Luyu&rib, statut, géol. df VAubCf p
Co terme de « vévre », qu'on rencontre fréquemment dans la nomenclature géographique de la France sous les formes multiples de voivre, vabre, vavre, woôvre, etc., dérive d’un vocable très probablement d’origine celtique désignant un lieu boisé. Cf. Gallois, La Woëvre... (Annal, de géngr., 15 mai 1034, p. 213-2U). Dans une charte du comte Gautier de Urieuuc à l’abbaye de Basse-Fontaine (xii« siècle), il est question d’une forêt de Vèvre de Wevre). [Laloub, Cartulairea du diocéae
de Troyea, III, 18, 71.]
2. Belokasd remarquait que, dans cotte région, le mouton contractait avec une déplorable facilité
teur champenois se consacre de préférence à l’élevage du gros béfeiil ; des bœufs provenant du Morvan et du Nivernais sont employés au transport des bois ; les vaches laitières alimentent partout une industrie fromagère très active, qui, en dehors de la consommation locale, entretient un commerce assez considérable avec les contrées voisines ('). Cette abondance du fourrage explique également le développement de l’élevage du cheval, particulièrement dans la région du Der, dans les prairies de la Laines (environs de Louze) et de la Voire (environs de Montier-en-Der). La création en 1808 d’un dépôt d’étalons à Montier-en-Der, sur l’emplacement même du monastère de Saint-Bercaire, a donné une vive impulsion à cet élevage dans une contrée où les difficultés de l’exploitation du sol exigent de puissants attelages. C’est à l’aide des étalons du dépôt de Montier-en-Der, répartis annuellement dans les nombreuses stations des départements circonvoisins, que l’administration s’efforce d’améliorer les races indigènes abâtardies. Mais il est difficile de concilier les intérêts particuliers des éleveurs et cultivateurs qui réclament de robustes chevaux de trait avec les exigences de l’administration, plutôt favorable à la ju'oduction du cheval d’armes; de telle sorte que la population chevaline du Der et des pays voisins est encore très hétérogène, résumant les caractères combinés de l’espèce locale aux j)roportions assez grêles, du gros étalon rouleur belge ou flamand, du chev'al percheron et même du boulonnais (■).
Le mode de groupement de la population et les conditions générales de l’habitat sont très caractéristiques dans la Champagne Humide ; le site des établissements humains, la forme, la structure individuelle et le mode d’aménagement des constructions sont tout autres que dans la zone jurassique. Au lieu de s’agglomérer en masses plus ou moins compactes dans le fond des vallées, sur le flanc des coteaux où affleurent les nappes souterraines, les centres habités de la Champagne Humide sont disséminés, sans ordre apparent, soit le long des rivières, soit à la surface des plateaux et jusqu’au cœur de la forêt. Leur localisation disparate est due surtout à la multiplicité des niveaux d’eau et des sources. Ainsi s’explique la dispersion de la
la cachexie aquouM, et qu’à la suite de pluies persistantes, la vainc pâture lui était fatale {La Seine, p. W6, 52S).
1. Les fromages de Soumaiotrain, d’Ervy et de Chaonrcc (prairies de l’Armance) ont une certaine réputation dans tonte la l>a.ssc Bourgogne.
2. Cf. Darbot, Rapport au eoneeil générât de la Ifaute^-Vame, année 18S2, p. 578. Rapport» annuel» du directeur du haras de Jfontier-en~Der au conseil général de la Haute-yfaiuc, particuliérement en lS9l (p. 5ïl-522) et en 1895 (p. 616-517).
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population dans de nombreux Inmeaux, fermes et écarts aux alentours des villages. C’est seulement à la lisière du terrain de craie, sur la ligne d’affleurement d’un niveau d’eau particulièrement important, que nous constatons un groupement spécial des villages suivant un alignement régulier. Au lieu de se presser les unes contre les autres comme les moutons d’une bergerie, séparées par des ruelles étroites et tortueuses, aux pentes parfois raides, comme dans la Bourgogne ou le Barrois, les maisons des villages champenois s’étalent
Construetîoa du type ancien à Montfoy (Aube) au nord d'Erv’v, sur les confins de la zone infracré* tacéü. L’habitation et les dépendances (bois et torchis) sont encore groupées sons une toiture unique en chaume.
