‹ La ChampagneChapitre 24 sur 166 · VOIES ROMAINES TRAVERSANT LA RÉGION CHAMPENOISE · texte numérisé non relu

VOIES ROMAINES TRAVERSANT LA RÉGION CHAMPENOISE

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INDIVIDUALITÉ (tÉÜCtRAPHIQUK DE LA CHAMPAGNE 13

lation n’est entravée ni par l’élévation des lignes de faîte et des seuils, ni par la profondeur des vallées, ni par aucune rivière infranchissable, étaient faites à merveille pour les ingénieurs romains qui ont fixé de bonne heure la viabilité de la contrée ; Agedincum (Sens) dans la vallée d’Yonne, au conHuent de la Marne, Augustobona (Troyes) à proximité de la Seine, Durocatalaunum (Châlons) sur la IMarne, Durocorterum (Reims) sur la Vesle, ont été des étapes aux {)oints de croisement des grandes voies romaines, qui escaladaient, dans tous les sens, les croupes facilement accessibles du terrain de craie.

Entre l’Italie, Paris et les Flandres, il n’y avait pas, au Moyen Age, de route plus courte que la traversée des plaines champenoises ; c’est par les valléeé de l’Yonne, de la Seine et de l’Aube que s’acheminaient les marchands venus du Midi, et des foires fameuses s’échelonnaient le long de ces voies animées par un transit intense ; on connaît les célèbres rendez-vous de Sens (Saint-Pierre-le-Vif), de Troyes, de Bar-sur-Aube et de Provins, où se tinrent, surtout aux XII® et XIII® siècles, les principales assises du commerce de l’Europe occidentale. C’est par la fréquentation de ces voies du transit international qu’a été suscité, en Champagne, le développement des principales agglomérations urbaines. Les grandes routes modernes ont resserré les mailles du réseau, complicjué d’artères transversales ; les voies ferrées et les canaux ont doublé et triplé les anciennes voies. Aujourd’hui encore, quelques-uns des grands courants de circulation française et européenne sillonnent le sol de la Champagne.

Par suite de cette convergence des voies et de la concentration des rapports de toute sorte qui se croisaient dans ses plaines, la Champagne, très accessible aux iniluences du dehors, a été largement associée à l’existence des régions circonvoisines. Lieu de rencontre pour les peuples et les éléments de civilisation les plus lointains, elle est devenue de bonne heure un foyer de vie générale. Des groupements s’y sont constitués antérieurement à l’occupation romaine, et c’est assez rapidement que la Champagne s’est élevée à l’existence politique. Fait digne de remarque, ce n’est pas un, mais plusieurs groupes d’Etats qui ont été érigés dans les plaines champenoises. Au sudouest, c’était le Sénonais, ancien territoire des Sénons, devenu successivement la Senonia (une des dix-sept provinces de la Gaule romaine), une circonscription ecclésiastique (l’archevêché de Sens) et une division administrative inégalement morcelée (payus seîio/u’cMs ; bailliage et élection de Sens) ; tout le reste de la région champenoise était

partagé, au Moyen Age, entre une circonscription féodale, le comté de Troyes, et deux principautés ecclésiastiques : les évêchés de Châlons et de Reims. Une sorte de dualisme a prévalu dans la Champagne jusqu’à l’époque où elle fut annexée au domaine royal etabsorbée peu à peu dans sa totalité par la politique centralisiitrice de nos rois. Ici nous saisissons les influences géographiques qui ont déterminé les destinées politiques de la Champagne. Par sa configuration, cette contrée était dépourvue d’un centre commun autour duquel les parties pouvaient se coordonner naturellement. Sens dans la vallée d’Yonne, Troyes dans celle de la Seine, Chéilons sur la IMarne, Reims dans les plaines de la Vesle ont été autant de foyers d’attraction distincts. Les pays de l’Yonne et de la Vanne, qui tournent pour ainsi dire le dos à la Champagne, rentrent naturellement dans la sphère d’influence de Paris ; désignés sous la dénomination de Sénonais et annexés de bonne heure en grande partie au domaine royal, ils furent rattachés au gouvernement de l’Ile-de-France et à la généralité de Paris. La Champagne méridionale, qui comprend les vallées convergentes de la Seine et de l’Aube, eut Troyes pour centre de gravité. La vallée de la Marne, qui coupe transversalement la région dans sa partie médiane, a eu, dans les temps primitifs, la valeur d’une frontière : à l’époque de César, elle séparait les Belges des Celtes ; les Rèmes étaient une peuplade du Belgium (‘). Au nord de la Marne, les vallées de la Vesle, de la Suij)pe, de la Retourne, et de l’ALne dans son cours supérieur, tracées obliquement par rapport au plan d’inclinaison de la contrée, se détournent vers le nord : cette partie septentrionale de la Champagne, orientée plutôt vers la Picardie et les Pays-Bas, gravitait autour de Reims, métropole de la seconde Belgique, cité épisco|)ale dont la circonscription, dans son extension primitive, atteignait la vallée de la Meuse.

Le morcellement de la Champagne en départements traduit grossièrement cette absence d’unité que la conti’ée doit à l’orientation variable de ses parties essentielles, et on comprend que Le Play, dans son esquisse d’un remaniement de nos circonscriptions administratives, ait pu imaginer un rattachement des départements de l’Aube et de la Marne à une région de Paris, tandis que celui des Ardennes, uni au département de l’Aisne, serait attribué à une région ou province du Nord (•).

1. CÉ8AK, De hello gallicOy 11, 3, 4. Le béuédictin dom M&klot, dans son llUioire de Heims (t. lll. p. 16, note 17), partage la Champagne eu haute et bosse, séparées par le cours de la Marne.

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