CLIMAT
sont la conséquence du jeu inégal des influences inaritinie et continentale qui se contrarient, combinées avec les particularités géographiques qui caractérisent chacune des grandes unités naturelles entre lesquelles nous avons partagé la région champenoise.
C’est ainsi que, à la faveur d’une insolation suflisamment intense et des avantages locaux de l’exposition résultant de la configuration du pays, le vignoble de la Bourgogne se prolonge ]>ar les vallées de l’Yonne et de l’Annan yon à travers toute la Champagne méridionale. Les coteaux crayeux, bien ensoleillés, fonnant la bordure du massif qui porte la forêt d’Othe sont garnis d’une ceinture ininterrompue de vignobles, tandis qu’à l’intérieur du massif, fortement abreuvé, plus humide et plus froid, la vigne s’élimine d’elle-même et est remplacée par les arbres à cidre ('). Sur les vastes plaines du terrain de craie, au sol dénudé, médiocrement abreuvé et aride, balayées par les vents qui soufflent sans rencontrer d’obstacles, l’air est sec et remarquablement vif; le printemps et l’automne s’annoncent chaque année par des coups de vent subits et violents (■) ; les gelées sont assez fréquentes, tardives au printemps, précoces en automne, et les variations de la température, sans être aussi brusques qu’en Lon'aine, sont parfois très sensibles entre le jour et la nuit par suite de l’intensité du i-ayonnement. Les extrêmes de la température y sont au moins aussi accentués, et leur divergence aussi accusée que dans la zone infracrétacée où l’étendue considérable des forêts et des prairies, réservoirs d’humidité, l'abondance des eaux superficielles entretenue par des sols en grande partie imperméables, retardent réchauffement de l’atmosphère et atténuent les dépressions de la température.
Si, comme on l’a remarqué, la durée de congélation des petites rivières du tei’rain de craie est inférieure à celle des torrents de la Champagne Humide ("), cette anomalie ne résulte pas d’un moindre abaissement de la température, mais uniquement de ce foit que les
1. A Cerisiers (altitude 130 mètres)) au cœur de la forêt d'Othe, les moyennes des miuima absolus (période 1893-1900) du printemps — 1<>,13, de Téîé 4®, 57 et de ^automne — 2«,16, sont 86nsii)lement inferieures à celles de Chailley (180 mètres)) situé sur les pentes méridionales du massif où ou les évalue respectivement à — 2«,43, G®, 95, — 1«,02. A Cerisiers, la moyenne annuelle des iniuima absolus dépasse — 16® ( — 16“,13 pour la période I88l-I39î<), correspondant à un écart entre les extrêmes de 5l<*)01. Sur la sitnatlou topo^^raphiqiie et les con Htions météorolo<$iques particulières des stations de Chailley et Cerisiers, c.\ Bullct. de la commisn. météorol. de l*)^onne, 189îl-l89l, p. 86-88.
2. I)^ J. PÉRiER) Service de sauté du camp de Cbàlo.is {^^ém. de médee. chirurg. et pharmae. milit.f 3'^’ série, t. I, p. 25); 1)^ Gofkrks, Considérations hygiéniques et médicales sur le camp de (Uiàlous (/èid., t. XIII, p. 2J6); EspiTALLtBK) Les Origines du camp de Chàlous (Hev. dn génie milit., 189-1, p. -107).
3. Kn janvier 1893 (cxeeptionnellement rigoureux), le nombre de jours de congélation des eaux a été de 17 pour la Voire, à Hosuay (plaiuo de Brieane), et de zéro pour la Somme-Soude, ù i'outlans (Champagne Pouilleuse) [&'. //. 5’., année 1892, p. 2J].
rivières de la Champagne Pouilleuse, issues de sols très perméables à l’intérieur desquels les eaux ont séjourné longtemps à une température presque constante avant de s’écouler par les sources, se prennent ti’ès difficilement ou à une distance assez considérable des lieux d’émergence, tandis que les ruisseaux de la Champagne Humide, qui se forment immédiatement à la surface de sols imperméables, ayant des eaux dont la température se maintient toujours en équilibre avec celle de l’atmosphère, sont exposés à une congélation plus facile et plus rapide.
La Champagne Pouilleuse est encore située tout entière dans la zone vinicole ; cependant, par suite des intempéries plus encore que du fait de la nature du sol, le domaine des vignobles y est assez restreint. La culture de la vigne, en Champagne, est confinée sur les coteaux secs bien exposés qui dessinent les vallées de la ^larne et de l’Aisne. C’est seulement à la lisière des plaines crayeuses, sur la bordure du massif tertiaire et plus particulièrement sur les versants abrités de la montagne de lîeims, que la vigne retrouve les conditions climatériques dérivant de l’exposition en même temps que le terroir qui lui sont exceptionnellement favorables.
Quant à la portion de la bande infracrétacée qui enveloppe les hautes plaines du terrain de craie, sa dénomination de Champagne Humide est justifiée non seulement par l’abondance des eaux courantes ou stagnantes qui circulent ou s’amassent sur son sol, mais encore par la recrudescence notable des précipitations atmosphériques que provoquent ses massifs forestiers, les brouillards qui flottent audessus de ses prairies dès la fin de l’été. Ici la vigne n’apparaît plus que sporadiquement, sur le flanc des coteaux constitués par la roche de gaize (environs de Brienne) plus sèche et s’échauffant plus rapidement que les sols argileux et froids qui prédominent dans la formation infracrétacée. L’humidité du sol et de l’atmosphère, la fréquence des gelées retardent la maturité du raisin, tandis que la vigne reparaît et prospère à une altitude généralement supérieure sur les versants abrupts et rocailleux des plateaux oolithiques de la basse Bourgogne, du Vallage et du Barrois, où l’influence d’accidents climatériques aussi fréquents, parfois même plus accentués, est contrebalancée par une insolation intense durant la saison chaude.
Mais, de tous les pays champenois, l’Argonne est celui qui, sous le rapport du climat, présente le jjIus d’affinités avec les plateaux de la France orientale : abondance et fréquence exceptionnelle des pluies, fréquence des orages, des chutes de neige et des gelées, printemps
CLIMA.T
tardifs, sautes brusques de température après une pluie d’orage en été, brouillards épais et froids au-dessus des ravins et des vallées au sous-sol argileux, dès la fin de l’été, tels sont les éléments caractéristiques du climat argonnien sensiblement plus rude que celui de la Champagne Pouilleuse,