LB THBKSCHNIT, LA DILIGENCE
la nriaison, on ne fumait qu’avec l’assentiment et l’approbation de toutes les voix, et, si on pouvait l’obtehir, on en faisait usage avec discrétion; on l'wnàil avec une certaine délicatesse, de petits nuages. Cela n’a plus lieu présentement. Je vois les plus civilisés, les plus galants de nos jeunes gentilshommes, les plus timides et les plus craintifs de nos messieurs de la bourgeoisie, les plus maniérés de nos clercs de comptoir, avec gilet et sous- gilet, franchir sans façon le marchepied de ta voiture avec une pipe en feu ou un cigare allumé, et, après avoir fumé pendant une dizaine de minutes, demandant à peiné: « Cela ne dérange-t-il pas?» et sans attendre la réponse ni se laisser émouvoir par la toux de la plus aimable fille du monde, si elle a le malheur de ne pas être jolie, et continuant à infecter tout le monde. Nos dames — débonnaires comme elles le sont — n’osent jamais dire non... Moi, je maudis ce non dont je me suis chargé et dont je vais me charger eficore etl racontant le fait ici aux messieurs, mais surtout aux très-jeunes messieurs; j’en connais un qni est terrible. J’ai, un jour, dit non. C’était entre Harlem et Leyde; la vérité est que totls les carreaux étaient fermés et que nous devions respirer à douze personnes six cigares et rester en vie; mais comme je fus maltraité par l’homme qui était assis à côté de moi et avait toujours quelque chose à dire tantôt sur mon chapeau, tantôt sur mon parapluie, puis sur mes pieds, sur mon manteau et puis sur rien du tout! vraiment je n’étais pas sûr de ma vie. Aussi tout le monde est-il mis aujourd'hui sur le pied dü tabac à fumer; cet art appartient tout à fait à la vie publique et tout son matériel est devenu aussi portatif que possible; chaque Voiture est une
ambulance à tabac, toutes les élégantes longueurs de l’art de fumer ont été abrégées; plus de classique et oblongue tabatière en laque de Chine, avec la signature du propriétaire sur la couverture, mais des sacs à tabac faits d’une dégoûtante vessie de porc et suspendue par une petite courroie rouge à la boutonnière. A dire vrai, toutes les poches d’habit sont des sacs à tabac, et, quand vous voyez réunie une société de messieurs comme il faut de divers calibres et de divers mérites; vous pouvez toujours compter que, l’un dans l'autre, ils valent de six à huit s tuivers, uniquement par les cigares qu’ils portent sur eux. Plus d’élégant portecigares, droit ou recourbé, où la fumée est distillée; non, l’affreux petit rouleau tel qu’il sort des sales doigts de l’apprenti marchand de tabac, et tiré d’un petit sac de papier et mis directement dans la bouche; et y a-t-il rien d’équivoque comme la jouissance qu’il vous procure ! Ajoutez à cela que de temps en temps il est souillé et manié par les mains du premier venu qui vous emprunte un feu impur. Plus de propres et blanches pipes de Gonda, armées d’un prudent couvercle, mais un tuyau grossier, en forme de serpent, puant, imbibé de saleté; puis les allumettes à la nouvelle mode, qui font sauter un homme en arrière quand elles éclatent et qui dégagent un oxygène qui vous fait tourner le cœur. Oh 1 quand toutes ces effrayantes images me viennent à l’esprit, quand ma pensée s’épanche dans la pare atmosphère de ma chambre d’étude, où, depuis que le feu a bien brûlé dans l’à ire, il n’y a que la proportion de vingt et une parties d’oxygène et soixante-dix-neuf parties d’azote (nouveau calcul); lorsque, dis-je, ma pensée s’enfonce dans toutes ces affreuses idées et que je songe que souvent en-