‹ La ChampagneChapitre 68 sur 166 · a .Seine, p · texte numérisé non relu

a .Seine, p

•1. Cf. Fi.\oT, La Jiarbuise et son cours, in-S®, Arcis sur-Aube, 18i*8.

La Somme, type de rivière tranquille de la Champagne Pouilleuse; niveaux successifs pendant la saison froide 1900-1901 ( ').

(On remarquera la prédominance des eaux claires sur les eaux louches on troublusV

XI XII I II ni IV

fx

dans la Champagne Pouilleuse, est, au nord de la Marne, le plateau d’une altitude moyenne d’environ 200 mètres, qui porte les villages de La Croix-en-Champagne, Auve, Tilloy-Bellay et Poix : e’est là que divergent les sources du Fion, de la Yière, de l’Auve, de l’Yèvre, de la Moivre, de la Yesle, de la Noblette, de la Tourbe, de la Bionne et de la Suippe, dont les eaux se rendent soit dans la Marne, soit dans l’Aisne.

Toutes ces petites rivières du terrain de craie, qui apportent leur tribut médiocrement abondant aux grandes artères transversales de la contrée, ont un régime remanpiablement régulier et réalisent toutes le type du cours d’eau tranquille. L’infiltration est lente dans les sols crayeux, et l’on ne voit pas, dans la Champagne Pouilleuse, comme dans la zone de l’infracrétacé, mille ruisseaux éphémères venir, après une forte ondée, remplir un fossé collecteur trop étroit. Pour la même raison, CCS ruisseaux aux eaux laiteuses sont peu susceptibles de baisses excessives, la couche aquifère qui les alimente et règle leurs niveaux continuant à leur fournir l’eau d’infiltration longtemps encore après la chute des pluies. La submersion des rives et les inondations ne peuvent être qu’exceptionnelles : elles ne se produisent guère, pendant la saison froide, que dans les vallons encaissés, au point de convergence de plusieurs ruisseaux, là où les eaux de crues ne rencontrent pas un débouché suffisant (').

1. Les crues extraordinaires de février-mars 1784 sont restées fameuses par les dégâts qu'elles ont causés dans nombre de villages champenois. Cf. une lettre de Tintendant de Chàlons, Rouillé d’Orfouil, au contrôleur général de Calonne, datée du 14 mars 1784, dans CiiAMeiox, Le» Inondation» eu France, t. II, pièces j natif., p. LU sqq. Les 28 et 29 mars 1841, au village de Dampierre-sur-le- Puits (Aube), l’eau s'éleva dans certaines rues jusqu’à une hauteur do 2 mètres (.l/ém. de la Soc. acad. de VAnhe, année 1868, p- 20).

I..e régime tranquille des petites rivières qui drainent le terrain de craie, joint à la faible pente de leurs vallées, explique le déve-

CHAMPAGNE POUILLEUSE

L extrême perméabilité n’est pas le seul inconvénient des sols crayeux de la Champagne ^ 1 ensemble de leurs propriétés physiques et chimiques les rend peu favorables au développement d’une riche végétation spontanée ; leui's aptitudes agricoles sont médiocres ou milles. Lorsqu’ils sont trop mouillés, ils se détrempent, perdent toute consistance et n’offrent aux plantes qu’un faible point d’appui ; une sécheresse persistante les rend pulvérulents; alors les vents en déplacent les particules, et, quand une couverture neigeuse vient à manquer l’hiver, découvrent les racines que les gelées soulèvent. Presque exclusivement calcaires, les sols crayeux sont dépourvus d’éléments fertilisants indispensables ; l’acide phosphorique et la potasse leur font presque complètement défaut ; l’absence de matières organicjues et d’humus superficiels les prive d’éléments azotés ; leurs propriétés absorbantes sont faibles ; les fumiers s’y décomposent avec une extrême rapidité ; les engrais solubles qu’on leur confie sont vite entraînés par les eaux d’infiltration : la craie « dévore les engrais », disent les cultivateurs du pays. 11 est vrai que le faciès du terrain de craie ne présente pas une uniformité absolue. Les plus mauvaises terres sont désignées sous le nom de grèves ou savarts : ce sont de vastes étendues couvertes de dalles crayeuses ou d’un menu gravier crayeux, véritables steppes dont les larges ondulations portent la végétation spontanée des landes calcaires. D’arbres, peu ou point: çà et là des bouquets de cornouillers aux formes chétives et noueuses, des ormes rabougris le long des chemins, autour des calvaires qui dressent leurs silhouettes sur les éminences ou aux carrefours des sentiers, des pruniers épineux dans les haies, de maigres taillis épars constitués par le saule marsault, l’aunelle, le sureau, le cytise, le noisetier (*). Des plantations de pins étiques profilent à l'horizon leurs sombres damiers qui tranchent sur les taches blanches de la craie, perçant le sol des déclivités abruptes, et font ressortir la verdure des prairies artificielles, les teintes grisailles ou roussies des pelouses et des champs cultivés. Des étendues considérables restent vierges de toute culture. C’est sur le sol infécond de ces landes crayeuses, entre les vallées de la Suippe et de la Vesle, qu’a été créé, en 1857, le Câmp dit de Châlons. Cet immense parallélogramme qui couvre une superficie de 11 000 hectares entre les vallées de la Vesle et de la

loppexDont des marécages tourbeux dans toute la ('hampagne Pouillcusd : la craie est le terrain clas* •ique des tourbières (cf. Brlorand, La Seinct p. 10, 20).

l. PoNSARDi, Boisement des terres crayeuses {Journal d'agriculture pratique-, année 1902, t. I", p. 639).

