‹ La ChampagneChapitre 153 sur 166 · Explication de la carte géologique de la France^ p. Il · texte numérisé non relu

Explication de la carte géologique de la France^ p. Il

2. Décret du 15 janvier 1790. On remarquera que dans les projets, rapports et discours à 1* Assemblée constituante, relatifs au démembrement des anciennes provinces et à l’érection de nouvelles divisions admuiistrativcs, il n’est jamais fait mention des divisions naturelles du sol, des pays. Il n’eu question que de justes proportions à observer, d’équivalences territoriales à réaliser, dans le but de rapprocher les citoyens de leurs administrateurs, de faciliter les déplacements des campagnes à leurs chefs-lieux. La concoptiou est donctouic géométrique et elle n’a été atténuée, dans l’application, que par la nécessité do ne pas briser des relations séculaires ; elle a dû être accommodée avec des traditions difficiles à déraciner, des revendications et des amours-propres locaux quHl fallait satisfaire. La répartition définitive du territoire de rancieuiie Champagne entre cinq départements n’a été faite qu’aprés une série de tâtonnements préalables. Sur la « carte de France divisée suivant le plan propose à l’Assemblée nationale par son comité de constitution ’e 29 septembre 1789, par L. Henuequin, successeur de M. Itobert de Hcs.seln, topographe du roi », on voit tout le pays situé au nord de la Vanne, jusqu’à Xogent-sur-S ine, attribué au département de l'Vonne; le département do l*Aul>e se développe dans la direction de l’est jusqu’à la Biaise aujourd'hui dans la Haute-Marne, englobant la totalité du pays du Dcr : Sézinne sur la bordure du massif tertiaire est attribué à l’Aisne, Clermont-en-Argonne use)

LA CHAMPAGNK

le désir de sauvegarder, autant que possible, les intérêts locaux et de respecter des habitudes séculaires, elle créa les cinq dépéirtements des Ardennes, de la Marne, de la Haute-Marne, de l’Aube et de l’Yonne, divisions sans valeur géographique, dans lesquelles furent confondues et morcelées les diverses circonscriptions de l’ancien régime, en dehors de toute considéi’ation basée sur la nature du sol. C’est ainsi que, par exemple, le département de la !Marne, dont l’ancien Rémois et la Champagne Pouilleuse constituent la partie essentielle (terrain de craie), comprend également une portion de l’auréole infracrétacée, c’est-à-dire du Vallage d’Aisne, de l’Argonne jusqu’au val de Biesme et du Perthois, plus une partie des plateaux tertiaires de la Brie et du Tardenois. Le manque d’homogénéité des autres départements formés de l’ancienne Champagne n’est pas moins frappant sur une carte. Quant aux subdivisions des départements, les districts étant devenus les arrondissements, elles ne sont pas plus en rapport avec les divisions naturelles du sol ('). Une identification de l’arrondissement avec le pays ne supporte pas le simple examen d’une carte, à moins que l’on se contente, et dans certains cas seulement, d’une identification très approximative. L’arrondissement de Sainte-^Ienehould, par exemple, comprend des portions de la Champagne Pouilleuse, du Pied-des-Monts, du Vallage d’Aisne et de l’Argonne ; il en est de même de l’arrondissement de Vouziers ; on retrouve dans l’aiTondissement de Vassy une partie du Der, du Perthois et du Vallage ; les arrondissements de Reims, Vitry-le-François, Eperuay, Troyes, etc., ont une composition qui n’est pas moins hétérogène. Les pays champenois dont l’individualité géographique est la plus apparente, le pays d’Othe, le Der, le Perthois, l’Argonne, ont été morcelés entre plusieurs arrondissements: le pays d’(3the est partagé entre les quatre arrondissements de Troyes, Sens, Joigny et Tonnerre. On ne saurait donc prétendre que « l’arrondissement n’est pas d’une formation artificielle qu’il réunit des habitants de même type physique, de

même dialecte, autour des centres de marché dont l’importance économique est considérable (') ». Sans doute, l’arrondissement, par ses dimensions mêmes, est la division territoriale la i)lus voisine du pays, en Champagne comme ailleurs ; mais c’est, dans la plupart des cas.

au déj>artement des Ardennes, Saint-Dizior est dans le inOme département que Chaumont et Barde- Duc. (Jette esquisse révèle l'indécision et les embarra.<i du comité de division chargé do procéder au morcellement des anciennes provinc'’s.

1. Sur la valeur géographique dos arron Ussements, cf. Réforme êoriale, 4* série, t. VI, p. 117, 174 sqq. ; série, t, VIII, p. 78-79 ; Revue de /*arw, t. V, 15 août 1898, p. 753 sqq.

3î Cf. Xouvelie Revue, t. XCVI, 189‘>, p- 177.

un pays tellement déformé ou agrandi, que son unité géographique est nulle. Les seuls arrondissements d’Arcis-sur-Aube et de Cludons appartiennent à un pays unique : la Champagne Pouilleuse.

La même démonstration pourrait s’appliquer aux cantons, tout aussi artificiels que les départements et les arrondissements, dont les confins ont été tracés en vue d’obtenir des équivalences d’étendue, et avec la préoccupation générale de donner satisfaction à des intérêts locaux le plus souvent contradictoires, et à des rivalités de clocher. En résumé, dans la région champenoise, les circonscriptions administratives sont de pures entités, de simples rouages artificiels destinés à transmettre au corps social le mouvement centralisateur ; leur valeur géographique est nulle, ou à peu près.

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