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PHOTOGRAPHIE DES CORPS OPAQUES

Reproduire les corps éclairés par transparence, c’est la méthode la plus suivie, qui offre le plus de facilité, et qui donne les meilleures épreuves. Ce n’est qu’exccptionnellement qu’on se trouve dans l’obligation d’opérer sur des corps très-petits, impénétrables à la lumière. Autant que possible, on évitera cette particularité, en tournant la difficulté par l’art de la prépara-

152 I.A CHAMBRE NOIRE ET l,E MICROSCOPE,

tion. O» tâchera de convertir les matières opaques, soit en les amincissant, soit en les imprégnant de substances qui les rendent diaphanes, sans exercer aucune

Ki|f. i". —

Spécimen de reproduction d’objet demi-opaque. (Coupe d’un fanon de haleine.)

dénaturation. Ilsne seront reproduits sous la lumière réfléchie que quand il y aura nécessité absolue, ou lorsque les opérations de conversion offriraient une solution trop incertaine. La difficulté du travail réside principalement dans la faiblesse de la lumière, qui

APPLICATIONS ET OPÉRATIONS COMPLÉMENTAIRES. 133 exclut un allongement un peu grand de la chambre noire, et dans le relief même des corps qui prohibe une mise au foyer précise et uniforme simultanément de la surface totale. On est dans les acceptions de la photographie ordinaire, dont on a tous les inconvénients, augmentés encore du manque d'éclairage et d’éloignement.

En employant la disposition du microscope inclinant adapté à la chambre noire horizontale, aussi bien (jue celle du microscope vertical, l’éclairage se fait dans tous les cas avec une lentille d'une convexité pro-

1 ig. 18. — l'ied articulé à crémaillère portant une loupe pour condenser la lumière sur les matières opaques.

noncée, montée sur pied mobile. Elle amènera les rayons lumineux condensés sur les corps opaques, de façon à ménager quelques ombres, calculées pour produire l’effet de relief le plus avantageux. La

LA Cli AMURE NOIRE ET LE MICROSCORE.

lentille est ainsi remplacée par un petit ballon tic verre, semblable à ceux qui sont en usage dans les laboratoires ; étant rempli d’eau très-pure, il fournit un point brillant sans développer de calorique. Ce mode

Fig. i'J. — Dallon rempli d'eau pour l'éclairage convergent des corps opaques.

d’éclairage était déjà employé dans les observations microscopiques par llook (1 772). Il est nécessaire d’ajouter une lentille convexe qui recondense les rayons trop diffus émanant de la boule et allonge un peu la distance focale.

Pour satisfaire également aux conditions photographiques, comme à celles de la disposition du conden-

APPLICATIONS ET OPÉRATIONS COMPLÉMENTAIRES. 135 sateur, il est nécessaire de recevoir la lumière selon une direction calcnlée par rapport à la position du corps opaque ; celle qui se rapproche d’une incidence de 45° n’est ni trop ouverte, ni trop aiguë. La condensation peut être remplacée par la réflexion de la lumière à l’aide d’un miroir concave, dans ie cas où la trop grande proximité de l’objectif serait gênante, pour placer une lentille.

Fig. 50. — Terre fossile de Hisse* (Barbades). — Foraminifères détachés naturellement en bianc sur un fond noir.

On fera apparaître les corps opaques sur un fond noir, ou un autre qui les fasse ressortir avec des tons bien tranchés. Ceci s’obtient sur la préparation même, plutôt que par un effet d’ôbscurité artificielle. La sub*

lôü LA CHAMBRE NOIRE ET LE MICROSCOPE,

stance mise «à contribution est généralement d’une nature bitumineuse, et par conséquent fusible sous l’élévation de température produite par la condensasation ; c’est pour cela qu’on évitera une lumière vive qui serait maintenue longtemps dessus.