Suippe, au nord de Châlons ('), après avoir été, sous Napoléon III, « un théâtre grandiose où l’on jouait des pièces militaires à grand orchestre », a reçu de nos jours une destination plus conforme aux nécessités nouvelles de l’art de la guerre et de la mobilisation : c’est un champ de manœuvres et de tir à grande distance, qui peut devenir, le cas échéant, un point de concentration pour toute une armée. Au sud de la Marne, entre les petites rivières du Puits et de

Cl, George* Goury,

Un sentier sur les plator.ux de la Champagne Pouilleuse (ancienne voie romaine entre C'ourtêiiiont, vallée de Bionne et Laval, vallée de la Tourbe. Marne).

Les écorchures du chemin montrent la craie blanche à nu ; à gauche une plantation de résineux ,â droite de maigres arbres fruitiers.

riluîtrelle qui s’écoulent vers l’Aube, le nouveau Camp de Mailly, qui occupe une partie du plateau de Sompuis abandonné à la végétation des pins et des genévriers, constitue un autre terrain de manœuvres et un sanatorium militaire dont l’étendue est également de 11 000 hectares (-).

1. Le projet d’établissement d’un camp dsns les ])lainos de la Champagne remonte à l’année Longtemps noaudonné, il fut repris en l8jC et le t camp de Chàlons » fut inauguré eu 1857. Cf. Hus- SON, Ktude sur le camp de Châlonêj Tou!, 1872, in-8«; K.si*ital.lirr, Les Origines du camp de Châlons (Revftedu (jénie militaire^ t. VIII» 18!M,p.353, et br. iii-8", Nancy, 1805) ; Aruocht-Dumazet, Voyage en FrancCf 20« série, p. ICI sqq.

2. Ce eiunp est considéré comme place de garnison depuis le .*> septembre 1IH)3. Cf. lieutenant J. C., Le camp de .Mailly (Revue du Cercle militaire, 26 sept. 1ÎK)3, p. 361-363).

CHAMPAGNE POUILLEUSE

Sur ces gi’èves crayeuses au sol aride, balayé par les courants d’air, le mouton rencontre une pâture suffisante et les conditions hygiéniques les plus favorables : il s’y trouve garanti contre un certain nombre de maladies contagieuses ('). Le mouton champenois, remarquablement sobre et rustique, est le produit de croisements multiples qui ont modifié la race indigène (*); il est réputé pour la finesse et la solidité de sa laine, et, le développement de l’industrie lainière en Champagne dérive immédiatement de l’extension donnée jadis à l’élevage du mouton. De nos jours, les conditions de l’élevage ont été

sensiblement modifiées par la concurrence des laines exotiques ; les

1. La cachexie, si funeste aux moutons sur les lorrains arg^ilo-sablonncux de la Champagne Humide, est ici à peu près inconnue ; le piétin résultant de la marche sur les terres détrempées, très redouté sur les plateaux de la Urie, n’est pas non plus à craindre dans la Champagne Sèche. Cependant, les plus mauvais sols crayeux, dépourvus de phosphate de chaux, seraient susceptibles de provoquer, chez les animaux de l'espèce ovine, des cas fréquents d’une maladie spéciale : l’ostéoclastie ou ossifragie (Cf. liapport du tervice tanUairc au conseil général du département de la Marne, année IS'Jt, p. 684-680).

2. Colbert introduisit en Champagne des béliers d’Angleterre et d’Espagne (P. Clémext, Lettre», mémoires... de Colbert, t. IV, p. 231, notes). Au début du iviii' siècle, les races do Bourgogne et de Sologne étaient acclimatées en Champagne, et, sous Louis XVI, les bergeries modèles de Moutbard (Côte-d'Or) et de Kainbouillet fournirent aux éleveurs cbampeuois un certain nombre de mérinos qui, au rapport d’Arthur Young, étaient aussi mal faits que leur laine était bonne (cf. Arth. Yul'.xo, Voyage en France, t. III, p. 75). Sur le caractère hybride de la race ovine en Champagne, cf. Émile Tiiiekbv, Le mérinos do Champagne {Journal d'agrie. pratique, 1902, t. II, p. 190).

Cl. Petit-Desplanchet.

Moutons champenois en pâture le long d’une route (route de 'Proyes à Paris, près de Barbcrey, Aube).

éleveurs champenois tendent à ne plus considérer la laine que comme un produit accessoire ; ils se préoccupent plutôt de produire de la viande et du poids, assurés de trouver de larges débouchés pour leurs produits sur les marchés de consommation de Ileims, Paris et des grandes villes du Nord. L’élevage des animaux de l’espèce ovine est loin d’avoir dans l’économie rurale champenoise son importance d’autrefois (‘).

