‹ La chambre obscureChapitre 20 sur 46 · LE BARBIER · texte numérisé non relu

LE BARBIER

sur l’estomac à jeun; la fièvre intermittente l’a immédiatetement quitté! Et moi je vais vous quitter aussi. Adieu, amiclssime collega, mes salutations cordiales à madame la chirurgienne , et aussi de la part de ma femme.

Votre affectionné collègue, Joris Krastem.

Amsterdam, 19 décembre 18...

P. S. Je crois que vous ferez bien d’enlever le crocodile empaillé quf pend peut-être encore, comme autrefois, au plafond de votre magasin. On commence en ce temps profane à plaisanter de ces affaires scientifiques. O tempores ! o moral

Le premier crépuscule du matin planait sur la ville académique (l); çà et là, la petite mèche d’un réverbère isolé répand une lumière devenue inutile. Tout dort encore dans la Brèestraat. Seules les corneilles sont en promenade en grand nombre sur les pierres et volent sur la tète de bœuf chez Rivé et sur les têtes des lions qui veillent sur les clefs de Leyde sur l’escalier de niôtel-de-Ville, s’étonnant que la sentinelle regarde d’un œil si endormi, et qu’elle ne porte plus de bottes luisantes comme autrefois. Par respect pour le repos des têtes savantes de l’Athènes néerlandaise, elles s’ab^Jiennent cependant de cris inutiles. Tout à coup retentit un coup de fouet qui fait prendre à un carrosse à quatre chevaux la fuite vers les clochers et les cheminées. La calèche arrive devant une étroite boutique encore fermée. C’est une bonne voiture, plusieurs fois employée et mise à l’épreuve : sur le siège est assis dans toute la gloire de son attitude, avec le chapeau dans un étui luisant, une paire de favoris de chaque côté du visage, des anneaux aux oreilles, un œil vif, une bouche joyeuse, et enveloppé dans un pour-

(I) Leyde, où se trouve la principale université de Hollande.

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