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LES PAYS DE IA CHAMPAGNE

la province de Champagne, avec une superficie de 1 226 lieues carrées et (piart (Necker).

Il nous re.de à examiner la valeur géographique des diverses subdivisions historiques de l’ancienne Champagne, et à déterminer l’origine des dénominations attribuées aux pays champenois. Nous laisserons de côté les trois grands bailliages (Troyes, Vitry et Chaumont) subdivisés en cinquante et une prévôtés, entre lesquels fut démembré, au commencement du xiv* siecle, le eomté de Champagne annexé au domaine royal, ainsi que les huit bailliages, subdivisions du gouvernement de Champagne, et les douze élections, subdivisions de la généralité de C hàlons (*) : ce sont des créations arbitraires de l’administration royale, sans rapport avec la nature du sol. Il n’en est pas de même d’autres divisions, mentionnées par les géographes et les historiens provinciaux de l’ancienne France, et dont les noms ont survécu jusqu’à nos jours.

Les divisions en quelque sorte classiques de la province de Champagne, celles que tous les géographes des xvii* et xviii® siècles (-) ont fait prévaloir, étaient au nombre de huit: 1® la Champagne proprement dite (Troyes, Châlons, Sainte-Meneliould, Épernay, Vertus) ; 2® le Rémois (Reims,-Fismes, Château-Porcien, Rocroi) ; 3“ le Rethélois (Rethel, iMézières, Charleville, Üonchery); 4“ le Perthois (Vitrv-le- François, Saint-Dizier) ; 5® le Vallage (Arcis-sur-Aube, Bar-sur-Aube, Vassy, Joinville) ; 6" le Bassigny (Langres, Chaumont, Montigny-le- Roi, Andelot); 7® le Sénonais (Sens, Joigny, Pont-sur-Seine, Tonnerre, Chablis) ; 8® la Brie champenoise (fléaux, Coulommiers, Château-Thierry, iNIontereau, Provins, Sézanne). Les géographes, comme Robert (^), ont même dressé des cartes indiquant les limites précises de ces divisions traditionnelles de la province, purement conventionnelles et inconnues de l’administration, puisqu’elles ne coïncidaient exactement ni avec les bailliages, ni avec les élections. Toutes ces divisions, absolument factices, proviennent d’une combinaison sans

1. Cf. le tableau de ees divisions dans Boctaric, Philippe U Bel, appendice, p. 439-lGO. Lesche.'s-liuux des huit bailiia;{es étaient ; Troyes, Chaumont, Sens, Vitry, Mcau.x, Château-Thierry,

Provins, .Sézanno ; ceux des douze éicetions : I.Angres, Chaumont, Joinville, Bar sur-.\ube, Troves, Châlons, Sainte-31enehouid, Vitry, Uethel, Reims, Sézanne, Épernay.

2. Bacgiku, t. I, p. 231-23.3 ; Pioasioi. de i.a Force, Deseription de la France, t. III, p. 191-192 ; Diet. de Trévoux, au mot Champagne ; Robert de Hessedi;, üict. universel de la France, iu-S", P.aris, 1771, t. 11, p. 176-177.

3. Robert, géograplie ordinaire du roi. Carie du gouvernemenl général de Champagne, 2 feuilles, 1732, et une carte italienne : Li governi di Sciampagna e Brie, di nuova projezione, Venezia, 1777, in-folio plan, presso Antonio Zaita (Bibl. de Troyes, portef. loc. ns 103). Ces divisions sont également

I portées sur la Carte du gouvernement de Champagne, suivant les nouvelles observations de 31M. de l’Académie des sciences, augmentées de nouveau. A Leide, cher Pierre Van dnr.âa,s. d. ; sur colles de N. DE Fer (1710), de Guillanme Delisle (1713).

critique d’anciennes divisions féodales, ecclésiastiques, administratives ; seules, la Champagne, le Porthois et le Vallage répondent, dans une certaine mesure, à des divisions naturelles du sol.

Quant aux dénominations locales que les géographes et cartographes ont consei’\’ées jusqu’à nos jours, à ces anciens pays de la Champîigne dont les géologues se sont efforcés de dégager l’individualité, en leur constituant une sorte d’état civil basé sur la nature du sol, leur valeur géographique est très inégale et leur persistance dans la nomenclature régionale, en dépit de la précision des contours, est parfois très artificielle. Le Rethélois, par exemple, qui figure sur les anciennes cartes, tantôt au nord, tantôt au sud de la vallée d’Aisne, est mentionné par les géologues, sans que son individualité et ses limites soient nettement définies (‘). Or, si au nord de l’Aisne, où s’arrête la Champagne Pouilleuse proprement dite, le faciès du terrain de craie se modifie sensiblement par suite de la prédominance caractéristique des affleurements marneux, un observateur un peu attentif remarque que l’ensemble de cette contrée aux contours indécis, qualifiée de Rethélois, et dont la dénomination n’a jamais figuré dans le vocabulaire populaire, ne présente pas une physionomie très tranchée (“). Le Rethélois pourrait donc, sans inconvénient, être rayé de la nomenclature des pays champenois.

La même observation peut s’appliquer au Clermontois, c’est-à-dire à l’ancien comté de Clermont, qui fut successivement la propriété des évêques de Verdun et des comtes de Bar, avant d’être acquis p ir le roi de France (1632). Ce Clermontois, qui comprenait la portion de la foret d’Argonne située à l’est du val de Biesme, avec une partie des plateaux oolithiques compris entre les vallées de l’Aire et de la Meuse, n’est plus qu’un souvenir historique.

La plupart des autres noms de pays en Champagne dérivent des plus anciennes circonscriptions administratives, les pagi de l’époque franque, qui ne sont eux-mêmes que des succédanés de la cité galloromaine, et qui ont persisté plus ou* moins intégralement dans les divisions ecclésiastiques appelées archidiaconés et doyennés. Ces pagi, qui ont été l’objet d’études approfondies ('*), et dont l’étendue

1. Le Rethélois est marqué au sud de Retbel et de 1* Aisne sur la carte de Guillaume Postel, Oalliœ exactissima deseriptio, 1570 (Biblioth. nation., cab. des cartes encadrées'. Cf. Jehan Jcbuiem, Chàlonnais, Carte du paie de Hetéloiê, 1624, Amstclodami apud Joannem Jaussonium, et Boisseau, Carte du diocèse de lieim», avec le duché de RethéloU^ 1644.

Sur la géologie du Rethélois, cf. Harhois {Annal, de la Soc géolog. du Xord, t. V, 1878, passm), et DE Laupakent, Le liaaein parisien, p. 68, 242.

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