‹ La chambre obscureChapitre 12 sur 46 · LE TRKKSCHNIT, LA. DILIGENCE · texte numérisé non relu

LE TRKKSCHNIT, LA. DILIGENCE

se confondaient à leur horizon, dans leurs rêves et dans leurs rêveries, — où étaient-ils?— L’écho répondait: « Où étaientils?» Arrivés à la maison, fatigués de corps et d’àme, il leur faut quinze jours encore pour reprendre une vie réglée, sans anecdotes de voyage, sans un cœur plus poétique et plus grand que celui avec lequel ils sont partis, sans être le moins du monde intéressants; uniquement remarquables par une casquette de forme baroque, comme on en porte dans telle ou telle ville étrangère, ne rapportant que quelques monnaies de cuivre; c’est joli, à titre de souvenir! Ils ont conservé une pierrette du Rolendseck, une feuille desséchée de Nounnenwerth, et une cinquantaine de : « Que c’est joli et indescriptible! » Et : * Vous devriez y avoir été vous-même : ici une montagne, là une vallée, et ces arbres, et ces rochers ! » Tout cela dit pour vous éblouir, pour se justifier à ses propres yeux, et, par une sorte de vengeance, se faire illusion à soi-même, sauf à retomber ensuite dans le même désenchantement.

Qu’on me pardonne cette digression uniquement faite par philanthropie, pour consoler une quantité de jeunes filles et de jeunes amateurs de notre pays qui voient d’un œil d’envie d’autres jeunes filles et d’autres jeunes garçons se mettre en voyage dans les beaux mois d’été, bien qu'ils doivent se trouver partout beaucoup plus mal qu’à la maison; pour consoler un grand nombre d’hommes comme il faut, auxquels leurs affaires urgentes défendent de s’occuper d’autres choses que de leur commerce, et un grand nombre d'autres, surtout de jeunes mariés ou de jeunes gens qui se marieront l’année prochaine et qui ont déjà un plan

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dans la tête poor la prochaine saison { et qmt charmant plan I) Voir an peu partout, pouvoir parler de tout, après avoir passé quatre semaines hors de la maison! On voyage si vite maintenant! C'est, dis-je, pour les avertir très- sérieusement, de la misère dans laquelle ils s'exposent à tomber.

Mais revenons à notre bateau à vapeur. ÏTabord cela Va bien ; on arrive joyeux et content, et disposé à goûter à bord toutes sortes de plaisirs. On reste sur le pom jusqu’à ce que la ville d’où l’on part ait disparu à notre vue. On trouve plaisir à contempler la rive gauche et la rive droite. Puis ou s’en va tranquillement en bas; on trouve la cabine très-jolie, très-commode et te sofa excellent; e’est nn vrài bien-être que de s’asseoir sur un pliant. On se dispose en groupes, ou commande 1e déjeuner, on bavarde, on rit, on a dès anecdotes, des nouvelles de la ville et de la politique. On joue avec intérêt une partie d’échecs, on est à son aise. Mais, une héure plus tard, vous voyez de temps eu temps, tantôt celui-ci, tantôt celui-là, venir passer la tête sur le pont ; ce n’est fias encore l'ennui, mais c’est fimpatiefiee qui le précède. On veut savoir où on est dans le monde, on veut être à l’air, on ne veut pas perdre de beaux points de vue, on reste un instant en haut, regardant devant et derrière soi, à droite et à gauche, et 1e scepticisme dit : < Est-ce que je m'amuse^» Et Ta bourse répond : « Je l'espère.» Pour varier ses plaisirs, on redescend. On prend un journal ou un livre ; mais on ne s’est pourtant pas mis en voyage pour lire des journaux ou des livres. On doit avoir d’autres plaisirs qu’à la maison. Le vilain ennui commence, et tel passager vent faire paraître le temps plus court à Taotre. tes sofas ne sont

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pas aSsez cowfmodes; oti n’est pas bien assis Sur les pHante, peu à peu vous voyez Fuit, puis l’autre, arriver sur te petit.

« Comme on s’ennuie en bas ! — Oui, c’est toujours 1© cas à bord d’on bateau à vapeur. — Les cabines sotit basses. — Vous ne sauriez croire quel effet désagréable produit le papillonnementde la lumière sur les vitres. — C’est dommage qu’il fasse tant de soleil et tant de vent. — Je ne vois pas qu’on dresse jamais te tente. » On S’assied à te fanterne, puis à 1a balustrade, puis sur le siège dû pilote , puis on court et te, puis on ôte et on remet Soft habit. Puis c’est une descente et une montée sans fin, ét de Fennni à forte dose ! De désespoir, on déroge à sa règfe de vie et on sè rend malade avec du chocolat et du bouillon, des amers et des liqueurs, comme si on se sentait l’estomac rempli de matières équivoques. En bas, les voyageurs s’étendent sur les sièges, courent en haut, en tous sens, ét vous pouvez être sûr que chacun va h son tour à lé roue du gouvernail pour jeter un coup d’œH sur la machine à laquelle il ne comprend rien, en disant : « C’est pourtant une belle invention!» Plus tes heures se multiplient, plus elles sont traînantes. Les montrés sont consultées à chaque instant, à chaque instant oft fait le calcul du nombre d’heures que durera encore la traversée. On passe ainsi une longue journée pendant laquelle l’hetfre des repas abrège seule un peu le temps. Mais les mets sont presque tous mauvais. Bref, et pour ne pas vous ennuyer trop longtemps avec nos voyages, une bbrtnô demi-heure avant que te barque arrive, lorsque le Irfeu dè votre destination n’est encore qu’en perspective, vous pouvez voir lotit le monde se préparer, les habits, les manteaux et les bagages h la main, pour être prêt à temps et quitter te

plus tôt possible le navire hautement vanté. Arriver plus tôt c’est le dernier, niais non le moindre martyre pour l’esprit impatient.

Ainsi, le bateau à vapeur promet plus qu’il ne donne.

Mais vous me prenez, je le vois bien, après la lecture de tout cela, pour un homme mécontent, grondeur, incommode à vivre, pour un misérable pessimiste, avec lequel il n’y a pas une broche à gagner, qui ne voyage qu’avec le mal du pays et la jaunisse, qui décolore et altère pour lui chaque objet qu’il rencontre. Je dois être équitable envers moi-même et déclarer que j’ai un tout autre caractère. Au contraire, j’appartiens à la classe des créatures de bonne humeur , s’amusant bien, et m’arrange en tout de façon à chercher un côté qui prête à rire et à m’y étendre en plaisantant. Je vais plus loin : je puis vous assurer que j’ai fait, uneeouple de fois, une très-agréable partie de smousjas en treksiknit , qu’il y a des circonstances, des pensées et des perspectives aveç lesquelles j’aime à être assis en diligence ; que je me suis maintes fois très-bien amusé en bateau à vapeur, entre autres en dessinant mes compagnons de voyage; que j’ai voyagé avec beaucoup, mais beaucoup déplaisir. Oui, quand je suis assis ici dans mon large fauteuil de cuir, dans mon ample robe de chambre, près de mon joyeux foyer, en paix et en bon accord avec le monde entier, je me sens la force deserrer cordialement la main à tous les bateliers, à tous les conducteurs de diligence et à toute la société des bateaux à vapeur, et enfin lu perspective fondée d’avoir des chemins de fer ma

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