent de bonne main...

— Dites-m'en plutôt la teneur en peu de mots, ma tante? car j'ai promis d'aller à l'Appartement ce soir.

— Eh bien ! vous y arriverez un quart d'heure plus tard, et ce sera autant de gagné sur votre passion du jeu. Lisez vous-même ces curieuses notes, et retenez-en le menu pour donner au roi votre opinion, qui sera sans doute conforme à la mienne?

La duchesse de Bourgogne , effrayée à la vue d'une liasse de papiers qu'on lui présentait pour qu'elle en prît connaissance , ne s'y résigna que sous la condition tacite d'abréger cette lecture qui gênait ses projets ; mais elle y trouva, dès les premières lignes, assez d'intérêt pour ne pas sauter une page : c'étaient des rapports de la police secrète que madame de Maintenon entretenait à la cour, en dehors de la police générale, pour connaître jusqu'à l'intérieur des familles et jusqu'à la pensée des personnes. Ces rapports

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étaient tous plus ou moins relatifs au duc d'Orléans. Tandis que la dauphine parcourait rapidement les pièces qu'on lui avait soumises, madame de Maintenon , qui la suivait d'un regard sournois , feignait de ne pas détourner les yeux d'un livre de prières qu'elle avait pris pour contenance. Tout-à-coup, la dauphine éclata de rire, et prétexta le souvenir intempestif d'une naïveté de son mari, pour excuser une hilarité qui blessait au vif l'amour-propre de madame de Maintenon, parce qu'elle savait le motif de ces rires moqueurs : la vieille fée en rougit, ce que ses coiffes couvrirent à propos , et elle invita seulement la princesse à lire plus attentivement.

— Que vous semble de cet excès de scélératesse et de turpitude ? lui dit-elle en la voyant reposer les papiers sur la table.

— Si tout cela était vrai, le duc d'Orléans serait bon à rouer en place de Grève, reprit la dauphine, qui ricanait à part elle.

— Doutez-vous que cela soit vrai, madame !

répliqua madame de Main tenon animée de colère par l'expression de ce doute qui avait l'air de prétendre justifier le duc d'Orléans. Je pense, au contraire, qu'on a ménagé les termes...

— Oh ! ma tante ! dit-elle en riant à visage ouvert avec d'autant plus de force quelle s'était contenue quelque temps : vous croyez que M. le duc d'Orléans s'est risqué à porter la malhonnête santé que le témoin oculaire ose à peine marquer par la première lettre du mot? je ne sais quel peut être ce mot , mais je le suppose des plus indécens...

— Oui, madame, repartit vivement madame de Maintenon ; M. le duc d'Orléans n'est point corrigé depuis son affaire d'Espagne, et il a l'effronterie de répéter en France les ordures qu'il disait à l'armée contre mon honneur !

— M. le duc d'Orléans a le défaut d'aimer la table et d'y laisser sa raison dans le vin. Je le haïrais moins, si vous ne le haïssiez pas tant ; car il a du bon, il est d'humeur joviale, il compose de jolis vaudevilles, il danse et chante à merveille. . .

— Fi ! madame , gardez-vous de défendre un

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homme abominable qui a tous les vices et qui en fait narade !

— Enfin, ma tante, que vous plaît-il que je représente au roi ? Ces papiers parlent assez d'eux-mêmes, je crois.

— Oui , ces papiers renferment ce qu'il faut pour intenter un procès criminel à M. le duc d'Orléans, comme auteur et instigateur de sorcelleries, maléfices et athéisme, comme tendant à usurper le pouvoir et les droits du roi...

— Et comme provocateur d'une santé trèsmal sonnante ! ajouta malignement la dauphine.

— Mais le roi ne se résoudra jamais à faire mettre en jugement son neveu, fût- il chargé de tous les crimes.

— Que souhaitez-vous que le roi fasse, ma tante? assurément le roi le fera, et je m'y emploierai de mon mieux.

— 11 serait opportun que le roi exilât de la cour, même du royaume, ce méchant prince, qui déshonore la famille royale.

— Les choses n'en sont pas à ce point , ma tante : le duc d'Orléans consulte les sibvlles,

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jette des sorts , achète des poudres , porte des santés injurieuses; ces griefs n'ont point une si grave importance , que la famille royale en soit atteinte.

— Que je vous reconnais bien là, madame, toujours disposée à excuser le duc d'Orléans !

— Qui l'excusera, ma tante, si tout le monde l'accuse? Je veux être plus généreuse à son égard que madame du Maine. ..

