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LES ARDENNES

pulation dépassant 1000 habitants (1526). Comme en Argonne, et pour les mêmes motifs, l’émigration temporaire est entrée dans les habitudes de la population : de Jonval, de La Sabotterie, de Marcquigny, etc., partaient jadis des « galvaudiers » ou marchands de clous, des colporteurs de harengs salés, qui se répandaient dans les villages de la vallée d’Aisne et de la Champagne l’ouilleuse (*). De nos jours, l’exode d’une partie de la population ouvrière que des salaires et un travail insuffisants ne fixaient plus au i>ays, est devenu définitif ; le

L’ne cxploitatiuu agricole à Longwé (toitaro ei rcvctcmeiit latéraux eu ardoises); on remarquera la coutiguïté de l’habitation avec les remises et écuries, comme dans les Ariennes et la Lorraine.

courant permanent d’émigration se porte surtout vers les carrières, les mines et les centres industriels de la i\[euse ardennaise ; c’est pourquoi, de 1856 à 1901, la })opulation des deux cantons de Tourteron et du Chesne s’est abaissée de 13 351 à 9 508 habitants. La population est relativement disséminée, par suite du grand nombre des niveaux d’eau et des sources, de l’étendue du territoire agricole. Quelques villages, comme Longwé et Toges, sont littéralement enfouis

IIub&rt, Géographie des Ardennes, p. 485.

au fond des gorges. ]\Iais l’aspeet extérieur des habitations n’est déjà })lus tout à fait le même que dans l’Argonne. îSans doute, au cœur de la forêt, entre Grandpré et Le Chesne, on i-etrouve les petites maisons basses en toi’cliis et en bois, portées par un soubassement en blocs de gaize ; mais les assises du 'corallien et du calcaire à astartes fournissent d’excellents moellons qui apparaissent dans les constructions importantes. Dans les bourgs, les maisons massives en pierres grises ou jaunâtres (pierres de Buzancy), alternant avec les constructions en briques, s’alignent derrière les tas de bois et de fumier le long des chaussées : les dépendances attenant à l’habitation révèlent par leur extension le lôle prépondérant de l’agriculture ; les teintes violacées des toitures et les placages d’ardoises recouvrant la partie supérieure des façades exposées aux vents pluvieux annoncent, par leur fréquence, le voisinage de l’Ardenne.

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Vallage d’Aisne et Pied-des-Monts.

Au pied des massifs boisés argoiiniens et ardcnnais qui se dressent en ainphitliéâtre sur la rive droite du lon^ fossé sinueux formé par les vallées de l’Ante et de l’Aisne, s’étend une zone luxuriante de coteaux bocagers, de crêtes affaissées toutes en cultures et entrecoupées de vallons verdoyants, limitée du coté de l’ouest par une ligne onduleuse de blanches collines : c’est le Vallage d’Aisne, ou Vallage argonnois(M qui, au point de contact des deux formations infracrétacée et supracrétacéc , constitue un pays mixte entre la Champagne Humide essentiellement forestière et la Champagne Pouilleuse agricole. Dans son ensemble, ce Vallage est loin de présenter l’aspect déprimé et plus ou moins plat qui caractérise le dessin topographique de la bande iufracrétacée, et il justilie par sa configuration la dénomination populaire qui lui est commune avec d’autres contrées géologiquement très différentes : c’est un pays surtout vallonné, dont les ondulations typiques sont dues à la mise en évidence inégale des affleurements cénomaniens et turoniens qui s’intercalent successivement entre le massif gaizeux de l’Argonne et les hautes plaines champenoises constituées par les assises compactes de la craie blanche à micraster. Près du village de Villers-en-Argonne, l’Aisne, après avoir percé le promontoire de gaize qui ferme à l’ouest le bassin de Triaucourt, contourne le versant occidental des plateaux argonniens; sa vallée, suivant une direction anormale, s’intlécliit brusquement vers le nord-ouest, dans le ju’olongement du sillon de l’Ante et parallèlement à la ligne d’affleurement des couches inférieures du terrain de craie. La rivière découpe çà et là dans le massif de gaize des buttes isolées aux pentes raides, qu’elle enveloppe dans les sinuosités de son cours (butte du Château à .Sainte-Meneliould) ; sur sa rive droite elle recueille les petits torrents qui débouchent par les gorges de l’Ai'-

. Cf. Micuaud, Le Vallage argounoU (Science sociale, t. I, p. 417).

gonne, et sur sa rive gauche les ruisseaux issus de la bordure des plateaux crayeux qui coupent obliquement les attieurements de la craie marneuse, en formant une succession de mamelons allongés (aux formes arrondies) [']. Au milieu de cette diversité de terrains tour à tour rocheux, argileux, sablonneux, marneux et crayeux, chaque formation géologique se distingue dans le Vallage par une végétation et des cultures qui lui sont propres. Les côtes de gaize sont couvertes de bois, lambeaux plus ou moins détachés de la forêt d’Argonne (bois d’Autry, de Cernay, de i\logon, de Plaimont, etc.) ; les talus les mieux exj)osés portent des vignobles, sur la rive droite de l’x\.isne à Autry, Senuc, Chestres, Vandy, Teri'on, Falaise, Vrizy, Voncq ; mais ces vignes dont la culture fut propagée sur les pentes de l’Argonne par les comtes de Champagne, vers le milieu du xiil' siècle (■), ne fournissent que des produits médiocres, et les récoltes sont ti'ès précaires par suite des brouillards, de l’humidité, des gelées précoces de l’automne qui caractérisent le climat local. La vigne a i-eculé devant les vergers qui garnissent les pentes les moins favorisées par l’exposition, à la lisière des grands bois ; chaque année les fruits sont expédiés par wagons à destination des marchés de Paris et même de Londres. 31ais la principale richesse du Vallage réside dans la culture des céréales et l’exploitation des prairies naturelles. Les croupes mamelonnées situées sur la rive gauche de l’xVisne, où les assises tour à tour sablonneuses et marneuses du cénomanien et du turonien sont recouvertes d’abondants dépôts limoneux, fournissent d’excellentes terres à céré.vles et le Vallage est, pour toute la contrée circonvoisine, un véritable grenier d’abondance vers lequel affluent, au moment des récoltes, les travailleurs venus de l'Argonne Ç). Au développement de la grande culture correspond, dans le Vallage, une transformation significative dans l’agencement des constructions : on voit apparaître la maison du type champenois avec ses vastes granges où s’entassent les moissons, ses dépendances séparées de l’habitation et groupées autour

1. Sur le V-illaje, cf. Collet, Uerhcrclie.^ géolof'iqiies sur l’arrondisscmcDt de Saintc-Mciichould Trav. de l'Aead. de lleima, t. LXIX, .année 1880-18S1, et br. in-S", Ucims, 1882); Mbi ot et Nivoit,

Stntitlûine agronomique de l'arrondieeement de Vouzier», in-S”, Charleville, 1873, aver une c.arto géologique agrouoiiiique an 1/4000U<; ]>' Charles Ouelliot, Topographie, hietoire et etatietique médicale de Varrondiaaement de i'ouziera, iu-8", Paris, 1876; Buirette, lliatoire de Sainle-ifenehould, i vol. in-S», 1882-1883 (récditioii); .\edol’in-ül’mazet. Voyage en France, 21' série, chap. xix.

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