Victor Dukuv, Tour du monde, H^l, t. I", p
dermes reniplncent le cliaume des toitures (*). L’agencement des constructions n’est pas moins caractéristique que l’emploi des matériaux. On ne voit pas en Champagne, comme dans les villages agglomérés de la Lorraine où les sites d'établissements humains ne couvrent qu’une aire très limitée, bêtes et gens vivre littéralement porte à porte sous le même toit, dans une promiscuité qui fait tort à la propreté et à l’hygiène, et les tas de bois ou de fumier, le matériel de culture, n’encombrent pas les chaussées. La maison d’habitation, aux
Char (le moissou à deux rones.
Cl. Poth^mùHt.
J roportions strictement sufiisantes pour loger une famille peu nombreuse et presque toujours réduite à un rez-de-chaussée (’), est le plus souvent isolée de ses voisines et des dépendances attenantes ; tantôt elle est orientée ^perpendiculairement à la rue, sa façade s’ouvrant sur une cour intérieure fermée à laquelle on accède par une large porte cochère; tantôt, et plus particulièrement dans les grandes exploita-
ï. A Lhiiîtro (canton de Uaincrui>t, Aube), village non oucore desservi par une voie ferrièe, on comptait eu 1900, snr 137 maisons. 31 ccuvcrtes en <haomo,83en tuiles, 23en ardo:808(Ars. Thévkkot, Monographie ds la commune de LhuUret in 8 , Arcis, 1903, p. 22).
2. Cf. uu type d’habitation de petit propriiîtairc sur les coufijs du pays d’Othe, dans Henri Hrch, L'i^^pargne dans un village champenois (Ncisnrs aocialet t. XXXllI, 1902, p. 170-171). A Lbuitre(.-Vube), sur 130 maisons habitées, 120 n*(»nt (lu'aa rez-de-chaussée (Ars. Tiibvbnot, loe. cit.).
CH AM PAGXE POUILLEUSE
tiens, elle est reléguée au fond de la cour autour de laquelle sont aménagées les granges, remises, étables et écuries. Comme il convient dans un pays où la culture des céréales est prédominante, les granges ont des dimensions considérables, et, après la moisson, les pailles sont
Cï. Breton.
Une nie d’uu village champeuols : Bétheny (Marue). On remarquera l'absence sur la chaussée du matériel agricole et des fumiers. Au pre* rnicr plaUf à droite, les nmisous de simples ouvriers, sans dépen* dunccSj sont eu façade sur la rue. Hus haut, les résidences des cultivateurs-propriétaires s^ouvreut par do larges portiques charretiers sur la cour intérieure autour de laquelle sont groupées les dépendances.
entassées en meules sur place aux alentours des villages. C’est à ces dispositions de l’habitat, imposées par l’économie rurale et qu’on retrouve presque identiques dans la Picardie crayeuse (*), que les rues
1. Cf. H. Hitiek, Le Village picarj (Annale» de géogr., 15 mars 190J, p. 109 et euiv.).
des villages champenois doivent leur aspect morne et silencieux : toute l’activité règne à l’intérieur des cours encloses. Il n’est pas jusqu’au matériel agricole qui ne soit adapté aux conditions du milieu physique : c’est ainsi que le lourd chariot à quatre roues traîné par quatre ou six chevaux, en usage dans toute la région lorraine, est remplacé en Champagne par le « camion », la voiture de moisson à deux roues, traînée ordinairement par un seul fort cheval, car le pays est peu accidenté et les transports sont faciles sur un sol qui n’est ni fangeux, ni pierreux.
Entre le mode de groupement de la population, les formes de l’habitat et le régime de la propriété, les procédés de culture, la division
Après la moisson les granges ne pouvant cuntenir la totalité de la récolte, des meules se dressent aux alentours des villages, à proximité des chemins (route de Périgny-la-Uoso à V'illenauxe) [4ube].
du territoire agricole, les rapports issus de la nature du sol ne sont nulle part aussi frappants qu’en Champagne. La concentration de la population en villages agglomérés, commandée par les conditions hydrologiques spéciales au terrain de craie, a été exceptionnellement favorable au morcellement du territoire. En effet, cette disposition, qui débarrassait la banlieue des villages de toutes les habitations éparses, n’entravait pas les partages de terres : la propriété pouvait être divisée « aussi facilement qu’un sac d’écus(') ». D’autre part,
1. Sur !e de la propriété en Champagrne, cf. Le Plat, Organisation de la famille, 2«édit.,
1875, p. 21-21, Pt La Science aociale, t. I-r, p. 445; \', 21-23, 226-227.
