‹ La ChampagneChapitre 81 sur 166 · PAYS AU NORD DE L AISNE · texte numérisé non relu

PAYS AU NORD DE L AISNE

son niveau inférieur, affleure dans les ravins et les carrières aux environs de Keinaucourt, Sévigny, Ilannogne, Waleppe, et, au nordouest, jusqu’aux vallées du Hurtaut et de la Serre. La craie à micraster (craie à silex bleus de Chauraont-Poi’cien) présente un beau développement dans la séide de plateaux en forme de dômes arrondis qui s’étendent au nord de Château-Porcien jusqu’au signal delallardoye (^232 mètres). Les plus caractéristiques de ces hauteurs crayeuses sont les monts de Séry, situés dans le prolongement des monts de Champagne : ils se dressent au-dessus d’inaumont, et, se prolongeant du sudest au nord-ouest sur une longueur de 7 kilomètres, avec une largeur de 4 kilomètres entre les vallées du Plumion et de la Vaux, ils se terminent presque à pic vers BeaumonLen-Aviotte. La craie marneuse, formation la plus importante de la région, couvre de ses affleurements une superficie de 22 015 hectares, soit 18 du territoii’e des quatre cantons de Rethel, Chaumont, Novion et Château-Porcien. La craie glauconieuse est représentée par les sables de la Ilardoye et les marnes dites de Givron, ces dernières constituant un dépôt lenticulaire dont la puissance à Givron est évaluée à une trentaine de mètres (coteaux de Chaumont-Porcien, Rocquigny, Draize, Saint-Jean-aux- Bois) ; ces dépôts surmontent presque partout directement les sables verts de l’albien, sans interposition des argiles du gault. Quant aux sables verts, si abondants à la base du massif d’Argonne, ils sont remj)lacés au nord de l’Aisne par un grès léger, tendre et poreux, désigné sous le nom de gaize de Draize ('), dont les affleurements s’étendent du sud-est au nord-ouest, depuis Vieil -Saint-Remy au nord de Novion, jusqu’aux environs de Wasigny et de Draize. Les dépôts albiens, presque partout masqués par le limon des plateaux, recouvrent, par une transgression singulière, le calcaire à astartes, le coralrag et même l’oxford-clay, sur lequel ils forment quelques petits lambeaux!*). Ces lacunes remarquables dans la série des sédiments crétacés, ces discordances de stratification, ainsi que la présence de dépôts lenticulaires à caractères et à épaisseur variables, s’expliquent par les conditions spéciales de la sédimentation dans cette partie septentrionale du bassin parisien. Le pays situé au nord de l’Aisne a

1. Les habitants du p.ays désignent la gaize albienue sous lu nom de « croyette ou pierre sottu », réservant le nom de gaize aux roches siliceuses de l'oxfordien. Sur le faciès spècial de la gaize au nord de ia Champagne, cf. Caïel'x, iitiide de quelque» dépôt» tiliceux: gaize i du ba»»in de l’ari», in-l>’, Lille, 18'J7, p. 26.

2. Dans un rayon de o à C kilomètres, à Wasigny-sur-la-Vaux (canton de Noviou-Poicien), on rencontre l’albien à Wasigny, Draize; le corallien à Wasigny, La Neuville, Mosmont, Wagnon ; l’oxfordieu à Uraudchauip, La Lobbe et Draize.

LA CHAMPAGNK

été soumis à des affaissements bien moins considérables que les régions voisines, la Thiéraclie au nord-ouest, l’Argonne au sud-est; se trouvant dans le prolongement et à la terminaison de l’axe d’ondulation de l’Artois, il semble avoir joué le rôle d’une charnière autour de laquelle ont oscillé la Thiérache et l’Argonne, dont les différences de structure géologique résultent de ces alternatives variables d’exhaussement et d’al)aissement du sol ('). La limite sej)tentrionale de la zone crétacée champenoise est nettement marquée par les plateaux J urasshiues (oxfordien), qui s’étendent du sud-est au nord-ouest à travers le département des Ardennes, depuis la vallée de la Bar jusqu’aux vallons du Gland etde l’Aube, petits affluents de l’Oise. Ces plateaux, qui forment le faîte de séparation entre le versant de l’Aisne et celui de la Meuse, vers laquelle s’écoulent la Vence et la Sormonne, dessinent une ligne continue de hauteurs aux contours escarpés, couvertes de forêts (forêt de Mazarin, bois de Villers-le-Tourneur, forêt de Signy-l’Abbaye) dont l’altitude moyenne est de 300 mètres : on les désigne sous le nom de chaîne des Crêtes; c’est là que les argiles rouges de l’oxfordien contiennent des grains d’oxyde de fer exploités et transformés dans quelques hauts fourneaux se rattachant au groupe métallurgique ardennais. Ainsi, à mesure qu’on s’éloigne de la vallée d’Aisne au nord de liethel, le pays accuse une physionomie de plus en plus verdoyante; les terres rouges succèdent aux terres blanches, les forêts aux vergers et aux bocages ; sous un ciel plus nébuleux et un climat plus rude, la culture de la vigne est éliminée progressivement (’).

La zone des j>lateaux crétacés comprise, au nord de la Champagne Pouilleuse, entre la vallée d’Aisne et la chaîne des Crêtes d’une part, l’Argonne et la Thiérache de l’autre, est loin d’avoir une physionomie aussi uniforme et aussi tranchée que les pays circonvoisins. Les dénominations de Rethélois et de Porcien que les géologues lui ont appliquées, sans les detinir expressément (’), pour se conformer à la tradition, n’expriment aucune particularité de l’ordre géographique, et n’ont d’autre valeur que celle de souvenirs histori-

1. Loi’8 du dépôt du la gaizo à Ammonites in/latut, les plateaux situés au nord de PAisue sont restés immobiles, tandis que la ThiéracUe et TArgonue, qui s'atfaissaieut au nord-ouest et au sud-est, ont été recouvertes par les dépôts accumulés de cette formation. Far contre, au moment du dépôt do la inarae de Oivron, ces mômes plateaux qui s'affaissnient eu ont été recourerts, alors qu’aucun dépôt synebrouique ne pouvait se former à la surface de la Thiérache et de rArgomic qui sc soulevaient. (Cf. 11ak> ROI8, Annal, de la Soc. géol. du Aor/, t. V, p. 227-328, H21-322, 485.)

2. Au xiii^ siècle, In vigne était encore cultivée au nord de FAisne, jusqu’aux environs de Chnumont-I’orcieu. (’f. Annexes à U chronique de Jean Tatk {Uevue de Champagne et de lirie^ 2*“ série, t. U, 18»U, p 108).

Page 1