CORRECTION DES RAYONS LUMINEUX RÉFLÉCHIS
Quand on reçoit sur un écran, dans une chambre noire, un rayon de lumière solaire réfléchie directement par le miroir, en passant à travers l’objectif, on remarque une teinte jaunâtre terne, désagréable à l’œil, qui se traduirait sur le négatif par une altération des tons du sujet, un manque de netteté et une perturbation générale. Or, pour que la lumière soit bonne photographiquement , il est aussi nécessaire qu’elle soit agréable à la vue ; les substances photogéniques possèdent la même faculté que cet organe ; elles sont insensibles à l’action du rouge, du jaune et du vert, tandis que le bleu, le violet, et surtout les rayons actiniques, qui n’affectent aucune couleur visible, les impressionnent fortement.
Les phénomènes insaisissables qui opèrent des réactions chimiques prennent de grandes proportions dans le microscope employé comme instrument photographique; on est obligé de recourir à une forte intensité qui, combinée avec le faible diamètre des lentilles, amplifie les perturbations. En réfléchissant les
rayons lumineux au moyen dos diverses dispositions précitées, il arrive nécessairement que les rayons se rencontrent de façon à détruire les vitesses de leurs vibrations réciproques; celles-ci sont anéanties, et l’obscurité se produit, parce que, comme la lumière se propage par ondulations, leur arrêt engendre «à leur
intersection une interférence d’ondes ; donc la lumière ajoutée à la lumière donne de l’obscurité, et ceci est d’autant plus sensible que le grossissement est plus fort, et que le sujet à reproduire se prête à intervertir les rayons. Mais il faut qu’ils soient homogènes et originairement partis du même point et se rencontrent sous un angle aigu. La largeur des franges ou lignes causées par l’intersection des ondes n’est pas la longueur de l’onde, mais elle lui est proportionnelle; les longueurs d’ondes du violet au rouge étant entre elles
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comme deux est à trois, les vibrations de ces deux couleurs sont comme trois est à deux ; le rapport de vibration du violet au rouge est donc de 3/2. (Longueurs des ondes : rouge, 6,2 ; jaune, 5,5 ; vert, 5,1; bleu, 4,6; violet, 4,1.)
Dans le but de corriger les défectuosités qui se manifestent par l’interférence et par les rayons caloriques examinés précédemment, il est nécessaire de faire passer la lumière à travers un milieu modificateur avant qu’elle forme l’image.
Ce fut Amici qui le premier pensa à appliquer la lumière monochrome à l’observation microscopique ; il employa simplement les rayons du spectre sans avoir paru en retirer grand bénéfice ; cela ne semblait avoir une application directe que dans quelques exceptions expérimentales. Ensuite von Baer étudia l’éclairage monochromatique au moyen d’une cuve à faces parallèles en verre remplie d’un liquide. Parmi les différents liquides proposés, on peut citer : une solution d’alun donnant un champ incolore et éliminant complètement les rayons caloriques; une solution violette d’aniline; l’eau pure, à peine teintée d’indigo, a par elle-même un grand pouvoir absorbant de la chaleur rayonnante. M. Stokes, qui a découvert le phénomène de la fluorescence, a rendu visible la lumière extra-prismatique à l’aide d’une solution de sulfate de quinine concentrée; mais elle passera les
rayons depuis le rouge jusqu’à la ligne G de Frauenhofer. Cependant M. Royston Pigott regarde les rayons rouges du haut du spectre comme convenant le mieux aux fortes amplifications; il y a ainsi une sorte de correction de l’aberration restée dans les lentilles après leur fabrication, qui est favorable aux expériences délicates sur les frsfs-objets.
Fig. 34. — Cuve en lames de verre ù faces parallèles contenant le liquide
monochrome.
M. Woodward, et ensuite M. Moitessier, ont, dans leurs travaux photomicrographiques, fait usage d’une cuve de lames de verre parallèles cimentées, écartées d’environ 1 ou 2 centimètres, contenant une solution de sulfate de cuivre ammoniacal à 5 p. 100. Ce liquide monochromatise la lumière avantageusement; il élimine les rayons inactifs, ne laisse parvenir que ceux de l’extrémité violette du spectre, qui est la
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plus énergique et donne une radiation brillante. Quoiqu’il laisse encore passer quelques rayons caloriques, néanmoins peu nuisibles , il est celui qui peut être regardé comme le meilleur.
La lumière polarisée a la propriété de fournir un éclairage variable suivant les différentes gammes de ton du spectre; elle arrive ainsi à modifier l'aspect des préparations; c’est ce qui a fait proposer à M. Bertsch d’appliquer dans le corps du microscope solaire photographique un système de polarisation chromatique, facilitant l’agrandissement des corps dont la transparence est trop prononcée et dont les couleurs sont inactives; il donne un champ homogène qui remplace la cuve à sulfate de cuivre, passant par tous les tons, depuis le rouge jusqu’au violet, et donnant par conséquent l’orange et le jaune. Quoique ceci ne soit pas indistinctement applicable à tous les corps, on réussira dans certaines circonstances appropriées, en prenant soin de faire valoir les tons les plus favorables qui peuvent, dans ce système, être dissemblables, tandis que la cuve à liquide monochrome donne une lumière toujours identique une fois réglée.
