LE PAYS DU FER ; VALLAGE
dans la plaine les hautes cheminées d’usines, brasseries, poinleries, clouteries, fabriques de chaînes, ronces artificielles, ateliers pour la construction des bateaux en fer et des ponts métalliques. Les forges du Clos-Mortier et de ^larnaval, situées en amont sur les rives de la I\Iarne, font partie
Cette activité industrielle explique la densité relativement forte de la population dans la zone métallurgique champenoise, où treize communes comptaient en 1901 plus de 100 habitants au kilomètre carré ('). Mais la population ouvrière, comme les usines, est très disséminée ; huit agglomérations seulement comptent plus de 1000 habitants-, seul Suint-Dizier, petite métropole de la contrée, doit aux avantages de sa situation géographique et à la concentration du travail industriel un effectif de 14 601 habitants.
Situé sur les rives de la Marne, au point où les routes du Vallage et du Barrois convergent vers les plaines champenoises, Saint-l)izier(-)fut, pendant plusieurs siècles, sur la frontière de la Champagne, une ville forte gardant le passage de la i\larne, exposée sans cesse aux invasions. La ville, complètement dégarnie de ses anciens remparts, étend, le long de la grande route de Paris à Strasbourg, ses interminables faubourgs de Gigny et de Lanoue : aux alentours se dressent
minerai
fer
fonte yA
ik
aciei
1. Vassy 100,3, Hienvil'.e 109,6, Thonnaiice-Iès-Jolii- Â fl ü P P ^ IR7‘i ! RQ'i IQP9
illc 105,7, Chamoiiilley 120,1, Kurville 136,0, Kai ho- Ui /D lOOD I7U/
ville
court-sur-Marne, 102,6, Cous.anccs 151,9, Brousseval 153,9, Vecqueville 137,4, Allicliamps 102,4, Joinville 203,1, Monireuil-s.-Blaise 221,9, S.viiit-Dizier 319,8.
2. Cf. Abbé l'OL’UOT, Ori^iiie.s do .Saint-Uizier (.Vém. delà Soc. des lettre» de Saint-Dizier, t. VI, 1890-lf:91).
l’roductiuii minière et métallurgi |UC de la région champenoise.
LA CIUMP.VCNE
de sa banlieue industrielle ; son marché des bois et des vins est très actif ; la j^are de Saint-Dizier au point de croisement de la voie ferrée Blesmes- Chaumont avec les lifçnes transversales convergeant de \'assy, de Troyes, de Kevigny, a une animation exceptionnelle due à l’intensité du transit.
Ainsi l’abondance du minerai de fer et du combustible végétal, la présence de nombreu.x cours d’eau fournissant la force hydraulique, facilitant le lavage des minerais et, dans une certaine mesure, les transports, expliquent la haute antiquité et l’essor sur les contins du Der, du Vallage et du liaiTois de cette industrie métallurgique qui, poussant pour ainsi dire ses racines dans le sol, avait, dans la contrée, une raison d’être géograjdiique. Elle fut favorisée, dès sa naissance, par de puissantes abbayes, et sa prospérité reposa longtemps sur une collaboration intime de l’activité industrielle avec la vie rurale sous toutes ses formes. Mais la métallurgie champenoise a traversé bien des vicissitudes, et sa situation actuelle est loin de répondre à sa prosjiérité d’antan (*). La concurrence étrangère, accélérée par l’insuffisance de protection douanière résultant des traités de commerce signés en 1859 et 1800; plus récemment, l’essor prodigieux de la métallurgie en ]\Ieurthe-et-]\Ioselle coïncidant avec l’épuisement d’un grand nombre de minières, ont contribué à précipiter la décadence de l’industrie champenoise jadis si active, et à transformer complètement son mode de production. Depuis que le canal de la Haute-Marne (1881) apporte aux usines champenoises le minerai de fer (de 200(M) à .30 000 tonnes en moyenne par an) et surtout les fontes de première fusion provenant de Meurthe-et-Moselle, on n’exploite plus guère dans la Haute-Marne que les gisements des environs de Vassy (Louvemont, Voillecomte). Un grand nombre de hauts fourneaux ont éteint leurs feux depuis longtemps, et le travail s’est concentré dans un nombre restreint d’usines ; les arrivages de houille par canaux ont réduit presque à néant la production de la fonte au bois, spécialité jadis fort estimée (production: 504269 tonnes en 1850 ; 1 281 tonnes en 1896) ; la fabrication de la fonte de moulage reste la plus importante, et celle de l’acier tend à se développer depuis quelques années.
Cette transformation, dont les progrès ne sont pas en rapport avec le développement des voies de transport multipliées dans la contrée depuis un quart de siècle, est l’indice des conditions économiques
1. L’hUtoirc des nrigiues et des vicisgitudes de la métallurgie chainpeiioise a été traitée avec ampleur par M. Marcel Hdlard, L’Iudustrie du fer dans la Ilaute-Maruc (.^Inna^ de géogr.^ 15 mai et 15 juillet 1901, avec cartes).
LE PERTHOIS
nouvelles assez peu favorables au milieu desquelles évolue actuellement la métallurgie cliarapenoise. C’est que les grandes usines (Taujourd’hui constituent, « au contraire des anciennes forges dont elles sont sorties, une industrie artificielle, indépendante du milieu dans lequel elle vit, et sans racines, pour ainsi dire, dans le sol auquel elle demeure attachée. Ni ces grandes forêts où elle est née, ni les minerais qui sufTirent si longtemps à ses besoins ne lui sont plus rien, et l’on en arrive ainsi à ce fait paradoxal que les fers galvanisés d’Eurvillc ou les fontes d’art du Val d’Osne sont fabriqués dans ces usines avec des minerais de 3Ieurtlie-et-Moselle et des houilles de la Sarre ou du Nord » (‘).
Les mouv’ements de la population, qui tend à diminuer, traduisent fidèlement les phases de cette évolution de la métallurgie champenoise. Entre 1881 et 1901, les cinq cantons métallurgiques de Joinville, Vassy, Poissons, Clievillon et Doulevant-le-Chàteau ont perdu plus de 8 000 habitants. Seul, le canton de Saint-Dizier doit l’accroissement de sa population au développement de son chef-lieu (■).
LE PERTHOIS
Le sillon profond de la Saulx, creusé dans les bancs du calcaire portlandien et qui contourne la forêt de Trois-Fontaines, constitue une limite vraiment géographique entre la Champagne et le Barrois : les villages agglomérés sur les rives sinueuses de la Saulx aux eaux glauques, avec leurs solides maisons de pierres jaunâtres, entassées les unes contre les autres, leurs fontaines jaillissantes dont les eaux claires dévalent le long des maisons, appartiennent au Barrois plutôt qu’à la Champagne, Quant au plateau entrecoupé de failles et raviné dans tous les sens qui poi'te la forêt de Trois-Fontaines, il s’inelino doucement dans la direction de l’ouest où l’on voit les afileurements du gault plonger sous une nappe d’alluvions enveloppant le massif d’une ceinture continue de plaines cultivées : c’est le Perthois,