iR'Kvreay t. II, p. 30S
4. Un voyageur allemand traversant la Champagne Pouilleuse entre l<lpernay et Vitry, sous le premier Empire, rapporte à cç sujet une observation phpmnte : « ...obschon die DÜrfer oft Stuuden ueit von der Strasse entlcgen wareu, trafen wir Kinder an der Strasse sitzend, und auf die llallcn wartend, die die Pferde der lleisendeu verlieren, um sie auf ihre Felder zu trageu... » Sciiuetes, britje üher Frnnkreich..., t. I'**, p. 421-422, iu-12, Leipzig, 181.5.
Les cultivateurs champenois vont chercher le fumier jusque dans le Yallago d'Aisne (Cf. Journal d'agvécalturef 1896, t. I r, p. C55).
LA C11A.MPAGNE
considérable des jjrairies artificielles qui facilitent l’alimentation du gi-os bétail, l’emploi rationnel et de plus en plus généralisé des engrais cliimiques, ont contribué à la*transformation complète du sol sur une grande partie du territoire, de telle sorte que la fâcheuse réputation de la Champagne Pouilleuse n’est plus guère justifiée ('). Le cultivateur champenois exploite à peu de frais ; un ou deux chevaux lui sufiisent pour laboui’er ses terres légères, et il supplée à l’insuffisance de la production par l’extension facile qu’il donne aux surfaces cultivées.
Si la condition des habitants de la Pouilleuse ne répond pas tout à fixit au tableau idyllique qu’en a tracé un savant économiste, du moins l’aisance, fruit d’une persévérante économie, est chez eux plus commune qu’on ne le supposerait ; et il y a longtemps que l’on a constaté que le paysan cham])enois petit propriétaire vivait bien et s’habillait de même (•).
Les plateaux du terrain de craie sont surtout un pays à céréales : les blés et les seigles sont expédiés dans les environs de Paris et dans le Nord, l’orge alimente les brasseries de Châlons, d’Epernay, de Vitry et de la Lorraine ; l’avoine est absorbée par le service de la guerre, et subvient aux besoins des garnisons de cavalerie établies dans la contrée.
Ce n’est pas seulement dans les formes du terrain, le mode de circulation des eaux, l’aspect du tapis végétal et la répartition des cultures, qu’on saisit en Champagne l’influence de la nature du sol ; toutes les particularités saillantes de l’économie rurale apparaissent étroitement subordonnées au milieu physique qui régit le groupement de Li population, les formes spéciales de l’habitat et jusqu’au régime de la propriété et aux procédés d’exploitation du sol.
L’extrême concentration de la population est frappante dans toute la Champagne Pouilleuse, où les habitants vivent rassemblés autour du clocher de la commune ; dans la plupart des cantons l’écart entre le chiffi’e de la population totale et celui de la population agglomérée
] . Cf. les oxpéiiences d’amélioration du sol entreprises à Mnilly et à Trouan (Aube) [(7ourn<r/ d*agri' enlture, année 1999) t. Il, p. 777 et suiv.]. Dans la Marne, le rondement à l’hectare du froment s’est élevé de 15>'1,47 en 1862 à I8'd,03 en 1900.
Malgré une dépréciation générale de la propriété foncière, la plus-value des terres s’est accentuée dan.s la seconde moitié du xix^ siècle. Déjà en 1972, Bbeorand écrivait : « tel arpent de terres qui autrefois se vendait 5 fr. avec un lièvre dessus, se vend aujourd’hui 500 fr. et le lièvre n’y est plus • {La Seine, p. 59d). Â Mailly (Aube), le prix d’expropriation pour l’établissement du campa varié entre 80 et 100 fr. ; ILl hectares de la vallée de rHuitrclIe ont été payés 300 OOÜ fr. (/icriic du Cercle militaire* 26 sept, 1903, p. 362).
2. Dk Lavkrone, Économie rurale de la France, p. 128-129 j Albert Babbau,/^^ Vie rurale dani Vancienne France* p. 27 et notes, 58-59.
