Marcel Bdlauo, loc. cit., p
ilouvement de la population .
.ASNÉES CASTON VILLE
de de
Saint-Dizier Saint-Dizier
immense cône de déjections que les atterrissements des courants diluviens ont nivelé jadis, et où un imperceptible renflement de teirain portant les villages de Saint- Vrain, Thiéblemont, Ecriennes et Marolles partage inégalement les eaux ruisselant de la forêt de Trois-Fontaines, entre la ^larne et la Saulx (*). A l’occident, les coteaux blanchâtres de la Champagne Pouilleuse dessinent une large courbe concave et ferment l’horizon de la plaine.
Nous avons déjà constaté que les eaux qui ruisselaient de toutes les directions pour se réunir dans ce bassin lacustre situé primitivement sur remplacement du Perthois ne se sont pas toujours déversées dans le lit de la Marne, pour s’écouler à travers le bourrelet crayeux qui les emprisonnait, dans une direction conséquente vers le fond de la cuvette parisienne. D’après Buvignier ('), elles auraient primitivement trouvé une issue vers le nord, par la vallée de la Vière, entre (fliarmont et Nettancourt, et celle de l’Ante par Le Châtelier et Givry-en-Argonne, pour rejoindre l’Ai.sne, formant ainsi un large courant diluvien orienté du sud au nord entre le massif d’Argonne et les alfleurements surélevés du terrain de craie. L’existence de ce courant unique est attestée non seulement par la faible altitude de la zone déprimée et humide que sillonne aujourd’hui la Vière, mais encore ]>ar l’abondance des graviers calcaires recouverts par des dépôts argilo-sableux, qui tapissent les pentes jusque dans la vallée de l’Aisne. Suivant une autre hypothèse, ])lus vraisemblable, la vaste dépression nivelée que forment les plaines du Perthois à travers l’auréole infracrétacée, sur les flancs et dans le prolongement de l’anticlinal de la forêt de Trois-FontJiines, est, par ses dimensions, hors de proportion avec l’importance médiocre des cours d’eau qui s’y réunissent aujourd’hui. D’après la disposition des nappes de cailloux roulés qui surmontent les plateaux dans le bassin de la Vière au nord, et les ondulations aplanies du Bocage et du Der, au sud, il est permis de supposer que la ^larne, dont le lit était creusé dans un véritable synclinal en aval de Saint-Dizier, l’ecevait jadis à la fois le tribut de l’Ai.sne et de l’Aube ; l’Aisne débouchait du nord-est et son tracé est visiblement indiqué entre les deux rides sculpturales qui enserrent les deux vallées symétriques de la Vière et de l’Ante. Quant à la rivière d’Aube, elle se déversait dans le bassin de Vitry par les plaines marécageuses de la Voire : le pertuis de Vitry groupait donc
1. Au xviiu siècle, Ouettard dèfiniBsait !• Perthüîs a le plat pays qui comprend tout ce qu’il y a
entre la Marne et la rivière de Saulx • de l'Acad. de$ tcicneest année 1746, p. 386.)
2. BuUet. de la Hoc. fféol., série, t. XIII, p. 671, et Statut. géoL de la Sletute, p. 651).
LE PERTHOIS
l’Aisne, rOrnain-Saulx, la Biaise, la ^larne et l’Aube en un réseau conséquent (’). Le massif de la forêt de Trois-Fontaines s’avance comme un éperon jusqu’au centre du Berthois, et sur chacun de ses riancs se creusent deux golfes de plaines alluviales, qui interrompent la continuité apparente des affleurements infracrétacés : au sud les plaines de la Marne, au nord celles de l’Ornain.
Les plaines de la ^larne, entre Saint-Dizier et le confluent de la Biaise à Larzicourt, sont bordées au sud par un promontoire peu élevé que coupent les tranchées du canal de Saint-Dizier à Vassy : la i\Iarne vient buter là contre les côtes noires de Moëslains, énorme falaise en forme de conque, constituée par des argiles noirâtres (albien) qui surplombent la rive gauche de la rivière sur une longueur d’un kilomètre environ, et sur les parois de laquelle le ruissellement des eaux a sculpté des aiguilles semblables à des dykes volcaniques en miniature (‘). Les plaines de la Mai’ne qui se développent au point de convergence des vallées du Vallage sont ici une des principales portes d’entrée de la Champagne défendue jadis par la forteresse de Saint-Dizier ; le chemin de fer de Blesmcs à Chaumont et le canal latéral à la Marne n’ont fait qu’accroître leur importance comme voie de grande circulation et de transit.
