‹ La chambre des poisonsChapitre 6 sur 8 · L'OIIDIŒ DE LA MOUCHE A MIEL · texte numérisé non relu

L'OIIDIŒ DE LA MOUCHE A MIEL

— Ne raillez pas, reprit amèrement le jeune homme , qui contempla la figure moqueuse de l'Espagnole; vous étiez certes bien cachée, pour que je ne vous aie pas découverte!... Où donc étiez-vous , madame ?

— J'étais seule en conférence avec mes pensées, dit-elle d'un accent profond.

— Je voudrais connaître quelles sont les pensées qui vous tiennent lieu des personnes ! mais je me dois contenter que mes pensées, bien différentes des vôtres, ne soient pas réalisées

— Vraiment, vous avez aussi des pensées qui vous font compagnie? demanda Léonora, à qui un soupçon traversa l'esprit, et qui s'expliqua mal la défiance que le page lui témoignait.

— Ingrate adorée, ai-je et puis-je avoir d'autres pensées que celles qui me viennent de vous ? s'écria Jacques en lui baisant la main avec tant de vivacité qu'elle ne put le prévenir.

— Que faites-vous ? lui dit-elle toute rouge de frayeur; on vous a vu peut-être!... Venez au moins dans un lieu où nous soyons à l'abri

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des regards curieux... Je veux savoir quel était le fond de votre pensée pendant que vous fûtes en peine de moi, reprit-elle d'un ton pénétrant et avec un regard fixe qui ne laissait pas de retraite à une réponse évasive.

— Faut-il vous l'avouer? répondit Jacques en rougissant, j'en ai honte, et je vous supplie de me pardonner !

— Je vous pardonnerai quand vous aurez fait l'aveu de votre faute , si c'en est une.

— Ce serait un crime que je ne me pardonnerais pas moi-même, si j'avais de sang-froid conçu cet étrange, ce ridicule soupçon !

— Quel soupçon ? demanda-t-elle avec moins d insistance et plus d'embarras.

— J'ai cru un moment que vous me trompiez, et que vous m'aviez sacrifié à un rival puissant, d'une naissance et d'un rang qui font mieux ressortir la médiocrité des miens...

— Un rival! répéta mélancoliquement Léonora en remuant la tête d'un air incrédule « i dédaigneux; pauvre enfant, combien vous nie '•onnaissez peu! Et ce rival?

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— Le duc d'Orléans ! dit en hésitant Jacques Van Dole, qui remarqua l'impression extraordinaire que ce nom prononcé dans cette circonstance inattendue avait produite sur Léonora.

— Le duc d'Orléans ! reprit-elle en affectant une surprise'railleuse qui fit place sur-le-champ à un mouvement d'anxiété extraordinaire. Il est donc ici? murmura-t-elle dans un trouble trop violent, pour que son visage, sa voix et sa contenance n'en fussent pas altérés.

— Je le croyais ! repartit le page qui suivait douloureusement les pas de l'Espagnole emportée à la recherche du prince qu'elle espérait rejoindre dans la fête.

— Vous ne l'avez donc pas vu? dit-elle en s'arrêtant abattue et désolée ; il n'est point ici?

— Pourrait-il y être? je n'avais pas réfléchi avant de l'imaginer , et c'est la jalousie seule , une jalousie aveugle et sourde, qui m'a créé cette chimère pour me mettre au désespoir.

— Vous supposiez alors que j'aimais le duc d'Orléans, ou que j'étais près de l'aimer?

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— Je supposais tout ce qui avait quelque apparence capable de me rendit • malheureux; et de me faire quitter cette vie que je ne supporterais pas sans vous.

— Rassurez-vous, Jacques, répliqua Léonora en donnant à ses paroles une expression presque prophétique, je n'aimerai personne désormais , hormis celui qui secondera ma vengeance !

— Votre vengeance? répéta lé page, qui ne put se défendre d'un sentiment d inquiétude et de terreur. \ous savez bien, Léonora, que je suis prêt à mourir pour vous, dès que vous lr commanderez !

— Non, Jacques, reprit-elle avec mie sombre exaltation, ce n'est pas à toi de mourir, mais à lui !

Ils se trouvaient en ce moment dans la salle des Antiques, où commençait à déborder le trop plein delà fo nie qui s'étouffait dans l'Orangerie. Léonora Pacheco, dont la beauté étrangère ei le costume espagnol attiraient partout les yeux

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et les commentaires, s'aperçut qu'elle était un objet de curiosité, et que la nature de son entretien, qui devenait plus vif et plus passionné à chaque instant , ne serait pas douteuse pour les témoins indiscrets qui l'observaient à distance ; elle regarda l'heure à sa montre entourée de perles et de brillans, calcula en silence l'emploi du temps jusqu'au départ pour Chatillon, fit jouer son éventail orné de charmantes peintures , et flaira des pastilles de senteur.

— Jacques , lui dit-elle à voix basse en feignant d'examiner un vase de fleurs, il y là bien des yeux ouverts pour nous épier; je crois prudent de ne pas afficher ainsi notre intelligence.

— Non , ces gens ne nous voient pas seulement, occupés qu'ils sont de la musique et du ballet. Ne m'enviez point un tète-à-tête que vous m'avez promis et qui ne finira que trop tôt.

— Mon Dieu! que voulez-vous donc encore médire? murmura-t-elle avec un geste d'impatience qui n'avait rien de flatteur et qui lui

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