CHAPITRE III
La flore champenoise.
La flore d’une contrée n’est pas un des éléments les moins essentiels du paysage ; au modelé spécial du relief, elle surirn])ose un tapis végétal inégalement riche en formes et en couleur, tantôt uniforme, tantôt bigarré, où la localisation des espèces spontanées et. des cultures ainsi que leur mode de groupement s’expliquent par les conditions biologiques générales résultant des particularités du climat, de la nature physique et chimique du sol.
Considérée dans son ensemble, la flore champenoise ne diffère pas sensiblement de celle des régions circonvoisines, parisienne, lorraine, ardennaise, et ce n’est pas dans la flore naturelle que gît la détermination géographique de la Cham2)agne, cette contrée ne constituant pas une zone climatique absolument tranchée. La flore de l’est essaime jusque sur les crêtes boisées de l’Argonne; celle des pays du nord est rejn’ésentée jiar de f>etits groupes d’individus épars dans les forêts de la Champagne Humide et dans les pineraies de la Chamj)agne Pouilleuse; les plantes du Midi se retrouvent là où des sols calcaires et relativement chauds, comme la craie, ont favorisé la dissémination vers le nord des espèces méridionales. Les influences dérivées de la nature du sol étant jirédominantes, c’est j^ar elles surtout qu’on peut vérifier en Champagne dans quelle mesure le groupement des masses minérales commande la distribution des espèces végétales, détermine l’aire d’extension des plus caractéristiques et la localisation très spéciale de certaines plantes vivant d’habitude en commun.
A ce titre, l’interprétation des documents extrêmement nombreux amassés par les botanistes champenois nous permet de constater qu’à chaque formation géologique correspond, dans une certaine mesure, une zone florale particulière avec des stations secondaires (*), si bien
]. Kous avoDA mentionné dans notre bibliop^raphic les principales flores* c*est'à-dirc les statistiques plus ou moins complètes énumérant les espèces vé;;( talcs qui croissent dans les départemonts de la région champenoise ; mais un travail d*euscmblc^ d'un caractère systématique» combinant et inter])ré'
LA FLORE CHAMPENOISE
que nous pouvons définir la végétation des différents pays de la Champagne par l’indication de quelques espèces principales occupant dans la flore une place prépondérante et en constituant pour ainsi dire la note dominante.
On peut évaluer à 1 2(X) ou 1 300, environ, le nombre des espèces végétales pour l’ensemble de la formation crétacée, dont 400 à 450 pour le terrain de craie. Dans les beaux massifs forestiers de la zone infracrétacée ou Champagne Humide, par exemple dans le Der, l’essence dominante est le chêne rouvre qui affectionne les sols argileux riches en potasse ; les charmes, les hêtres et les bouleaux peuplent les [)lateaux, biudis que dans les parties basses végète le chêne pédonculé, et, dans les dépressions marécageuses, les trembles et les aunes. Les ormes, les pins et les autres abiétinés tels que l’épicéa sont plutôt rares ; les conifères ne sont pas indigènes, et leur présence à l’état sporadique est due à des repeuplements qui remontent à une époque relativement récente. L’état généralement meuble et frais du sol dans la zone infracrétacée, sa richesse en matières assimilables et sa grande homogénéité sont des conditions éminemment favorables à la germination des graines, même les plus légères ; mais, si le tapis végétal est naturellement touft’ii, il est plus uniforme que sur les plateaux calcaires de la zone jurassique ou même sur les hautes plaines du terrain de craie; le nombre des espèces y est moins considérable, parce que les conditions de l’habitat, telles que le faciès géologique, les formes du relief et l’exposition, y sont moins diversifiées, et parce que, dans les gazons serrés, les individus d’une même espèce qui pullulent ne permettent pas à d’autres de s’intercaler entre eux. Tandis que sur les affleurements du calcaire néocomien la flore n’est pas sensiblement différente de celle que portent les plateaux portlandiens contigus, dans les bois frais dont le sous-sol est constitué par les argiles du gault ou les sables verts, les espèces calcifuges sont prédominantes; on y rencontre des fougères (ophyoglossum vulgatum, polystichum spinulosum), des scrofularinées {veronica montana, digitalis purpurea), des oxalidées [oxalis acetosella), des >lythrariées {ppplis portula), des cariophyllées (stellaria nemoruin, s. uliginosa) ; dans les prairies humides et mal assainies abondent les joncées (joncs)^
taut la niasso des observations dispersées dans les catalogues ou les études spéciales, u'existe pas. D’ailleurs, la plupart de^ dores sont d’une utilisation délicate, leurs classements ne sont pas toujours méthodiques et les détails y sont rarement subordonnés aux traits essentiels; la plupart énumèrent le^ plantes sans indication de leur distribution géographique : le rapport entre la fréquence relative de certaines espèces et U nature du sol est trop souvent négligé, de telle sorte que la lecture d’unu flore ou d’un catalogue permet rarement de se faire une idée juste de lu végétation d’un pays.
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les cypéracées (careæ, linaigrettes), certaines renonculacées {ranunculus hedernceus) ; sur les bords des étangs et des marais, quelques labiées (menthes), des rosacées (potentilla supina), des gentianées (lymnanthemum mjmphoïdes), des borraginées (myosotis), des poly gonées (rumex palustris), sans compter les plantes spécialement aquatiques. Dans les champs cultivés, on trouve en abondance, parmi les crucifères, le tabouret des champs (thlaspi arvense) ; parmi les portulacées, le pourpier (montia minor)\ parmi les cariophyllées, les spergules (spergula arvensis, spergularia segetensis) \ })armi les primulacées, le mouron des champs (anagallis arvensis).
Dans les grandes forêts de l’Argonne, la végétation arborescente est plutôt maigre sur les crêtes et les plateaux, en raison de la jJsrméabilité de la roche de gaize à peine recouverte d’une mince couche de terre végétale ; seuls les conifères de plantation récente prospèrent exceptionnellement le long des chemins pierreux sur ces plateaux arides au sol siliceux, où le sorbier des oiseleurs et le bouleau blanc sont disséminés au milieu des colonies de chênes rabougris ; au contraire les pentes tapissées de terres détritiques, le fond des ravins où affleurent les argiles du gault portent d’admirables futaies de chênes et de hêtres, entre lesquels se développe la végétation inextricable des taillis ('). Le sol de gaize, qui, par ses propriétés physiques et chimiques, présente des analogies avec les terrains schisteux, a une Hore spontanée offrant plusieurs traits communs avec celle de la région ardennaise; on y remarque une prédominance des espèces silicicoles, avec un mélange de plantes calcicoles isolées ou en petits groupes, surtout sur les pentes des ravins, sur les revers des chemins creux où la roche de gaize est à nu ('). Les fougères (pteris aquilina), la bruyère commune, le genêt à balais, l’airelle myrtille, la digitale, les dorines (chrysos phlenium alternifolium , c. oppositi folium), le houx, la bourdaine {rhamnus frungula), le sureau à grappes (sambucus racemosa) composent le tapis végétal de la forêt et peuplent les bu’ssons. Dans les haies et dans les vergers aux alentours des villages, le néflier aux fonues noueuses abonde parmi les arbres fruitiers communs.