Les friches de la Champagne Pouilleuse n’ont pas été abandonnées,

sur toute leur étendue, au parcours des troupeaux de moutons; elles ont été utilisées et améliorées à l’aide de plantations de résineux, peu exigeants en acide phosphorique et en potasse ; et, aujourd’hui, de véritables forêts couvrent des plateaux jadis improductifs. Les premiers essais de plantations de résineux dans les landes champenoises remontent au début du xviiP siècle ; mais c’est surtout depuis la Restauration que la mise en valeur méthodique des savarts a été poussée avec succès (^). Différentes variétés de pins (Pinits sijlvestris, p. Laricio, p. Austriaca, etc.) et l’épicéa ont été plantés alternativement ; parfois l’aulne et le bouleau blanc se mêlent aux résineux dans les jdantations. Ces pineraies, dont les reflets sombres adoucissent les teintes blanchâtres et criardes, par le gi’and soleil, du paysage champenois, ne couvrent pas moins de 25 000 hectares dans le seul département de la Marne. Outre qu’elles fournissent du bois de chauffage et des étais de mines exportés dans les houillères du Nord, elles préservent les terres en pente contre le ravinement, ménagent un abri aux cultures voisines; enfin, les détritus végétaux qui s’accumulent sur le sol couvert de

Département de la Marne. — Élevage du bétail de l’espèce ovine (milliers de têtes).

1. Cf. Domost, L’Agriculture en Champagne, p. 207 sqq. Journal d'agriculture pratique. 29 août 1901, p. 174.

2. C’est à la fin du xviii' siècle que Jcan-Itaptiste de Pinteville, lieutenant au présidial de Chiions, et Mathê, seigneur de Coolus, importèrent en Champagne le pin sylvestre de la Forêt-Noire ; les premières plantations furent entreprises à Nuisenient-sur-Coole, Vaugency et Cernon. Cf. Louis des Étangs, Influence des plantations d’arbres verts sur l’agriculture en Champagne {Congrès scientif. de France, Troyes, 1861, p. 668); de Caki-ehtif.k, Plantations des terres crayeuses de Champagne (Associât, franç., Reims, 1880, p. 1163 sqq.); Uuuo.nt, L’Agriculture en Champagne, p. 157, 255-256 ; Ardodis-Dumazet, Vogage en France, 21' série, p. 25 sqq.

CHAMPAGNE POUILLEUSE

plantations contribuent à former, à la longue, un humus fertilisant. Malheureusement, pendant plusieurs années (de 1892 à 1895), à la suite d’étés exceptionnellement seôs et chauds, les pineraies champenoises ont été dévastées par une chenille, le Bombyx du pin {Lasiocampa pini), et les traces laissées par le tléau ne sont pas près de disparaître (').

Il n’y a pas sur les plateaux champenois que des landes à moutons et des sapinières, et les sols crayeux ne sont pas partout également stériles ; les parties les plus élevées sont parfois recouvertes de plaques de limon ocreux ; ce sont les « rouges terres », qui contrastent avec le « crayon » et sont moins infécondes. Enfin, les vallées principales, qui drainent les eaux souterraines sur un périmètre de plusieurs lieues à la ronde, constituent de longues oasis de fraîcheur et de verdure, où les sols sont généralement meilleurs et où la population s’est agglomérée ('9- D’ailleurs, les efforts tentés depuis de longues années en Champagne pour augmenter la valeur agricole des terres crayeuses ne sont pas restés vains. Il ne serait plus jiossible, aujourd’hui, d’incriminer, comme le fit jadis Arthur Young, « l’ignorance crasse des propriétaires » champenois et de constater que, chez eux, les procédés d’amélioration des terres « n’y sont pas plus connus que chez les llurons (^) ». Il est peu de pays où l’engraissement d’un sol ingrat soit l’objet d’autant de soins assidus. Le paysan champenois ne laisse rien perdre : boues de village et de route, curures de mares et de fossés, fumier, résidus des fabriques de lainages, tout est utilisé ('). L’aménagement des exploitations agricoles, dans les villages de la Pouilleuse, semble même réglé en vue de la préservation des précieux engrais : les fumiers s’entassent en monceaux au milieu des cours encloses attenant aux habitations. C’est ainsi que le sol fertilisé s’étend comme une taehe d’huile aux alentours des villages. L’extension

1. A diverses reprises, les trains de voyageurs entre Sommesous et Fère-Cbaropenoise subirent des retards causés par Pécraseinent des chenilles en migration. Cf. Ad. Hellrvoye et J. Laukknt, Les ]ilantations de pins dans la Marne et les parasites qui les attaquent (Jinllet. de la Soc. d'étude des ae natur. de lieima, t, V, li96, p. 97-98; VI, 1897, p. 59 sqq., et Conaeil général de la Marncy année 1896, p. 779).

2. 11 en est de même dans les grandes vallées sèches (Jinssy, Somme- Vesle, Moivre, etc.), tapissées par des dépôts meubles contenant une proportion de limon remanié suthsante pour constituer des terres cultivables.

Page 1