— Madame du Maine, madame, me témoigne plus d'affection que vous ne faites, quand elle m'avertit sous main...

— Des santés que porte M. le duc d'Orléans en soupant avec ses amis? interrompit dédaigneusement la dauphine, jalouse de la duchesse du Maine en raison de la faveur et de l'amitié que madame de Maintenon accordait à cette dernière. Votre madame du Maine est donc bien informée de ce qui se passe aux soupers de M. de Noce?

— Madame du Maine a cent yeux et cent oreilles pour entendre et voir ce qui touche à nos intérêts, madame.

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— Allons, madame, ne vous faites aucune violence pour déclarer que vous me préférez madame du Maine?

— Mon Dieu ! madame, que vous jugez mal les sentimens qu'on a pour vous î quelle comparaison voulez-vous faire de vous et de madame du Maine? Est-ce à madame du Maine que je fais confidence de mes pensées ? Serait-ce madame du Maine qui me pourrait prêter son appui auprès du roi? Si j'avais pour elle la même tendresse que j'ai pour vous, petite ingrate, elle se trouverait plus avancée dans sa fortune , et le roi la verrait du même œil que vous...

— Holà ! ma tante, pourriez-vous faire que la femme d'un bâtard devint dauphine de France?

— Le bâtard que vous dites , madame , est maintenant prince légitimé, et les distances sont bien rapprochées.

— Eh bien! madame, s'écria la dauphine rouge décolère et reportant la main à son front , vous aurez bientôt le champ libre pour conduire par la main votre chère madame du Maine, car je m'en vais mourir!

— Mourir, ma chère fille? reprit madame de Maintenon, qui se repentit d'avoir soulevé un débat dans lequel la duchesse de Bourgogne et la duchesse du Maine étaient intéressées, et qui n'ignorait pourtant pas que le caractère inflexible de la dauphine lui résisterait jusqu'au bout. La Providence ne s'exposera point à ce que je la maudisse.

— Ah ! quelle affreuse douleur de tête ! disait la princesse, qui l'attribua seulement à la contrariété qu'on lui avait causée. Oui , madame , je voudrais mourir à vos yeux pour vous faire un remords éternel de m' avoir tuée !

— Ma bien aimée fille , je vous promets de ne plus vous contredire, à condition que vous ne souffrirez de la tête ni d'autre part? dit madame de Maintenon, qui craignait que le roi n'arrivât et lui reprochât d'avoir contrarié la princesse, dont les pleurs et l'air abattu pouvaient beaucoup sur la volonté la plus tenace de Louis XIV.

— Voici que je souffre moins , madame, reprit la dauphine, que madame de Maintenou

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accusait tout bas de jouer une comédie. Mieux vaudrait accoucher de quatre enfans à la (ois, que d'être martyrisée de la sorte !

— Vous avez tort, ma chère fille, de vous tourner contre madame du Maine, qui vous aime comme sa propre sœur, et vous devriez plutôt vous déclarer pour elle contre le duc d'Orléans : ainsi , elle se plaint de ce que son page de chambre est depuis huit jours prisonnier au Palais- Royal , où l'on exerce sur le pauvre enfant les plus durs traitemens.

— Ah ! cela passe toute permission, répliqua la dauphine, qui n'avait plus qu'un léger ressentiment de sa douleur aiguë; est-ce pour faire affront à madame du Maine que M. le duc d'Orléans retient ce page? Mais, j'imagine, ce page est peut-être de la façon de Son Altesse royale, laquelle multiplie considérablement, dit-on, et dans ce cas, le père a toute autorité sur le fils. Croyez-moi, ma tante : ne nous mêlons pas des affaires de la mouche à miel de Sceaux, de crainte de nous piquer les doigts.

— Ça, que direz-vous au roi, qui va venir,

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ma chère fille ? demanda d'un ton câlin madame deMaintenon.

— Je lui dirai d'abord que je suis passionnée pour vous, ma tante, et que vous avez plus de vertus que les plus grandes saintes de la légende; ensuite, j'ajouterai que les gens qui vous calomnient et vous outragent mériteraient d'avoir la langue percée d'un fer rouge; enfin... si la fortune m'a été favorable au jeu, je dirai tout ce qu'il vous plaira.

— Vous direz, ma fille, que M. le duc d'Orléans est une pierre d'achoppement et un scandale vivant...

— Madame, le roi sort de son appartement! dit mademoiselle d'Aumale, qui entr'ouvrit la porte d'un cabinet et la referma aussitôt.

