NÉGATIFS AU COLLODION HUMIDE
Le procédé au collodion humide est le plus simple et le plus répandu ; c’est celui qui convient le mieux pour obtenir des épreuves photomicrographiques.
Le collodion est une dissolution de coton soluble dans l’éther et l’alcool, auxquels on ajoute des iodures et des bromures. Le coton soluble est une substance variable et délicate de préparation; elle forme la base du collodion. Elle se prépare en immergeant du coton dans un mélange d’acide sulfurique et nitrique
additionnés d’un peu d’eau. La température s’élève par la réaction des acides jusqu’à 65 ou 70 degrés ; il est ensuite lavé et séché.
Tour préparer le collodion, on forme un mélange d’éther et d’alcool dans lequel on introduit le coton divisé par touffes ; au bout de peu de temps, il est complètement dissous ; on ajoute ensuite les iodures et les bromures et l’on agite afin d’opérer une mixtion intime; au bout de quelques jours, lorsqu’il est bien reposé, on le décante. Il subit en vieillissant différentes modifications dans sa qualité, qui le rendent plus ou moins propre à l’obtention d'un bon négatif.
Les formules de collodion sont variées à l’infini ; leur valeur dépend des agents nombreux qui entrent dans sa composition. Il faut choisir une formule convenable et l’appliquer le plus intelligemment possible :
Éther sulfurique (58°) CO cent, cubes.
Alcool (94°) 40 —
Coton azotique 1 gr.
Iodure de cadmium 0.5 —
— d’ammonium 0.5 —
Bromure d’ammonium 0.25 —
(D r V. Monckhoves.)
On le conserve dans un endroit frais et obscur, dans des flacons complètement remplis, bouchés en liège. En été, par les fortes chaleurs, il est nécessaire de
PROCÉDÉS OPÉRATOIRES PHOTOGRAPHIQUES. 89 mettre plus d’alcool et moins d’éther ; en hiver, on agit en sens contraire. La manière dont l’extension se fait sur la glace est le guide dans cette appréciation.
Les iodurcs dans le collodion forment l’iodure d’argent, et les bromures neutralisent l'action chimique des couleurs ; les iodures tendentà l’épaissir. L’iodure de cadmium, le plus employé, donne de l’épaisseur à la couche, mais permet une longue conservation ; l’iodure de potassium donne de l’intensité au développement, mais n’étant soluble que dans l’eau et trèspeu dans l'alcool et l’éther, il tend à désagréger le collodion ; aussi ne l’ajoute-t-on qu’en très-petite quantité ; l’iodure d’ammonium seul exclurait la conservation, mais il donne delà fluidité.
Pour étendre le collodion sur la glace, bien nettoyée préalablement et passée au blaireau, on la prend de la main gauche par l’angle supérieur gauche, et la tenant à peu près horizontalement, on verse dessus une certaine quantité plus considérable que pour la couvrir : imprimant un léger mouvement vers l’angle droit et inclinant davantage, toute la surface est couverte, et l’on recueille l’excédant dans un flacon. Elle ne doit être mise au bain d’argent que quelque temps après, quand sans être sèche, la couche a acquis une certaine consistance.
SENSIBI L IS AT 10 N
Le bain d’argent est ainsi composé : eau pure, 100 parties ; nitrate d’argent fondu blanc, 8 parties. Le mélange du nitrate d’argent avec l’eau lui donne une teinte laiteuse ; il est alors impropre à produire une bonne épreuve. Afin de le corriger, on l’expose en plein soleil dans une cuvette en porcelaine; quand l’argent s’est précipité sous forme de matière boueuse et noirâtre, on l’en débarrasse par le filtrage après l’avoir rendu à son titre normal en rajoutant l’eau que l’évaporation aurait enlevée. Le bain se modifie avec l’usage ; il fonctionne mieux quand on y a immergé quelques glaces. Il diminue par absorption, l’éther et l’alcool du collodion y sont entraînés ; il se charge de matières étrangères. Vieux, il précipite de petits cristaux qui font des piqûres à la couche du collodion, et il produit un voile sur les négatifs; le traitement par l’exposition au soleil le rectifie avantageusement. On propose quelquefois de l’aciduler avec une goutte d’acide nitrique pour éviter certaines réductions ; le degré d’acidulation est exact, quand le papier bleu de tournesol, laissé quelques secondes dans le bain, rougit peu et lentement. Cette précaution est inutile avec le développement à l’acide pyrogallique.
PROCÉDÉS OPÉRATOIRES PHOTOGRAPHIQUES. 91 Le bain se conserve dans un flacon bleu ou jaune à large ouverture bouché à l’émeri, pour donner la faculté de placer dessus un entonnoir, au fond duquel on a tassé une petite touffe de coton imprégnée d’alcool ; cet entonnoir est spécial au filtrage des solutions argentifères. Souvent on vérifiera si la densité est normale; on s’en assure au moyen d’un pèse-nitrate, que l’on plonge dans le liquide ; quoique cette méthode ne soit pas rigoureusement exacte, à cause de l’addition forcée d’alcool et d’éther, elle est néanmoins suffisante dans la pratique journalière. Il est préférable d’employer une cuvette horizontale plutôt qu’une cuvette verticale ; la concentration est moins prononcée et l’on n’entraîne pas les impuretés de la surface en y abandonnant la glace, qui est rapidement recouverte de la nappe du liquide, si l’on évite un temps d’arrêt. La quantité de bain nécessaire est moindre dans une cuvette horizontale.
Au bout de quelques secondes, on soulève la glace, qui a déjà pris une teinte mate blanchâtre, en se servant d’un crochet d’argent, jusqu’à ce que les taches huileuses disparaissent ; elles indiquent que la sensibilisation n’est pas terminée. La glace pourrait rester plus longtemps au bain, mais les impuretés tenues en suspension sont portées à se déposer sur la couche de collodion, et de plus une partie de l’iodure tend à être absorbée. Donc, aussitôt qu’elle présentera une
surface bien imprégnée et laissant couler complètement le liquide, elle sera prête, et placée dans le châssis négatif pour être exposée à la chambre noire.