‹ La ChampagneChapitre 123 sur 166 · DRXSITK DE LA POPULATION DES CAMPAGNES · texte numérisé non relu

DRXSITK DE LA POPULATION DES CAMPAGNES

lo Champag.ie septentrionale et Ardennes comprenant Ucthel,

Sedan, Mézières

2^ ]*artie centrale de la Champagne comprenant :

a) Reims, Sainto-Meiiebould

i») Châlons, Épernay, Vitry, Saint-Dizier

c) Arcis, Troyes, Har-sur-Seiiie

3o Champagne méridionale comprenant :

а) Sens, Provins, Montereau, Nogent

б) Joigny, .Saint-Klorentiu, Auxerre

CAKTB

NOMIIKR

d’habitants

de

par

Cassiui.

lieue

carrée.

(‘f de VAcad. dt-a te., année 1786, p. 711, 713, 715 ; année 1787, p. 600*607 j aimée 1785, p. 671 ;

année 1781, p. 58G.

LA POPULATION

Par suite de la prédominance de l’agriculture sur l’industrie dans les occupations de la majorité de ses habitants, larég'on champenoise, dans son ensemble, présente une proportion de population rurale numériquement double de celle de la population urbaine ('), et le nombre de ses centres urbains de quelque importance est très restreint. Sans doute, la réciprocité des besoins de pays à ])ays et les facilités de circulation, germes du développement de la vie urbaine, ne font point défaut en Champagne; cependant, les causes de formation des grandes agglomérations agissent faiblement dans la contrée. La Champagne est en effet éloignée à la fois des grands ports et des bassins houillers, pourvoyeurs de matières premières et de combustible nécessaires à ses industries, éloignement qui n’est qu’en partie atténué par le réseau de voies de transports assez complet mais inégalement utilisable dont disposent les centres manufacturiers champenois. Les gisements ferrugineux de la Champagne sont peu productifs et le développement extraordinaire de la métallurgie lorraine depuis vingt-cinq ans a fait tort aux industries similaires de la Haute- Marne. 11 est incontestable également que, par sa situation sur les confins de l’Ile-de-France, la Champagne se trouve comprise dans le périmètre d’attraction de l^aris, qui s’étend à plus de 150 kilomètres dans toutes les directions; l’afHux incessant de la vie au cœur du bassin parisien n’était guère favorable au développement de gros centres urbains dans un rayon trop rapproché de la capitale. Reims et Troyes, il est vrai, très spécialisés dans leurs industries, ont pu grouper autour d’eux des agglomérations relativement fortes, mais ni Chàlons, ni Sens ne sont parvenus à affirmer leur individualité en s’élevant au rang de grandes villes. Il n’est pas non plus indifférent de constater que les grands courants de circulation qui sillonnent la Champagne en suivant les vallées principales, au lieu de se croiser à l’intérieur de la contrée, se développent parallèlement, ou divergent pour rayonner vers le nord, ou convergent pour se réunir seulement dans le fond de la cuvette parisienne. En somme, les conditions de la dissémination l’emportent en Champagne sur celles de 1 1 concentration ; les marchés, les lieux de rencontres périodiques pour les transactions sont sans doute nombreux, mais très dispersés et, individuellement, d’importance médiocre. C’est pourquoi, sur un total de

1. Nous comptons comme centres arbaius tous ceux dont la population dépasse 2000 habitants, con« formément à la convention adoptée par les statisticiens, une agglomération d’au moins 2000 habiianls ayant déjà quelque cohésion, des traditions, et exerçant souvent une action économique dans un certain rayon. La' moyenne de la population d'une commune champenoise s’élevait, en 19UI, à 671 habitants.

LA CHAMPAGNlî

ei*2

1 386 communes, la Champagne n’en compte que 36 ayant chacune un ett’ectif dépassant 2 000 habitants, et pouvant être considérées tliéoriqueinent comme des agglomérations urbaines ; 14 villes seulement ont plus de 5000 habitants (").