TypedeGrande Exploitation dans la Champagne Pouilleuse
(sur la route nationale de Menehould à Chiions, entre Tilloy- Bellay et Lépine)
Potage!
Vaches
Jardin
Habitation
Enclos
Grange Cour intérieure
Ecurie
Batterie ' Porchene Pwliillier
Bergerie
Remise
Chevaux.
Bernât
Bélier
Route nationale
Orange
Bergerie
A remarquer le développement particulier des granges et bergeries : la Champagne pouilleuse est un pays à céréales été moutons .
HAKCY. UTH aeR&ER LCV^ULT » O*
'^5;' r '■■• -Vi* '-'J
rÜBt^ L '' "'''''- *’ “ ' •~?S~'^ ' •‘‘» '-'i
t..^ 'i I - ‘ '■J^* ■»^*^"^C''- y*" \ :. ^I-"? ' V-’ti®
n'JÇV,'. •
.* )X *t’>^ «îpa/»3**'’»^* *1 y' *’tptvy*^K'* ^ t^Jh
. ,#'v. . çî? < *jgr>>«%yc *13**' ^ -''5 jh'^4*;* 4 ^ .'V
■ *.mJi •*- ^^4 • r . ^i^iB » ^'>1
Répartition du Territoire agricole
{ 3 498 hectares 40 )
dansunvillagedela Champagne Pouilleuse ; Lhu itre dans le vallon de l’Huîtrelle (canton de Ramerupt, Aube) d'après Arsène Thévenot :
Monographie de la Commune de Lhuître in S^Arcis 1903 .p.7172
Répartition des Cultures
(470 hectares )
dans une grande exploitation de la Champagne Pouilleuse:
Domaine (jes Marquises
à 14 Kilomètres au sud-est de Reims, près de Prunay Journal d'agriculture 1902 t.U.p 904-.
CHAMPAGNE POUILLEUSE
la pauvreté du sol, peu compatible avec le développement de la grande culture, favorisait au contraire l’établissement de la petite culture fragmentaire. C’est ainsi que le village à banlieue morcelée de la Champagne Pouilleuse dérive moins des dispositions juridiques du Code civil imposant un partage des terres entre tous les enfants d’un même propriétaire, que d’un ensemble de conditions proprement géographiques. Le mode d’exploitation du sol a la même origine. La grande étendue des terres incultes, ainsi que runiformité des cultures a développé la coutume de la vaine pâture communale : chaque village a sa pâture, son troupeau de moutons et son bei’ger communal. De plus, l’épuisement rapide des maigres terres crayeuses, malgré un engraissement rationnel intensif, a suscité la pratique persistante de l’assolement triennal : au froment succède l’avoine, qui fait place elle-même à la jachère après deux années consécutives de culture. L’adoption de ce système uniforme d’assolement triennal a eu pour résultat la division tripartitc du territoire dans chaque commune et la nécessité pour les habitants de cultiver la même plante dans chacune des divisions (‘). Le territoire d’un village de la Champagne Pouilleuse offre ainsi l’aspect d’une seule et même exploitation divisée en trois parties, immense damier en trois teintes correspondant aux céréales d’hiver, d’été et à la jachère. Cette réglementation de l’assolement a eu encore un autre effet : elle a exagéré le morcellement, favorisé la multiplication et l’enchevêtrement des parcelles, tout petit propriétaire désirant avoir sa part dans chacune des trois divisions du territoire agricole (•). On voit donc qu’en Champagne, toutes les particularités de l’économie rurale s’enchaînent et apparaissent, en dernière analyse, comme déterminées par des causes naturelles.
Dans un pays aussi peu fortuné que la Champagne Pouilleuse, la petite industrie s’est trouvée de bonne heure associée, dans une large mesure, à la culture, et les populations rurales ont cherché, dans le travail industriel, un supplément de ressources indispensable. Aux siècles passés, c’était la filature et le tissage du lin et du chanvre, cultivés dans presque toutes les vallées, qui alimentaient l’activité des petits ateliers de famille. Il y a une cinquantaine d’années, la filature, le peignage et le tissage de la laine tlorissaient dans la plupart des villages de la ^larne, qui travaillaient pour les grandes