LE THE K SC UNIT, LA DILIGENCE
core, très-souvent en ma vie, je devais braver l’immersion dans un bain de fumée d’herbes de toute qualité, vraiment mon coeur se serre et je déplore la cruauté de mes semblables, moitié à cause de la faiblesse de mon estomac, moitié à cause de la délicatesse de mon palais, qui ne me permettent pas, comme disaient nos pères, de sucer du tabac. Car de même qu’on doit prendre des voleurs avec des voleurs et des menteurs avec des mensonges, il faut aussi, dit-on, fumer pour pouvoir supporter des fumeurs.
J’en viens aux bavards et aux babillards par excellence. Ils sont pires que les fumeurs, parce qu’ils blessent ce qu’il y a de plus noble en vous, la tête et le cœur, ce que ces derniers ne font point, à moins qu’ils ne vous rendent grognon, — mais j'espère toujours que vous êtes un philosophe. Les fumeurs vous rendent malade, les bavards malheureux. Il est vrai, vous n’avez pas besoin de les écouter; mais comment se résigner à passer pour un rustre complet? Vous pouvez faire semblant de dormir, souvent même ils ne vous adressent pas une fois la parole, mais ils n’en parlent que plus haut à votre voisin ou à votre vis-à-vis. Oui, ce sont eux qui, par leur voix criarde, sont parvenus à dominer le bruit des roues les plus bruyantes et des portières les plus jaseuses.
Oh! que dans un pays où les chaussées sont si excellentes, on fasse et on tolère de si mauvaises diligences! Mais ici, je rends hommage à qui de droit, nobles Van Gend et Loos, Veldhorst et Van Koppen, chauds amis de l’humanité ! Dans vos voitures, on est assis sur de larges bancs; vos places sont amples K vos coussins et vos dossiers bien bourrés, vos caisses profondes, vos ressorts flexibles, vos roues
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larges; vos portières bien fermées, vos vilres modestement silencieuses, et vos quatre chevaux toujours au trot régulier. Mais beaucoup de vos collègues nous mettent dans une boite cahoteuse, étroite, retentissante, sale, humide, qui vous fait tourner la tète; une sorte de grande patraque bruyante sur quatre roues; dans les unes, nous n'avons pas de place pour nos cuisses; dans d’autres, pas d’espace pour nos genoux ; de celle-ci nous sortons les pieds gelés, de celle-là la nuque roidie; nous nous rendons malades, nous gagnons mal à la tête, nous croyons devenir fous du bourdonnement qui assiège nos oreilles et de l’ébranlement continuel de nos pieds; et souvent, au bouleversement de nos entrailles, nous nous demandons avec inquiétude lequel serait le plus heureux, d’en sortir mort ou vivant!
Mort ou vivant! oui, c’est là le danger! Dans On pays où la police he surveille pas les harnais des chevaux ni les essieux des rôües, et où, dans la plupart des lieux, le bagage que l’on charge n'est ni pesé ni compté, coihmehi se fait-ii qu’il n’arrivè que si peu de malheurs ?
Le bateau à vapeur, — me dis-je à moi-même, — amélio* rera et surpassera tout, et je pris une place de Rotterdam à Nimègue : il me donnera, les moyens de transport et me réconciliera avec les voyages, le rapide, vaste, commode, gracieux, sociable et riche bateau à vapeur. N’est-ce pas une île flottante de plaisirs, un palais à vapeur enchanté, un paradis sur l’eau? Oui, c’est un café ambulant, dit-on. Pour de petites distances, rien de plus agréable qu’un ba*
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teatf à Valeur. Mais c’est pour tes grandes tfü’on en i Besoin. Ne dites pas : * On y est aussi bien qti'à la maison. * Il est vrai qu’on y est assis sur de larges bancs avec de doûx coussins, à dé belles tables luisantes; on peut y avoir tout ce qu’on désire et y faire tout ce qu’on veut. Mais ce choc sec comme celui d’un chèval qui prend le grand trot, l’odeur mélangée d’huile et de charbon, la cherté des vivres, les prétentions du maître d’hôtel, la mauvaise iiourritürê et l’ennui, voilà toutes choses qu’on n’a pas à la maison. Je dis ennui ; car en quel lieu du monde rencontre- t-on plus de gens qui voyagent pour leur plaisir qu’à hord des bateaux à vapeur? et qu’y a-t-il de plus ennuyeux que leur Société?
Voyager pour son plaisir! O rêve! ô illusion qu’on se fait à soi-même I Est-il donc si peu de gens qui sachent combien il est difficile d’avoir du plaisir en voyage? Non, l'homme n’est pas un oiseau voyageur; c’est un animal domestique, et le cercle naturel de ses sensations de plaisir ne s’étend pas plus loin que ses pieds ne peuvent le porter. Dans le mouvement et l’inquiétude, en s’éloignant du sol où il est attaché, des relations auxquelles il est habitué, il né peut trouver le bonheur. La nature sè vénge de cette prétention insolente. Eux, des voyageurs pour leur plaisir ! A chaque jouissance qu’ils savourent, ils s’imaginent que ce n’est pas encore le plaisir pour lequel ils sont sortis de Chez eux i c’est pourquoi ils se réjouissent chaque foié qu’ils arrivent aux lièui respectifs de leur destination, bien qu’ils voyagent pour s'éloigner; et cëtlé chasse continuelle à la poursuite d’un plaisir imaginaire qui doit encore venir, fait qué leur temps s’écoule en agitations, eh décepliorts, en contrariétés.
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Tout passe devant eux: ils ne jouissent de rien. Mais, arrivés chez eqx, ils remarquent qu’ils ont dépensé une forte somme d'argent, et, comme ils en sont honteux, ils s’efforcent de faire accroire à eux-mêmes et aux autres qu’ils ont fait un charmant, magnifique et très-intéressant voyage. Oui, si l'idée qu’on se fait et la réalité n’étaient pas dans de tels rapports, des milliers de passe-ports de moins seraient délivrés chaque année aux malheureuses victimes d’un rêve que leur inspire le démon des voyages et qui ne savent pas ce qu’ils veulent. Oh! dans les belles soirées d’été, pendant les grandes vacances des universités qui sont aussi la période la plus tranquille du commerce, lorsqu’on sent qu’on peut goûter avec un calme parfait les délices de la vie intérieure, tous les chemins delà patrie sont pleins de jeunes gens qui quittent leur chambre bien-aimée, leur commode maison paternelle, leur riante campagne, leur cercle social, leurs plus chères relations, leurs plus utiles liaisons, livrés à cette fièvre exaltée d’aller faire un petit voyage de plaisir. Ils reviennent avec une figure basanée, une paire de moustaches, les vêtements fatigués, un las de linge sale et une bourse vide ; le souvenir des pieds lassés par la marche, des mauvais lits, des punaises, de la poussière, des Anglais et des voleurs. Mais les magnifiques, poétiques et émouvantes impressions qu’ils avaient espérées, les plaisirs indicibles et transportant l’àme qu’ils avaient rêvés pendant le voyage, et avec cela les belles Allemandes dont ils auraient dû être amoureux, ou la piquante baronne avec laquelle ils auraient dû avoir une aventure; l’intéressant savant connu dans le monde entier qui devait les prendre en amitié; le lord riche à trésors auquel ils devaient sauver la vie, tous ces projets qui