d’ordinaire en terrain plat, alignées régulièrement le long d’une grande rue centrale, séparées le plus souvent les unes des autres par des cours fermées, des haies vives, des bouquets d’arbres ou des petits vergers. Le long des affleurements du néocomien, et à proximité des belles carrières oolithiques, les maisons en pierres jaunâtres sont encore nombreuses (‘); mais, en plein pays champenois, la substitution du bois, du torchis et de la brique à la pierre est tout à fait
1. Les bnnes du calcaire à spatangiies sont susceptibles de fournir de bonnes pierres de taille.
typique. Les charpentes en bois sont remplies par un torchis, blanchi extérieurement à la chaux, ou garni, comme dans le Der, d’un revêtement de plaquettes de bois, de lattes superposées en forme d’écailles, destinées à conjurer les effets des intempéries; les toits, presque plats, a l’italienne, sont couverts de tuiles creuses; parfois de larges auvents proéminents abritent des tas de bois, des bottes de haricots en cosses ou d’oignons accrochées aux façades. Les granges, remises et écuries sont généralement distinctes de l’habitation. Les tas de fumiers nau-
Cl liitbert.
Cuiistructiun rurale du type ancien (petite culture), à Krvy (Aube); le torchis et le bois remplacent les pieiTcs, (lui font détaul daus le i)ays; l’habitation u’est point séparée des grauges et écuries j les récoltes s entassent dans les greniers au premier étage j une partie de la toiture est en cbauuie.
séabonds qui, dans les villages lorrains, s’alignent devant les maisons, où bêtes et gens vivent pour ainsi dire porte à porte dans une promiscuité malsaine, disparaissent en Champagne derrière les habitations, ou s’étalent au milieu d’une cour intérieure. Les rues plus larges, plus aérées, plus propres et moins encombrées sont d’une circulation facile. Par contre, les ruisselets aux eaux vives, les belles fontaines jaillissantes, principal ornement des rues, places et carrefours dans les villages bourguignons et lojrains, sont remjilacés en Champagne par
des fossés bourbeux ou des mares croupissantes. Vus de lo’u, à l’horizon, avec leurs maisons aux toits rouges enfouies dans la verdure des vergers, au milieu desquels culmine la flèche élancée d’un clocher, les villages de la Champagne Humide offrent un contraste frappant avec ces amas de pierres grises ou jaunâtres qui représentent les agglomérations rurales de la zone jurassique.
La Champagne Humide est faiblement peuplée parce qu’elle est une contrée essentiellement forestière et agricole. Les bois constituent
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Exploitation run.le du type moderne à Monthicrault, près d'Ervy (Aube); la brique et la pierre ao subsil'aicnt au bois et au torchis; le chaume disparait des toitures couvertes eu tuiles; les dépendances sont séparées de Thabitation eu façade sur la rue, et envirounéc d‘une cour enclose avec jardinet.
une source de revenus très importante pour les communes, qui se partagent avec l’État la propriété des anciens domaines monastiques ; les produits de l’exploitation forestière sont expédiés sous forme de bois de chauffage ou de bois d’œuvre dans la Champagne Pouilleuse et jusqu’à Paris par le canal de Bourgogne et la rivière d’Yonne ; ou bien, transformés sur place en traverses de voies ferrées et surtout en poteaux de mines, ils s’exportent vers les houillèi’es du Nord et de la Belgique par les canaux de la Marne. En général, les industries du
IA CHAMPAGxNE
bois sont jxîu développées ; si les petites scieries sont nombreuses, les ^^randes usines transformant le bois sont rares par suite de l’irrégularité de la force hydraulique fournie par les cours d’eau ton-entiels de la contrée. On tire du sous-sol une grande variété de matériaux utilisés par l’industrie. Les argiles du gault auxquelles le géologue Leymerie a donné le surnom significatif d’argiles « tégulines » alimentent de nombreuses briqueteries et tuileries. L’industrie céramique était jadis très active particulièrement entre la Seine et l’Aube ; mais les vieilles faïenceries de Radonvillicrs et de Mathaux (Aube) ont disparu ou ont été transformées ; Vendeuvre-sur-Barse a conservé sa « sainterie » qui livre aux églises des statues et des chemins de croix. On tire encore des sables verts de l’albien et des argiles bigarrées du néocomien la matière nécessaire à la confection des briques réfractaires et des creusets pour les verreries et les fonderies. Quant à l’industrie métallurgique, dont les moines paraissent avoir été les initiateurs dans la contrée, elle a émigré et s’est concentrée dans la IIaute-l\Iarne. Des argiles bigarrées du néocomien on tire une limonite finement oolithique exploitée irrégulièrement aux environs de Vendeuvre, Cliampsur-Barse, Villy-en-Trode, mais non traitée sur place ; il n’y a plus dans la région que des mines abandonnées et des forges en ruines ; il faut aller jusqu’aux confins du Der (Sominevoire) pour rencontrer des fonderies en activité.
