LE TRBKSCHNIT, LA DILIGENCE
dience, avec des inspecteurs d’écoles et des membres des commissions provinciales, avec des hommes de bourse, des marchands de chevaux et des entrepreneurs en large redingote de drap bleu, avec des commis voyageurs au doigt desquels brille un large anneau, le plus souvent une améthisle ; ils voyagent dans le dernier compartiment, sont trèsfamiliers avec les conducteurs, connaissent les chevaux par leur nom et comparent les services relatifs des diverses entreprises de poste avec des poêles qui vont faire une lecture; de nobles dames qui regardent comme au-dessous de leur condition de voyager en diligence et se vengent de cette humiliation par leur mine rébarbative; avec des jeunes filles qui sont embarrassées et qui prennent en mal qu’un monsieur étranger soit poli envers elles; avec des tantes bienfaisantes qui sont surveillées jusqu’au lieu de leur destination par une douzaine d’enfants qu’elles ont gâtés depuis des années; avec des capitaines de navires marchands fumant de longs cigares de Curaçao ; avec des chasseurs qui font plus d’attention à leur arme qu’à la pointe de \os pieds; avec des personnes fort remuantes qui sont éternellement entre les roues, et vous additionnent combien elles ont vu de pays dans une semaine; avec un monsieur scrupuleux qui, par obéissance, doit occuper le numéro l; avec un gros monsieur à l’ample poitrine qui veut que tout soit ouvert, et avec un monsieur maigre et allongé qui ouvre le collet de sa redingote, se blottit dans son coin, parle du méchant temps qt veut vous laisser étouffer; des individus qui n’aiment à parler que des viandes qu’ils aiment le mieux, et trouvent partout des connaissances; des mécontents qui maugréent contre tout; souvent avec un enfant qui paye
LA CHAMBRE OBSCÜRB.
demi-place ou un chien dont vous avez trop peur, et souvent, irès-souyent avec un homme trop peu poli. Tel est, d’ordinaire, le contenu d’une diligence.
De tous ces gens, il y en a beaucoup qu’il faut compter parmi les inconvénients de cette manière de voyage, et jè propose de les partager en trois classes, savoir :
Les dormeurs,
Les fumeurs,
Les bavards.
Les dormeurs sont pour moi au plus bas degré de Fincommodité. Les désagrémentf qu’ils vous causent sont aux trois quarts négatifs, mais, voyez-vous, ils ronflent parfois, et ils sont insupportables, quand on doit passer devant etfft pour entrer ou sortir aux lieux de relais, et enfin ils ne oessent de s’allonger et de prendre leurs aises. Leur postérieur, leurs coudes, leurs gènoHx, tout s’étale; et j’ai voyagé avec des compagnons de route endormis qui, dans un trajet de moins de quatre heures, avaient doublé de volurftè. Du reste* il faut bien que je les trouve supportables, attendu que, la plupart du temps, j’ai l'hontieur de faire partie dè leur classe. Suivent les fumeurs 1 II y a bien longtemps dè cela, mes amis, que les pipes de Gonda étaient encüfr'ê comme il faut, les étuis à cigares en fer-blanc et les pipes d’argent encore à la mode; pas un homme bien élevé, pas un commis voyageur , pas un gamin même (racé la pliis impudente qu’il y ait au monde) n’eût allumé une feuille de tabac sans demander respectueusement : « Gela ne dérangèt-il personne?» bu au moins • * Cela ne dérange-l-il pd$ eës daines?» Bien que l’intérieur des chambres fût consacré à là pipe (qui avait reçu l’épithète de patriotique), en dehors de