La réflexion à l’aide du prisme serait très-bonne, s’il était assez ample pour recevoir un faisceau solaire assez large qui répondît aux besoins photographiques ; elle permettrait à la fois de ne fournir qu’une image unique de la lumière et de la transmettre avec
énergie. M. Neyt, de Gand, s’est servi d’un prisme à mouvement parallactiquc, en y ajoutant un condensateur achromatique dont les rayons sont dirigés sur trois autres lentilles placées à une distance telle qu’elles peuvent être utilisées seules ou séparément.
En supposant qu’on voulût combiner l’éclairage prismatique avec le passage de la lumière à travers un liquide destiné à la monochromatiser, on emploierait un prisme de Steinheil : il est formé de trois glaces juxtaposées et soudées par la pression atmosphérique ; dans la capacité qu’elles renferment, on introduit tel liquide necessaire.
D’après M. Woodward, l’éclairage transmis par la cuve au sulfate de cuivre est plus intense que celui du prisme. Il s’exprime ainsi dans le Journal de la Société de micrographie de Londres : « Il serait facile de remédier mécaniquement à la difficulté de manipulation du prisme ; mais, outre la déperdition de lumière à la surface, il en existe une autre définie résultant de son indice de réfraction, qui est directe en rapport de la distance. En conséquence, le prisme doit être placé à court intervalle de l’ouverture inférieure du condenseur achromatique, placé ici afin de donner une dispersion suffisante au rayon violet équivalent à l’éclairage homogène. Avec un grand prisme en flint, il faut une distance d’environ 8 pouces; L’œil est satisfait du ton. Avec de fortes amplifications,
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l’éclairage est beaucoup plus faible qu’en faisant usage de la cuve ; ceci est prouvé par une expérience comparative : les rayons solaires sont réfléchis par un miroir plan sur le prisme, lequel est placé près d’une ouverture percée dans le volet d’un cabinet noir. La disposition est faite en sorte que le rayon violet du spectre soit projeté dans un tube noirci ; à 8 pouces du prisme, la lumière violette était interceptée par une lentille concave, dont la monture était à I'extré-
mité du tube ; son but est d'augmenter la dispersion et d’accroître ainsi le temps d’exposition nécessaire pour produire une impression mieux caractérisée sur la glace sensible. En face de la glace, se trouvait une coulisse avec une ouverture, arrangée de telle façoi que deux petites glaces pouvaient être exposées successivement ; le champ étant éclairé, l’une d’elles fut soumise à l’impression pendant vingt-cinq secondes, puis elle fut recouverte ; le prisme alors fut retiré et remplacé parla cuve à sulfate de cuivre, et l’incidence des rayons lumineux dirigée sur la lentille concave, comme précédemment. Une autre glace fut exposée encore pendant vingt-cinq secondes ; au développement, on remarquait que celle qui avait été impressionnée par les rayons transmis par la cuve était beaucoup plus foncée que sous l’influence de ceux du prisme. Il faut conclure que la cuve remplie d’une solution de sulfate de cuivre est plus avantageuse que
8i LA CHAMBRE NOIRE ET LE MICROSCOPE,
le prisme, à cause de la petite quantité de rayons étrangers qui sont transmis sans interférences.
Dans certaines dispositions de l’appareil comme dans celles du microscope inclinant adapté à la chambre noire, l’interposition de la cuve est généralement incommode; on est dans l’obligation de la placer entre le réflecteur et le porte-objet, endroit qui offre
Fig. 55. — V. Verre bleu placé dans le trajet des rayons lumineux, pour corriger l'éclairage.
peu de latitude, surtout si les rayons solaires tombent suivant un angle d’incidence ouvert. On satisfera en grande partie aux exigences de la monochromatisation en lui substituant un verre bleu cobalt très-pur , monté sur une gaine annulaire placée dans la pièce mobile de la coulisse ; ils se fabriquent par les lunettiers. Dans le cas où le mécanisme ne serait pas organisé pour le recevoir, on Axerait avec de la cire un morceau de ce verre sous la platine. Afln d’être
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rpaître de varier l’intensité de la teinte bleu cobalt, selon les circonstances, on possédera trois ou quatre de ces verres ayant entre eux une graduation de coloration. On les montera séparément ou sur une charnière, de sorte qu’ils soient présentables successivement et di>tinctement, mais non pas recouverts les uns par les autres. C’est un tort de croire qu'en agissant ainsi, avec plusieurs teintes claires, on formerait une teinte foncée également bonne à un seul verre de même valeur ; la superposition des différentes lames apporterait une interversion nuisible dans la direction des rayons éclairants.
Avec cette méthode, on élude l’interposition de la cuve ; si la théorie n’est pas la même, nous pouvons affirmer, par suite d’un long usage, que le verre bleu cobalt mince donne de bons résultats dans la pratique; l’interférence qu’il produit quelquefois n’est sensible que dans certaines acceptions des forts grossissements.
Après avoir énoncé brièvement les éléments théoriques sur l’éclairage, il semblerait à celui qui entreprend la photomicrographie que des obslacles multiples se dressent devant ses débuts. Il est à remarquer que la théorie se simplifie beaucoup d’elle-même quand on a manié la réflexion de la lumière pendant quelque temps avec un des systèmes précités. Cependant, celui qui commence essayera la photographie sans mono-
chromatisation, pour se pénétrer (les différences qui en résultent.
En comparant la valeur d’une épreuve éclairée directement, avec une autre prise dans des circonstances identiques, mais avec lumière homogène, il jugera, par lui- même, de la nécessité relative d’opérer ainsi.
Fig. 30. — Bourhc de mouche commune (Musca ilomesticu).