La Seine
la Seine, surmontent alternativement les couches albiennes et cénomaniennes, ont joué le rôle d’un puissant cordon littoral devant lequel l’Armançon et son affluent l’Armance ont dû se détourner pour former un fossé unique à la base du bourrelet qui s’opposait à l’écoulement normal de leurs eaux (').
Les saillies des lignes de faîte étant discontinues dans la topographie confuse de la contrée, la distribution des eaux courantes entre chacune des grandes artères à direction conséquente est très inégale et subordonnée aux moindres ondulations du terrain. Sur la rive gauche de la Seine, les eaux ruissellent plutôt vers l’Yonne par le Serein et l’Armançon, l’IIozain ne drainant, au profit de la Seine, qu’une aire très restreinte. Entre la Seine et l’Aube un partage inégal se fait entre la Seine par la Barse et l’Aube par l’Amance et l’Auzon. Enfin, au delà de l’Aube, les eaux du Der se déversent soit dans l’Aube par la Voire, soit dans la I\Iarne par la Droyes, et ici nous avons constaté que la ^farne était primitivement l’artère unique drainant les eaux de toute cette portion de la bande infracrétacée. Toutes ces anomalies révèlent les vicissitudes multiples qu’a dû subir le réseau hydrograj)bique initial de la contrée avant d’atteindre sa contexture définitive.
La désignation de Champagne Humide appliquée à la partie méridionale de la formation infracrétacée est justifiée moins par l’abondance des précipitations atmosphériques qui l’abreuvent (de 700 à 800 millimètres) que par les innombrables ruisseaux et filets d’eau qui suintent dans les moindres replis de son sol, par les flaques d’eau permanentes ou temporaires qui se forment dans les dépressions, par les sources, très nombreuses, mais en général de faible débit qui se font jour, non seulement dans les thalwegs, mais partout, sur le Hanc des coteaux comme dans les bas-fonds ; c’est qu’en effet la plupart des couches de terrain dont se compose l’infracrétacé sont plus ou moins imperméables : marnes ostréennes et argiles bigarrées du néocomien, argiles à plicatules de l’aptien, argiles du gault de l’albien ; ces dernières sont les plus réfractaires à l’infiltration et leurs,affleurements sont jalonnés par un grand nombre d’étangs et de prés-marais (').
Une multitude de ruisseaux de la Champagne Humide sont éphémères et doivent leur existence à des pluies d’orage ou à des fontes
1. PéuON {Bnllét. de la Soe, des se. de Wonne, t. XLI, p. 157-159)-
2. La série très caractéristique des étangs de la Champagne liuinide n’est interrompne que par les grandes vallées où des amas de graviers calcaires surmontent les assises argileuses. Un grand nombre do CCS étangs ont été desséchés : la plupart des autres sont temporaires, e'est-à-diro altcrnativeuieut laissés en eau et livrés à la (Ulture.
s Us?*:',-- -- !L..^îi ■ -i
ÉSvÿ^f ^ . : *lk^.i I
'i>i .- *SS> 'P^fc.vi-T'^A^ ■ ■ Jfe <■ ''■ s ■-*S3-;7J^
;ïv ,.r;t^i
•"il il ^ Ml 1^1 '^ ' . ' 1 ^ •■:- JÆ
i. ^C> •.-‘^^l-, ■% rÇ' f:; S i -
-r --^.' vc --..5^.4^ - --
* ^'-4^'- • •<* 4»K- •' - ,--■*, ■>-''* Te • ■ r -1 ' • : i»
Vv*. ’ .;;• ;:
fi:
(On remarquera la fréquence des eaux troubles ou louches.)
de neige. Quant aux rivières permanentes, leur régime est très instable : tantôt elles ont des crues violentes et déversent des eaux limoneuses et troubles par-dessus leurs berges peu élevées, inondant les prés riverains ; tantôt, après des gelées persistantes, ou après une sécheresse prolongée à la tin de la saison chaude, ce ne sont plus que des fosses reliées par de minces filets d’eau. Presque tous ces petits torrents, malgré la faible pente de leur lit, ont des crues rapides, mais de courte durée, dont la portée est, il est vrai, sensiblement atténuée par les étangs qui les alimentent et leur servent de régulateurs (').
La \ oire et la Barse, dans le département de l’Aube, l’Armance dans celui de l’Yonne, sont des types de rivières champenoises à régime torrentiel atténué {>lus ou moins par l’infiuence régulatrice des étangs. La Voire qui apporte à la limpide rivière d’Aube ses eaux glauques drainées sur les sols fangeux du Der, depuis ses sources aux environs de Sommevoire, serpente paresseusement à travers des prairies où son lit s’est fréquemment déplacé. En aval de l\Iontier-en-Der, près des villages de Villeret et Lentilles, ses eaux jaunâtres se répandent dans la plaine, pendant quelques semaines de la saison froide, formant une nappe de plusieurs kilomètres de largeur, mal contenue enti-e des versants surbaissés et discontinus (“).
La Barse, tributaire de la Seine, qui draine une superficie de 270 kilomètres carrés, et dont les sources, aux environs de Vendeuvre, sont alimentées par une importante nappe formée dans les cavernes du calcaire à spatangues, a un régime aussi irrégulier que celui de la Voire. La ville deTroyes, qui recevait jadis, par la Barse, les bois flottés de la forêt d’Orient, a vainement tenté, à diverses reprises, de régulariser son cours (®). Le plus remarquable de tous ces petits torrents champenois est, sans contredit, VArmance, affluent de l’Armançon, et fossé collecteur de toute une contrée appartenant aux formations les plus différentes. Ses sources et ses petits affluents de gauche, comme le Landion et le ru de la Mandrille, naissent sur les plateaux oolithiques du Tonuerrois, tandis que les affluents de droite, les rus du Boudas, d’xVuxon, de Montigny, de Tfémagne, ruissellent