— Mademoiselle d'Aumale! cria la dauphine en courant à la porte où cette familière de madame de Maintenon s'était montrée ; mademoiselle d'Aumale, allez quérir ma boîte de tabac qui est restée sur la toilette de ma chambre, avec mon manchon et l'argent qu'il contient?

— Est-ce pour désespérer le roi que vous

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songez à prendre du tabac devant lui? Ce serait le moyen de le rendre intraitable.

— Que vous êtes ce soir dune humeur farouche ! dit la dauphine, qui cherchait un prétexte pour esquiver une rencontre avec le roi , et pour paraître au moins à l'Appartement. Vous ne vous gênez pas , ce me semble , pour vous couvrir de senteurs, quoique le roi les redoute, et vous trouvez étrange que j'use de tabac qui me fait plaisir et n'incommode personne? c'est là de l'égoïsme qui s'accorde mal avec votre singulière piété! Cependant, comme je ne veux point déplaire au roi, je vais, si vous le permettez, aller en ma chambre, et je m'y cacherai pour satisfaire un appétit que vous blâmez , mais que le père de La Rue ne s'est pas encore avisé de reprendre, parce que j'omets d'en parler dans mes confessions.

— Ma chère fille , demeurez , je vous prie, pour préparer le roi à m'écouter et à faire ce que je souhaite?

— La douleur de tête me tient derechef, ma tante, et j'ai besoin de faire usage de tabac;

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niais je reviendrai vous assister de mon mieux, à condition que vous ne travaillerez pas davantage à l'élévation de madame du Maine.

— Non, madame ; il sera temps d'y penser et de vous intéresser à cette justice lorsque vous serez reine de France !

La dauphine , entendant ouvrir la porte par laquelle Louis XIV entrait chaque soir chez madame de Maintenon, s'empressa de sortir par une autre avec tant de rapidité que le roi ne soupçonna pas que quelqu'un eût quitté la chambre à son approche. La princesse s'empressa de se rendre dans le salon d'Apollon, où le lansquenet n'attendait plus qu'elle; et, après avoir reçu distraitement les hommages des courtisans, qui la saluèrent l'un après l'autre sans lui adresser la parole, elle s'assit à une table de jeu avec les personnes qu'avait invitées de sa part Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau, son chevalier d'honneur, qui l'accompagnait partout hors de ses appartemens. Le duc de Noailles était au nombre des joueurs à la

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table de la dauphine, qui envoya chercher sa tabatière et son argent.

— Monsieur de Noailles, dit-elle gracieusement à ce seigneur, je vous remercie du tabac d'Espagne que vous avez fait remettre dans ma chambre : il n'a pas son pareil, et je vous donne la charge de m'en fournir par extraordinaire.

— Madame, répondit le duc en tirant de la poche de sa veste une tabatière d'écaillé étoilée en or, Votre Altesse royale m'accuse d'avoir montré peu d'empressement à la contenter?... Mais le ballot de tabac avait été porté par erreur chez M. le duc d'Orléans, qui me l'a fait rendre, en me priant de lui laisser une partie de ma drogue pour les menus-plaisirs de son nez.

— Quoi! monsieur le duc, ce n'est pas vous qui m'avez envoyé une boite pleine du meilleur tabac qu'on puisse imaginer?

— Non, madame; quelqu'un s'est pressé de me devancer, et j'en ai moins de regrets, si votre Altesse royale ne s'en plaint pas.

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— Il faudrait n'avoir pas de nez , pour se plaindre de ce tabac délectable ! d'ailleurs, vous en allez tâter...

— Madame, dit le marquis de Dangeau, qui, apportait le manchon et non la tabatière , vos femmes ont cherché par toute votre chambre la boîte que vous demandez, et ne l'ont rencontrée nulle part; madame la duchesse du Lude, qui l'a vue pendant que vous la teniez dans vos mains, présume que vous l'avez laissée chez madame de Maintenon.

— Ai-je la mémoire à l'envers, et suis-je devenue insensée ? s'écria la dauphine en frappant du poing sur la table.' Je me rappelle fort bien avoir mis cette boîte auprès de ce manchon , et les personnes qui ne l'y ont plus trouvée sont certainement maladroites.

— Je retourne moi-même dans votre chambre, madame, et j'y ferai remuer tous les meubles, jusqu'à ce que cette boîte soit retrouvée; aussi bien , ne peut-elle pas être perdue , car l'honneur de tous vos officiers en serait compromis.

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