LE PÊCHEUR DE MARKEN
sommeil sont remarquables par leur hauteur : ce sont des sortes de tours sur lesquelles on arrive en gravissant divers escaliers. Si vous considérez leur demeure et un des grands nids d’hirondelles suspendus au grenier, si vous voyez les rideaux ouverts et que votre œil s’arrête sur le haut tas de coussins dont les taies d’oreiller sont confectionnées d’une façon particulière et exclusivement markenoise, et sur lesquelles est étendue une couverture de parade brodée de la même manière, ne croiriez-vous pas que ce fut là la place où le Titan tomba dans les bras de sa Titane. C’est le lit d’apparat. Car ici même, il y a de la mise en scène; c'est ce que témoignent encore les murs de la pauvre cabane, qui ne sont pas moins étincelants de plats de cuivre tourné, que ceux d’une boutique de briquets à la foire, sous l’éclatante renommée Spandonk.
Mais vous êtes stupéfait quand vous parcourez cette île dans sa longueur et dans sa largeur, et que vous entrez dans les maisons, de ne pas voir des femmes. Rien d'étonnant : elles sont complètement misanthropes et fuient à la vue d’un étranger. Si vous parvenez à en voir une, vous remarquerez qu'elles sont de deux pieds environ plus petites que les hommes,- et que rarement elles excellent en beauté ; elles portent pour coiffure des chaperons blancs, d’où leurs cheveux tombent en deux grossières et disgracieuses mèches, tout unies et sans frisure, le long de leur visage. Leur jaquette et leur robe sont d’étolïe grossière, et sur la poitrine elles fixent avec des épingles un linge blanc aussi brodé à la mode de Marken. Celle jaquette est le plus souvent de plusieurs couleurs, si bien que le derrière et le devant forment une étrange bigarrure; ainsi les femmes de cette contrée
TYPES HOLLANDAIS
vous présentent une poitrine rouge et un dos vert, ou réciproquement. Les enfants n’ont pour tout jouet qu’une mouette de mer assez mal imitée, qu’ils portent au cou suspendue à un anneau de fer. Quant à leur air extérieur, il ne faut pas en juger par les échantillons que vous en avez vus aux dernières Kermesses; alors vous devriez vous figurer, à votre extrême étonnement, une masse informe de quelques centaines de livres de chair humaine, sous le nom d’un nourrisson de trois mois. Du reste, la nature vous montre ce qu’elle peut à Marken, et la qualité nourricière du lait des mères est supérieure; c’est pourquoi je conseillerais à toutes les ménagères de Monnikendam qui ont des servantes de Marken, de s’y munir aussi de nourrices.
Au milieu de ces antiquailles et de cette race du dixseptième âge du monde, le prédicateur, le maitre d’école et le chirurgien font la plus plaisante figure , pygmées par malheur égarés au milieu de ces géants, et dont l’habillement, à la façon de nos jours, tranche étrangement avec celui des enfants du pays qui sont tous orthodoxes et sains.