Ainsi s’explique, faute d’une grande industrie locale, la dissémination et la densité relativement faible de la population dans la (’liaml)agne llumilc, l’absence de centres urbains de quelque importance. Les villes se sont formées plutôt à distance des grands massifs forestiers, dans les vallées profondes sur les confins de la zone oolitbique, et elles appartiennent à la basse Bourgogne et au Barrois, comme Auxerre sur l’Yonne, Cl)ablis sur le Serein, Tonnerre sur l’Armançon, Bar-sur-Seine, Bar-sur-Aube, A’^assy sur les rives de la Biaise, ou bien à la lisière du terrain de craie, comme Joigny, Troyes et Vitryle-François. Les cantons les plus déshérités sous le rapport du peuplement sont ceux de la contrée du Der et de la rive gauche de la Seine où la forêt couvre encore des milliers d’hectai-es ('). Certaines communes aux alentours des forêts de Rumilly et d’Aumont et dans la plaine de Brienne ont une densité de population inférieure à 15 habitants au kilomètre carré et constituent des agglomérations minuscules
1. En 1896. la densité de la population était dans Ic.s cantons de : Soulaines, 20,7 ; Chaource, 21|1 ; Vendeuvre, 28,5; Eusigny, 29 i Brieane, 32,8; Montior-cn-Der, 34 habitants au kilomètre carré.
dont les effectifs n’atteignent pas 100 habitants. Dans cette partie de la Champagne Humide, les centres les plus populeux ont l’aspect franchement rural de siinj)les marchés agricoles où la vie ne circule qu’à de rares intervalles : Montier-eil-Der-Ceïïonds {2 237 habitants), avec ses petites maisons basses, toutes pimpantes de couleur fraîche, environnées de jardins fleuris-, Brienne (1 753 habitants), qui développe sa longue rue principale, à l’instar des bourgades champenoises, au pied de la butte de son château historique ; Vendeuvre (2 068 habitants), antique oppidum celtique dans le vallon de la Barse, entouré de coteaux couverts de vignes et de vergers, sur les contins de la forêt d’Orient ; Chaource (1 166 habitants), l’ancien Cadusia de l’époque franque, encore à l’écart de toute voie ferrée ; En/y (1 460 habitants), vieille bastide où la population s’entasse sur un étroit promontoire aux flancs escarpés, dominant les gi-asses prairies de l’Armance. Tous ces petits centres n’ont pour eux que les vestiges de leur passé lointain, monastique ou féodal.
Au sud-ouest de l’auréole infracrétacée, les conditions générales de l’habitat se modifient sensiblement. La déforestation est plus avancée, sur un sol moins rebelle à la culture. La fertilité exceptionnelle des vallées de l’Yonne, du Serein « opulente comme une petite Beauce » et de l’Armam^on, où les grandes exploitations agricoles sont nombreuses, coïncide avec une densité plus forte de la poj)ulation (*).
L’Yonne, le Serein, et surtout l’Armançon, dont les vallées sont des voies naturelles de grande circulation entre la Bourgogne et la région de Paris, ont fixé la population le long de leurs rives attrayantes à l’emplacement des ponts et aux stations de batellerie. Les ju-incipales agglomérations ; Seignelay sur les rives du Serein (1 124 habitants), Brienon sur l’Armançon (2 725 habitants), Saint-Florentin (2 661 habitants) au confluent de l’Armançon et de l’Armance, conservent dans l’agencement extérieur de leurs constructions le cachet urbain caractéristique des centres bourguignons. Ce sont de gros marchés agricoles bien desservis par les voies ferrées ou par le canal de Bourgogne (9-
1. Sur la richesse ajfricole de ces vallées, cf. Journal d^agriculturef 1S93, p. 370, 455 ; Ardoi:in-Di*- MASRT, Voyage en f^rance, 25* scrie^ p. 235. Les terres sableuses, fines et jaunâtres, couvertes do champs de blé, qui surmontent les sables verts aux environs de Saint-Florentin, sont désignées sous le nom de « Beauces ». TjKTmerie, Statist. géoî. de Wonne, p. 188, 479. En 1896, la densité de la population était, dans les cantons de : Flogny, 37,1 ; Ervy, 40,4 ; Seignelay, 60,6 ; Saint-Florentin, 62, 1.
2. Voies ferrées de P.-L.-M. par la vallée de l’Armauçon, de Earoche â Liale-Angely dans la vallée du Serein, de Saint-Florentin à Troyos.