Les faibles grossissements seuls conviennent à ce genre de reproduction ; d’abord parce qu’avec un objectif fort, la distance laissée au-dessus de l’objet étant trop réduite, le faisceau lumineux serait arrêté dans sa chule par l’objectif lui-même ; ensuite parce qu’on ne peut mettre au foyer les différentes parties proéminentes d’un ou de plusieurs corps opaques, puisque la réunion des deux ou trois lentilles ne donne qu’un seul plan et que l’usage d’une seule serait insuffisant. Plus l’objectif sera faible, plus on aura de chances de succès. Une partie unique du relief étant propre à une bonne mise au foyer, on choisira celle qui présente le caractère le plus intéressant, ou, «à son défaut, un plan intermédiaire réunissant plusieursobîets situes a un meme niveau. -

Nous avons employé une chambre noire horizontaie, placée comme pour les reproductions, avec un objectif à portrait-timbre dounant un grossissement moyen de deux à quatre fois au plus. L’éclairage était simplement l’exposition directe au soleil, sans le secours d’appareils intermédiaires. On obtient ainsi facilement les échantillons de minéralogie, les coquil-

APPLICATIONS ET OPÉRATIONS COMPLÉMENTAIRES. Mo?*' lages, les cristaux moyens, les foraminifères asséï forts.

Fig. 51. — Exemple de photographie de corps opai|ues. — • Coquillages, coufrétions calcaires, provenant de sondages exécutes aux iles du cap Vert.

Dans l’intention d’eluder la loi optiijuc qui •empêche la photographie des corps opaques, on pourrait, si l’on était obligé d’en reproduire fréquemment, combiner un appareil qui permît de les réfléchir dans une glace, selon un plan d’incidence combinée, où ils se projetteraient planirnétriquement.

L’opéraleur qui se livrera particulièrement «à cette branche de la photomicrographie pourra avoir recours pour l’éclairage au miroir parabolique horizontal de Licherkühn, placé au-dessus d’une boîte ou chambre verticale, dont le fond porte l’écran et le

châssis négatif. L’ouverture du miroir est traversée par l’extrémité inférieure du corps du microscope ; le porte-objet, placé sur deux bras horizontaux, est situé au-dessus de l’objectif. Ce miroir réfléchissant la lumière dans toutes les directions donne un éclairage assez intense, mais beaucoup plus uniforme que celui

Fig. 52. — Éclairage réfléchi par le miroir de Licl>erkühn pour de.» objets opaque».

d’une simple loupe ; car les ombres sont dirigées symétriquement de la circonférence vers un unique et invariable point central. En masquant par un écran ou un carton quelconque une fraction du miroir, on remédie partiellement à la monotonie et au manque de relief. Le miroir parabolique a reçu beaucoup de modifications, et notamment par M. Beclt, ensuite par M. Sorby ; il est organisé pour pouvoir tourner autour de l’objectif du microscope ordinaire d’observation, et produire des ombres à volonté selon toutes les di-

APPLICATIONS ET OPÉRATIONS COMPLÉMENTAIRES. 139 rections. Le professeur L. Smith (de Gambia, Ohio, U. S.), puis M. Lancer, de Londres, ont été les promoteurs d’un éclairage des corps opaques soumis aux forts grossissements; il consiste en un petit miroir placé dans la partie inférieure du tubcxlu microscope qui a reçu une ouverture à cette intention ; il réfléchit la lumière par-dessus, quoique en laissant passer

autour les rayons de l’image formée par l’objectif.

Citons encore, comme appartenant à cette catégorie, le microscope minéralogique renversé de M. Highley, pour l’étude des corps opaques, ainsi que celui de M.Nachet, également renversé, pour l’observation des éléments anatomiques dans les milieux gazeux, dans l’eau et dans une température constante, quisontrenfermés dans une cellule de verre spéciale. Enfin, M. Wenham a imaginé un petit prisme de verre triangulaire qui se place sous l’objet, de façon à ce que la surface plane soit en contact avec la préparation.