KANCY-LITH beboer-
CHAMPAGNK l’OUILLKUSK
.au chef-lieu est infinitésimal. Cette modalité de la vie rurale qu’on retrouve également plus ou moins accusée dans la Picardie crayeuse, comme dans la région oolithique du Barrois, du Vallage et de la basse Bourgogne, a été naturellement imposée par l’excessive aridité du sol et son infertilité. 11 y a d’ailleurs dans la Champagne Pouilleuse, comme dans la Picardie, conformément à des conditions hydrologiques analogues, une vie des plateaux et une vie des vallées. Sur les plateaux les plus secs et les plus stériles, les centres habités sont rares et très espacés •, on les trouve généralement blottis dans les plis du terrain, là où le forage des puits était plus facile ; ils seraient dissimulés aux regards sans la flèche de leurs clochers émergeant audessus des croupes moutonnées, couronnées de pineraies. Peu ou point de hameaux et de fermes isolées ; çà et là des exploitations perdues dans les landes, aux carrefours des chemins, portant les noms significatifs de La Mal-Assise, Sans-Souci, La Folie, La Belle-Idée, La Folle-Pensée, ]\[on-Plaisir (') ; de loin en loin, le long des grandes routes dont les rubans onduleux fuient devant les regards entre leur bordure d’ormes et d’érables chétifs, des groupes d’auberges qui fournissaient jadis des relais à la poste et des escales aux rouliers, animent ces solitudes. Au contraire, les vallées, par leur fraîcheur, la fertilité relative des thalwegs, ont attiré les hommes et les ont groupés. Chaque source ou Somme a déterminé autour d’elle la formation d’une petite aggloméi’ation à qui elle a donné son nom : Somme- Tourbe, Sommebionne, Sommesuippe, Sommevesle, Somme-Yèvre, Sommesous, Souain, Sompuis, Somsois. Dès que le cours d’eau est formé, les villages se succèdent et s’allongent démesurément à proximité des rives, égrenant leurs petites maisons basses dans la verdure des vergers et des hauts peupliers (*). C’est non seulement dans leur mode de groupement, mais encore dans leurs formes et leur aménagement que les constructions rurales montrent leur asservissement au régime hydrologique de la contrée et aux matériaux fournis par le sol. Tandis que dans les vallées, les habitations s’essaiment de chaque côté d’une longue rue principale, on dirait, sur les plateaux, qu’elles S3 ramassent et se contractent, en harmonie avec la monotonie du paysage environnant *, comme les moutons se pressent autour du ber-
1. Anx environs du camp de Châlons, ces exploitations rurales, la plupart de création riceute, portent des noms rappelant des souveuirs militaires : Varsovie, Moscou, Bérézina, Alger, Constantine, etc.
2. Dans la vallée d’Aube, Nogent-lo-I.ong; dans la vallée de la Vesle, Sommevesle, Conrtisols et Lépinc ne forment qu'nne seule agglomération se développant sur une longueur de plus d’une lieue.
ger, les maisons se rassemblent ici autour de l’église, perchée d’ordinaire sur un tertre crayeux, ombragé de marronniers, de tilleuls ou de sapins, et terminée par une charpente en pyramide, ou coiffée d’un clocher aigu. Tandis que dans la Bourgogne, la Lorraine et les Ardennes où les bons matériaux abondent, la plupart des bourgades s’enfermaient jadis à l’intérieur de solides murailles, appareillées pour la défense, les gros villages champenois devaient se contenter
CL Phiuft fût.
Chaumière champenoise du type ancien, avec scs dépendances, à Lavau (environs de Troyes, vallée de la Seine) j 1 habittition : à (gauche. Le bois, le torchis et le chaume sont les seuls matériaux employés.
de la protection d’enccintcs crayeuses frustes et peu résistantes, dont les vestiges subsistent çà et là aux alentours des plus anciennes ; les jîopulations primitives cherchaient un abri dans des cavernes souterraines, les boves, taillées dans la craie sur le flanc des coteaux. La Champagne Pouilleuse porte toujours sa livrée, fournie par les médiocres matériaux auxquels elle est réduite. Dans les villages, les charpentes entre-croisées qui constituent la superstructure des habitations sont reinj)lies par des carreaux de terre ou par un grossier torchis, tantôt revêtu de planches, tantôt blanchi à la chaux, haute de pierres à bâtir dans leur banlieue, les villes cham-
CHAMPAGNl-: POUILLEUSE
penoises elles-mêmes, Sens, Troyes, Chàlons, Reims, sont encore en grande partie construites en bois. Quant à la craie, on la retrouve partout : elle s’amalgame avec la brique ou les silex dans les soubassements des constructions et les murs, elle s’élève à la dignité monumentale dans les églises et les édifices municipaux ('). Mais la maussade et chétive habitation du petit propri ’daire champenois, faite de torchis et de bois, avec son toit de chaume descendant en appentis presque au niveau du sol, du côté opposé à l’entrée, « cette chose
Ci. PotKèmout.
Une ffXTne champenoise, habitation et dépendances, à lîétignicourt (Auiic); construction eu bois et torchis, soubassement eu briques, revêtement de planches.
laide et bête qui n’est ni une chaumière, ni une maison » (■), tend à disparaître complètement. Depuis que la contrée est sillonnée dans tous les sens par les voies fei'rées, les briques provenant do la Champagne Humide, du Perthois et du Vallage d’Aisne se substituent de plus en plus au torchis et à la craie, les tuiles et les ardoises des Ar-
1. Un voyageur allemand traversant la Champagne, au milieu du xvii'' siècle, était frappé par l'aspect blanchâtre des monuments chà'onnais : < .^vUflcIa albcnt quoi crctacea terra coustcut. » loiocus SiNCE tus, Itinerariu7n Qalîiæ. in-12, Am.stelodami, 1655, p. 11.