Les plaines du nord, sillonnées par les fossés de la Saulx, de l’Ornain et de la Chée, doivent aux vicissitudes multiples qui ont accompagné le ruissellement des torrents diluviens dans cette contrée une configuration moins régulière ; elles forment deux bassins de dimensions inégales. Le premier, celui de Revigny, s’ouvre au sud par le val de Saulx, à l’est par celui de l’Ornain, et il se prolonge au nord par le long couloir que dessine la vallée de la Chée ; du côté de l’ouest le bassin se rétrécit, le plateau de Trois-Fontaines se rapprochant, à la hauteur de Sermaize, du promontoire de gaize qui porte, en face, les villages d’Alliancelles et Bettancourt-la-Longue ; il y a là un défilé où les lits parallèles de la Saulx, de l’Ornain et de la Chée sont près de se confondre. En aval de cet étranglement, la plaine s’épanouit de nouveau et forme le bassin d’Heiltz-le-i\[aurupt, limité au nord par le bas plateau i)arsemé d’étangs et moucheté de bosquets que draine la Vière, et que surmontent les coteaux crayeux où végètent
1. DOLLFOSf Structure géologique du bassin do Paris (^Innaf. de géogr.f 15 nov. 1900, p. 427-428). Le géologue Cokmoel a môme cru retrouver, eu aval de Saint-Dizier, Testuaire et les atterrissements d’uu ancien et puissant courant fluvial apportant le tribut de ses eaux au lac du Perthois ; ce courant n’était autre que la Moselle (?) [Üullet. de la Soc. géol., 2« série, t. XVIt, 783, t. X.KIII, 664, et Mém, de la Soc. de» letireê rfe Saint-lHzierf t. i (1880-1881)].
2. Akdoüin-Dumazet, Lee Grandes Manœuvres de VEst en I89if in-8®, Paris, 1891, p. 170-171.
sur des pentes ai’gilo-sableuses, les vignobles de Cbangy, Merlaut et Outrepont. Alors se forme un lacis inextricable de cours d’eau qui viennent grossir la Marne en aval de Vitry. Les eaux de tout le Perthois ainsi rassemblées ont eu une puissance d’érosion assez considérable pour se frayer un passage par un pertuis relativement étroit à travers les plateaux du terrain de craie.
Les plaines de la Saulx et de l’Ornain n’ont pas moins d’importance que celles de la iMarne au point de vue des communications. Le bassin de Revigny est la vraie porte du Barrois, et les ducs de Bar, possesseurs de Revigny, surveillaient de cette place l’entrée de leurs Etats (‘) ; c’est par la vallée de l’Ornain que la voie ferrée de Paris à Strasbourg et le canal de la Marne au Rhin s’insinuent au cœur de la Lorraine.
Ims limons et les graviers masquent dans les plaines presque horizontales du Perthois les affleurements et le plongement rapide vers l’ouest des assises infracrétacées ; mais l’extension des prairies, les mortes qui remplissent les gravicres excavées pour le ballast des voies ferrées, la faible profondeur à laquelle on atteint les nappes souterraines, les lignes entrecroisées d’oseraies et de peupliers (Saint- Lumier-la-Populeuse) qui barrent l’horizon de la plaine révèlent un sous-sol argileux (*). L’aspect nouveau du paysage justitie ici l’emploi d’une dénomination spéciale. Le Perthois, qui découpe de larges clairières dans la bande forestière de l’auréole infracrétacée, est un ]>ays généralement découvert et cultivé qui contraste avec le Der, domaine des grandes forêts de chênes (”). Les cultures se substituent donc à la forêt sur les alluvions fécondes du Perthois {*) ; les champs de céréales et de betteraves étalent leurs nappes bariolées sur les limons argilo-sableux, et les sucreries d’Eclaron et de Sermaize trouvent de quoi s’alimenter sur place. Dans la plaine de Revigny-aux-
1. 1)0 ce côté, le (Uoeese lorrain do Toul empiétait sur les plaines champenoises; le doyenné toulois de Kohert-Espaifiie englobait le bourg de Kevigny ainsi que les villages de Contrisson et Anderuay a la lisière de la lorèt de Trois-Foutaines, et actucllomcnt le département de la Meuse s'étend jusqu’aux environs de .Sermaize.
2. Fkhtkr, Les Sources du Perthois (Soe. da 9ciencei et arts de Vitr^de-Françoiê, t. Il, p. 105 sqq.).
3. l^a dénomination de Perthois qu’on retrouve dans le nom du village de Perthes, à 5 kilomètres de 8aint-Di/.ier, dans la plaine, et que nous avons déjà signalée dans la plaine de llrienne, à PerthesHUi-Uothièrcs, dériverait d'un tenue celtique, perth, siguitiaut buisson (Koutiot, Dictionn. topogr. de l'AnbCf an mot Perthois). Nous constatons cependant que IIoldf.r (Att-Celtischer Sprachêatz) ne mentionne pas ce sens attribué au mot perth. On retrouve encore un Perthes dans la Champagne l’onilh'use (canton do Junlville). (juant au terme de Heiltz ou Heis qui figure dans le nom do doux villages situés au nord du Perthois: Heiltz-lc-Maiirupt et Heiltz-lc-Hutier, il semble être une forme francisée d'un mot ginnanique de l’ordre forestier (LoNOhON, Oictioun. topogr. de la Marne, intro» dac.tioii, p. ix).