Cependant, malgré les combinaisons instrumentales les plus ingénieuses, on n’est pas encore parvenu à donner une bonne solution définitive ; les épreuves sont généralement peu séduisantes et demandent des soins (pii ne sont pas toujours récompensés.

Ito

ÉPREUVES STÉRÉOMICROSCOPIQUES

L’emploi des microscopes binoculaires (modèles de Si. Nachet ou M. Wcnham) s’adresse plus particulièrement aux observations qu’aux reproductions photographiques, dans lesquelles l’image est projetée réellement ; les illusions optiques, si remarquables *' pour certains sujets un peu épais, sont beaucoup amoindries dans la photographie, qui n’en donne qu’une pâle copie. Le microscope stéréoscopique, tel . qu’il est construit, pcnt être considéré comme avanta-

Fig. 53. — Exemple d’épreuve »téréomicroscopinue.

geux par la symétrie; les deux images s’impressionnent dans des dimensions égales et parallèles, et les rayons provenant de l’objectif divisé en deux par le prisme sont équidistants; le prisme, néanmoins, enlève une certaine quantité de lumière. Le microscope

APPLICATIONS ET OPÉRATIONS COMPLÉMENTAIRES. 141 stéréoscopique s’adapte à la chambre noire, comme les instruments ordinaires.

Avec le microscope simple, il est facile de prendre alternativement deux images dans un châssis multiplicateur, ayant des dimensions en rapport avec l’écartement visuel ; il importe beaucoup alors de régler la pose, de façon que chaque épreuve ait une meme valeur de ton. On pourrait encore reproduire avec la chambre stéréoscopique ordinaire une épreuve positive, avec des ombres ménagées de manière «à faire valoir le relief.

La photographie stéréomicroscopique a été l’objet de différentes études expérimentales, dans la combinaison de l’éclairage. Lé professeur Wheatstone, voulant obtenir des épreuves où les jeux d’ombres fussent ce qui donne un aspect beaucoup plus saillant, a imaginé de faire pivoter la préparation suivant un axe fictif de 7° à 15° d’inclinaison, en évitant cependant les ombres interférentés, qui auraient pour résultat de produire des effets pseudosçopiques. Le docteur Maddox, perfectionnant cet appareil, introduisit l’usage, d’après M. Wenham et M. Smith, d’un obturateur additionnel ayant une ouverture semi-circulaire égale «à la moitié de la lentille frontale. M.JMoftessier, pour obtenir le même effet, proposa uOppetit-diaphragme qui produit deux images d’un sujet avec les deux moitiés d’un mémo objectif; ces deux portions, agis-

sant d’une manière tout à l'ait indépendante, voient l’objet sous deux angles différents. Ce moyen pseudostéréoscopique s’applique particulièrement aux sujets qui peuvent cire éclairés par en dessus.

Beaucoup d’autres appareils très-ingénieux ont été inventés pour produire et perfectionner les effets de relief dans la vision stéréoscopique, mais ils sont généralement un luxe scientifique qu’il faut faire concorder avec des préparations choisies avec discernement. Non-seulement le négatif obtenu avec ces soins méticuleux demande une grande expérience, mais aussi les positifs doivent répondre au sujet. C’est pourquoi les positifs sur verre avec un fond dépoli sont beaucoup préférables, à cause de la transparence qui s’ajoute à la pureté et à la douceur des tons.

Ce serait une erreur de supposer que l’on donnerait une solution à certains problèmes sur l’organisalion des corps, uniquement par la photographie stéréomicroscopique, surtout quand on est obligé d’avoir recours aux forts grossissements. l es perturbations lumineuses faussent souvent l’apparence du relief, faisant voir des saillies dans les parties plates.l)e plus, on ne perçoit pas cette apparence comme dans les vues extérieures, où l’imagination contribue à reconstituer la perspective; l’œil, moins familiarisé, a besoin d’être en présence de corps aux formes bien prononcées.

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