Ce qu’il importe de considérer ici, indépendamment de la proportion des unités communales suivant leurs eftectifs de population, c’est la localisation des centres habités qui peuvent figurer sous la rubrique villes. On remarque que ces agglomérations urbaines, petites ou grandes, sont situées de préférence aux principaux lieux de passage, le long des voies naturelles qui sillonnent la Champagne en suivant les grandes vallées, aux confluents des rivières et aux étapes de la batellerie, aux points de croisement des voies de circulation générale qui traversent la contrée : dans la vallée de l’Armançon, Brienon et Saint-Florentin (confluent de l’Armance) ; dans celle de l’Yonne, Joigny, Villeneuve-sur- Yonne, Sens (confluent de la Vanne), Montercau (confluent de la Seine); sur les rives de la Seine, Troyes, Romilly, Nogent, Bray ; Arcis dans la vallée d’Aube; Saint-Dizier, Vitry, Chiilons, Epernay le long de la Marne ; Reims dans la vallée de Vesle, sur la route qui conduit dans la Picardie et les Flandres ; Sainte-Menehould, Vouziers, Rethel dans la vallée d’Aisne ; Provins dans le vallon de la Voulzie, voie naturelle entre la Champagne et la région parisienne. La zone de contact entre des pays différents par la nature du sol, les productions, et entre lesquels des échanges continuels s’imposent, est régulièrement jalonnée par des centres urbains plus ou moins importants. Les villes du Vignoble : Sézanne, Vertus, Avize, Ay, Verzenay, etc., se trouvent sur la ligne d’affleurement des dépôts tertiaires au-dessus du terrain de craie. Dans les p'aines de la Seine, Troyes confine à la fois à la Champagne Pouilleuse, à la Champagne Humide et au pays d’üthe ; Vitry-le-François est à l’issue des plaines du Perthois et à la lisière du terrain de craie ; dans le Vallage d’Aisne, Sainte-Menehould et Vouziers commandent les voies transversales des crêtes boisées de l’Argonne, à proximité des plaines de la Champagne Pouilleuse. Le contact de la zone infracrétacée forestière et agricole avec les plateaux oolithiques, région de vignobles, de carrières, de mines de fer, est également festonné d’agglomérations urbaines, échelonnées depuis la vallée d’Yonne jusqu’aux Ardennes; mais, à part Vassy dans le val de Biaise, et

]. Leu quatorzo pr!ncJpr.nx centre)^ nrbnins de la ( haoipa^ic ri'anis avaient, eu 1901, un ctTeitlf de 305()75 habitants, soit moins d’nn tiers seulement de la population totalc(P30 734).

LA population

Saint-Dizier aux portes du Perthois, du Vallago et du Barrois, les principales villes sont situées en dehors de la Champagne et bâties à flanc de coteaux dans les vallons étroits de la Bourgogne, du Vallage et du Barrois: telles sont Auxerre (vallée d’Yonne), Chablis (vallée du Serein), Tonnerre ( vallée de l’Armançon), Bar-sur-Seine, Barsur-Aube, Joinville (val de IMarne), Bar-sur-Ornain. Enfin, dans la seconde moitié du xix' siècle, le développement de la grande industrie a constitué quelques agglomérations plus ou moins fortes, telles que Bomilly-sur-Seine (bonneterie), Aix-en-Othe (bonneterie), Warmeriville (industrie lainière) dans la vallée de la Suippe. Quant à ^lourmelon-le-Graild, au cœur de la Champagne Pouilleuse, c’est un centre artifleiel, surtout militaire, dû à la proximité du camp de Châlous.

Le nombre des villes proprement dites est donc très restreint dans la région champenoise et cependant la proportion de la population occupée dans les diverses industries est relativement forte ; l’Aube et la i\Ianie figurent parmi les départements ayant plus de 40 p. 100 de leurs habitants du sexe masculin occupés dans l’industrie (‘). C’est que les industries restent encore en Champagne disséminées dans un grand nombre de centres plutôt ruraux qu’urbains. Ce sont les industries textiles qui occupent le premier rang (-) : la bonneterie dans l’Aube, l’industrie lainière dans la Marne et les Ardennes; quanta la métallurgie, concentrée dans l’arrondissement de Vassy (Haute- Marne), et aux industries alimenfiiires, dont la principale, celle des vins de Champagne, est groupée exclusivement dans la partie champenoise du département de la Marne, leur importance est secondaire en ce qui concerne le nombre des individus qui y sont employés (”).

