‹ La chandelle d'ArrasChapitre 2 sur 11 · D'ARRAS · texte numérisé non relu

D'ARRAS

CHAXT PREMIER.

(Querelle de Joan et de Jérôme i leur cou. ha ,

Belle Zéphire! ô toi, que mes disgrâces A ouvraient en vain arracher de mes bras ; Toi, que l'Amour amena sur mes traces, Pour m'inspirer sous ces nouveaux climats, V iens m'éclairer du feu de ton génie! Je vais chanter la Chandelle d'Arras, Ce phénomène apporté par Marie, Qui toujours luit, brûle et ne s'éteint pis.

Au bon vieux temps, le vrai temps des solUbCs; Quand nos docteurs, porteurs de baibes grises, I'u''ch;iient les saints, le pape, le démon, L<" feu d'enfer brûlant dans un sermon ; Tous les cervaux, travaillés de vertiges, Aimaient la fable et croyaient aux prodigtîs ; Les châtelains, ciiargcs d'un gros bons sens. Dans leurs châteaux voyaient des rcvenaus: Fillolle enceinte accusait du dommage <}uelquc sorcier. Hélas! un pucelage

A beau tenir, quelque charme à la fin

Le fuit sauter : un sorcier est bien fin ;

Et clans ce temps, pour l'honneur des familles,

On croyait fort les sorciers et les filles.

Tel on était clans le pays d'Artois, Pays semblable aux coteaux champenois; Où l'on riait sot, non pas pour le paraître, Le devenir, mais seulement pour l'être, Comme l'on dit, toute une éternité.

Dans Arras donc, c'était dans la cité.

Vivaient jadis deux hommes très-illustres : Tous deux avaient un peu plus de huit lustres, Force raison au bout de leurs cheveux, Et de l'esprit où la poule a ses œufs. L'un se nommait Jérôme Nidsifrote ; Quand le grivois vous tirait une botte A jeune fille, il allait droit au cœur. Son compagnon s'appelait La Terreur.

Ce fier vivant, de vaste corpulence, Fort comme un Turc, vous menait d'importance Une grivoise, et tout sur le bon ton.

Des reins épais, un nez d'un pied de long. Lui captivaient les hommages des femmes f Le phénomène allumait dans leurs âmes Un feu divin qui glaçait leurs maris. Mainte disait : Jarni î clans quel pays Le ciel fait-il croître des nez si rares? Pour nos besoins ses mains sont bien avares T Près de ce nez, d'un si noble maintien. De nos époux les nez ne seraient rien.

Ces bonnes gens, l'honneur de la patrie, De la cité soutenaient l'harmonie.

Jérôme et Jean, de leur profession»

Etaient tous deux joueurs de violon.

A livre ouvert, sur le champ, en cadenco,

]ls vous raclaient la fine contre-danse,

Un cotillon sur l'air de l'Angola,

Ou du Stabat Mater dolorosa ;

Ce dernier air enchantait la province,

Où de tout temps le goût fut aussi mince

C^'ue la boisson que l'on boit dans Arras.

Chéris des grands, goûtés des magistrats, IVos Batistins*, par \\n talent unicpie, Gagnaient l'<ugent et l'estime publique ; IS'oces, festins ne se passaient sans eux ; Qui les avait s'estimait trop heureux.

L'âme des dieux, l'amitié secourable, Dès le berceau, rl'un nœud toujours durable, A ^'ulsifrote unissait La Terreur; Ces deux amis ne faisaient (|u'un seul cœur. Jamais mortel ne vit chaîne pareille:

Le brandevin, la bière et la bouteille, 'I rois fois le jour ranimaient leurs beaux feux, 1 rois fois le jour resserraient leurs doux nœudi. Le vieux Platon, le jeune Alcibiadc, Le fier Orcste et le tendre Piladc, Des romanciers si vantés autrefois^ Vis-à-vis d'eux n'étaient que des cœurs froids; Qui l'aurait dit! que la voix d'un profane, Qu'un vil oiseau, (jue son maudit organe Désunirait des nœuds si précieu.x?

Jîicn n'est conslant sous la voûte îles citiix.

' All'jsiou au laïuc'x iiiu*icien de c» i:oir.

Certain bon jour, le jour de Pentecôte, Jean La Terreur, Jérôme Nulsifrote, L'esprit, le cœur rempli de brandevin, Vers Saint-Laurent * cheminaient au malin. Sortant d'Arras, à vingt pas de la ville, Un animal, une bête incivile; (Que le démon, ah ! sinistre coucou, Aurait bien fait de te tordre le cou j ) L'animal donc entonna son ramage.

Jérôme en rit, et pour le badinage.

En se tournant dit à son ami Jean:

L'enlends-tu bien? connais-tu ce plain-chanl? Pour un mari le bel épithalame !

Dis-moi, l'oiseau connaîtrait-il ta femme? L'aurait-il vue avec notre curé.

Sous le vicaire ou près d'un tonsiu'é?

Je crois, ma foi, qu'il t'en dit des nouvelle?. La chienne au moins n'est point de ces cruelles Qu'il faut toujours tirer par le jupon. Souvent chez toi j'ai vu le frère Oignon... Comment, coquin, répond Jean en colère, Sais-tu, morbleu! que notre ménagère IS'a giboyé avec d'autre que nous?

Ah! vive Dieu ! je sommes son époux.

A la nourrir chaque nuit je m'occupe, Même le jour, malgré sa longue jupe...