1. Sur la fertilité et les conditions spéciales de ragriculturc dars le Perthois, cf. baron Thkkard, ütude 9ur U département de la Marne, br. in-S'^, Paris, 1861, p. 11-12.
LE PERTH0I3
Vaches, et dans le vallon de la Chée, où des travaux d’assainissement ont amélioré les prairies, l’élevage du gros bétail s’est plus spécialement développé; d’importantes laiteries -fromageries, à la Maison-du-Val (commune de Noyers) et au Vieux -Monthiers (commune de Sommeilles), étendent leur rayon d’approvisionnement à toute la région circonvoisine. En raison de sa fertilité et des voies naturelles qui s’y croisent, le Pertliois paraît avoir été une des contrées les plus anciennement peuplées de la Champagne Humide. Des centres importants de population y sont signalés dès l’époque mérovingienne (‘). l’erthes, qui a donné son nom au pagus Perteusis, Ponthion (Pontico) sur la rive gauche de la Saulx qui possédait un atelier monétaire; Vitry- en- Pertliois (Victoriacum castrum) sur les confins de la plaine. Les rois francs résidaient fréquemment à Ponthion oii ils tenaient des assemblées et présidaient des conciles ; ils paraissent avoir affectionné leurs résidences du Pertliois, situées à proximité de vastes forêts giboyeuses, et d’où ils pouvaient surveiller les routes débouchant de la Lotharingie.
Aujourd’hui le Pertliois, pays dont les habitants sont voués presque exclusivement aux travaux agricoles, est médiocrement peuplé f'*) ; ses campagnes, où les petites industries locales (fromageries, moulins, tuileries de Pargny-sur-Saulx, fabrique de meubles et raffinerie de Sermaize) ne peuvent fixer un grand nombre de travailleurs, se dépeuplent de plus en plus ; entre 1851 et 1901, les trois cantons de Revigny, Thiéblemont et IIeiltz-le-5Iauruptont perdu 7 653 habitants. Les centres les plus populeux du Pertliois, Sermaize (2 553 habitants) et Revigny (1 744 habitants) [“] sont des agglomérations rurales plutôt que des villes. Vitry-le- François , la minuscule métropole de la contrée, peut seul être considéré comme un centre urbain (8 561 habitants).
Située à la pointe extrême de la plaine, dans le jiertuis de la .Marne, entre les buttes crayeuses de Blacy et du mont de Fourche, cette coquette petite ville, fondée et fortifiée en 1544 par François C sur l’emplacement du village de Maucourt, apres l’incendie de Vitryen-I’erthois par les Impériaux, avec ses rue.s tirées au cordeau abou-
1. Cf. Moui.b, I.’Arrondi.s8emeiit de Vitry-Ie-François avant l'an 1000 (Kee. de Champagne et Brie, nov.-déc. 189Ô).
2. En 1896, la densité de la population était, dans les cantons de : Uevigny, 15,5 ; Thiéblemont, 31,6 ; HciU/.-le-Maurupt, 25,8.
3. Revigny doit à sa situation géographique une importance exceptionnelle comme point de croisement des voies ferrées de l’aris-Xancy, de Saint-Dizier, de Revigny-.lmagiie par la v.allée d’Aisne. La voie ferrée étroite d’Haironvillo à Triauoourt (61 kilomètres), qui dessert les vallées de la Saulx et de la Chée, traverse Reviguy.
tissant à une place centrale, se distingue, entre toutes les villes champenoises, par un cachet unique de propreté et d’élégance. Un siècle à peine après sa fondation, la ville de François P' était devenue un des principaux marchés agricoles de la Champagne, où s’entassaient les blés du Perthois destinés à l’approvisionnement de Paris. Aujourd’hui le commerce des grains, commandé en quelque sorte par la nature, a conservé à Vitry son activité traditionnelle ; les blés et les seigles sont expédiés de Vitry aux graudes distilleries du Nord ; d’importants moulins dans la banlieue, une usine de ciment de laitier (tuyaux, béton aggloméré), une fabrique de chaux, une faïencerie donnent à ses faubourgs les apparences d’une petite cité ouvrière admirablement desservie par les voies ferrées et un canal (' ) ; la population déborde depuis quelques années hors de l’enceinte des anciens remparts démolis.