1. Rèsnltata »tati»tique8 du recensement des professioyis en J8$û, t. IV, |>. xxi. D’après la Statistique agricole de 18D2 (p. 379), le rapport de la popnlation spécialement agricole à la population totale s’éle* vait ù 38,27 p. 100 dans la Marne et 11,50 p. lüO dans l’Aube, proportion inférieure à la moycuuo gé> nérale de la France (45,47 p. 100), à celle de la Hrie (Seiue-et- Marne), de la Hourgogne (Côte-d’Or, Yonne), mais supérieure à celle de la Pic:u*die (Aisne), des ^Vi’dennes et de la Lorraine (Meurthe-et- Moselle, Vosges) oà la )>opulation industrielle est plus nombreuse.

2. Kn IS9B, la proportion pour 10000 habitants des personnes actives occupées dans les principales industries était la suivante : industries d’alimentation : Marne, 217; Aube, 96; industries textiles : Aube, 911; Marne, 111 (d’après le Recensement des industries et pro/esêi)nSf t. IV, p. xxxiv).

3. Kn U96, l’Aube coinptaiv 47 p. 100 du personnel occupé à la bonneterie proprement dite dans lu France euliérc; le département de la Marne comptait 22 p. 100 du personnel occupé an cardnge, nu peignage et à la filature de la laine. Dans l’Aube, la bonneterie et les industries annexes (filature du coton, teiuturerie, apprêt, etc.), qui sont concentrées dans la partie champenoise du départemoiit, occapaicut plus de 22000 personnes (22719 hommes, femmes et cillants), soit prés de 1/6 de la population active totale, auxquelles il faudrait ajouter le personnel des ateliers de bonneterie disséminés dans les arrondissomeuts d'Éperuay et de Sens, soit un total de 24 000 personnes, chiffre rond. Dans la Marne, la population industrielle s’élevait à près de 26000 personnes (industrie lainière, 18501 ; fabrication des vins mou.sscux, 5l(X); verreries à bouteilles, un millier). J/industrie métallurgique occupait, dans rarrondissement de Vas* y, 7 169 individus (Rerenseuunt des industries et professions, résultats généraux, p. xxxvi, xxxvm).

VA

C’est seulement dans les arrondissements de Troyes et de No;i^entsiir-Seine que l’on constate un excédent de la population industrielle (bonneterie) sur la population agricole ; dans les arrondissements de Keims (travail de la laine, industries d’alimentation) et de Vassy (métallurgie), la proportion est à peu près égale ; dans tous les autres arrondissements champenois, la population spécialement agricole est en excédent sensible.

En Champagne, comme dans tout l’est de la France, la population est généralement très agglomérée ; la proportion de la population éparse dans les hameaux, fermes et écarts aux alentours du chef-lieu

Proportion pour cent de la population agricole (forêts, culture, élevage i et de la population industrielle (principales industries) à la population totale >•).

de la commune, est très faible ('). Toutefois cette concentration caractéristique comporte à la fois des atténuations et des exceptions; les groupements affectent des formes assez variables de pays à pays, toute colonie humaine, dans le choix et l’aménagement de son habitat, obéissant à des lois imposées par le milieu géographique.

C’est dans la zone du terrain de craie que la tendance à la concen-

1. En 18U1, la prupoi'tioii pour cniit de la population éparse à la population totale était de 10,9 dans • l’.^uho, 9,2 dans la Marne (nioyonne de la l'raiicc, 3(!,6). Of. UcêuUatt staliêlit/uet dn dénomhrement de 1891, graphi<)ucs U''* 10 et H, et Mki'kiüt, Lee AgglomSraliont nrbainee dont l’Europe éontemporaine, ln-8», Paris, 1897, p. ii-l.l.

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