Va, le coucou n'a chanté que pour toi. Serait-il vrai?... Quoi! des cornes à moi? Je bouche trop l'endroit où ça se plante ! Et puis JNanon... Tiens; le diable me tente j

« Villi'g'i * tirn; lieue d*i^nab•

S'il no m'.mètc... ri l'instant tu verras... Ah! dit Jérôme, ah ! ne te fâches pas. Tranfiuillement accommodons l'aô'aire ; Tiens, pour nous deux il a chaulé, compère. En conviens-tu? iVon diantre, par ma foi ! Je n'en suis point; il a chanté pour toi. J'ons de l'iionneur aussi grand que je sommes. Et sur ce point je ne craignons quatre hommes. Tiens, vois mon front, vois s'il est raboteux? Ton front! ton front! tu l'as drôle, parbleux ! Il est plaisant? Hé! mais il s'imagihe Que ça se voit... On aurait belle mine Si l'on montrait cette coifrure aux gens! Cela paraît, mais ce n'est qu'en dedans ; Console-toi, tu n'es pas sans confrère.

Jean était bon, et non pas débonnaire.

Quoique dévot à Fa sainte amitié, Il n'était homme à se moucher du pié.

Toujours ses doigts serviient à cf t usage, Pour épargner les frais du blanchissage I£t les mouchoirs ; le secret était bon.

Jean, plein d'honneur, n'avait d'aucun affront Jamais souffert le flétrissant outrage.

Son poing nerveux, sur le large visage De son ami, vous applique soudain Cinq à six coups, mais de la bonne main. L'œil irrité, le vaillant Nulsifrote Siiïle des dents, frapi^c du pied et siutc Sur La Terreur, le saisit aux cheveux, L'altire à lui, veut l' abattre. Tous deux [.uftent louii-lcmps, se cognent, se meurtrissent ; Dans leur fuieur, ces malUeureux vomissent

Contre le ciel mille affieux juremens»

O Dieu vengeur ! où sont tes cliàtimens? Pour tes clochers réserves-tu la foudre? Ne réduis-tu que les autels en poudre?

Fais-la tomber sur ces monstres affreux : Leurs juremens font dresser les cheveux. Sur un ciel noir, le démon des orages Vient en grondant du fond des marécages. Sa main terrible a déchaîné les vens ; Les champs de l'air, à ses regards brûlans Sont enflammés'; les flèches du tonnerre Ouvrent le ciel et déchireot la terre ; En vain la foudre éclate à leurs côtés, Jérôme et Jean n'en sont épouvantés ; Leur fier courroux s'accroit avec l'oras;e. L'air en tonnant ranime leur courage.

Tel autrefois ce cynique effronté Que le portique a si long-temps vanté ; De son tonneau, l'orgueilleux Diogène, La pique en main, à la face d'Athène, Rit de la foudre et se moque des dieux.

Couverts de sang, ces monstres furieux, Las, épuisés, étendus sur l'arène, D'un œil éteint, dont la paupière à peine Pouvait s'ouvrir, se défiaient encor.

Tel expirant, l'infatigable Hector Bravait Calchas et menaçait Achille.

De leur combat le bruit vint à la ville ; . Arras se trouble et s'attendrit pour eux ; On court, on vole, on les trouve tous deux Sans mouvement et prêt à rendre l'ùme.

Dans ce moment, 6 Jean! tu vis ta femme;

La froide horreur avait glacé son teiiif, L'amour ému s'agitait sur son sein; De crnt baisers elle mouille ta l)oucIje ; O belle Annclte ! ô l'orgueil de sa couche ! Ton cœur soupire... Aiinettc par trois fois Tu veux parler, ta douleur est sans voix. Perfide Amour, tu ris de sa tristesse?

Tu flattes Jean! cette feinte caresse Est l'art discret de tromper un mari.

Vive un cocu, grand Dieu! qu'il est chéri! Plus mitonné qu'un directeur de nonnr^.

Au moindre mal en se pâme, on s'étonne, On crie, on presse, on le lèche, il faut voir; Femme à lui plaire épuise son savoir.

Ail ! si le ciel d'une chaîne amoureuse Unit un jour ma destinée heureuse A jeune objet, je veux être cocu.

L'air trop mal-sain de l'austère vertu Ne me plaît point, j'aime un peu la faiblesse : L'humanité fut toujours ma sagesse.

Sur un brancard couvert de deux manteaux, A l'hôpital on porte nos héros.

Anne les suit en répandant des larmes ; Son air touciiant embellissait ses charmes; Sa gorge émue attendrissait les cœurs.

Ph'o d'un abbé fut sensible à ses pleurs.

CHAIVT II.

Le diable liabiilé en erniiie doscfind à l'îicpita'; exrite Nulsilioii à la vengeancf.

Dans la cité, quarante-deux sœuis- grises. Vierges jadis, mais femmes bien apprises, De l'hôpital ont la direction.

Là, chaque nonne, avec distraction, Panse un malade et met à son derrière Du vitriol pour VonguenL-de-Ja-BIère ; En quiproquo ces sœurs en savent long.

Or dans ce temps, on dit que le démon Rôdait souvent autour du monastère.

Cet ennemi du ciel et de la terre A Nulsifrote apparut dans la nuit ; Le diable est fin, c'est un terrible esprit. Nos beaux prêcheurs l'ont afFublé d'injures. Dans Igurs sermons surchargés de figures, Le diable est peint, Dieu moine en aurait peur. A les entendre, il ment comme un rimcur. Aux sots, dit-on, cette bête est à craindre ; Hélas! pour moi j'aurais tort de m'en plaindre. A ses amis il ne fliit jamais rien ; Le bon Jésus s'en est trouvé très-bien. Mathieu nous dit qu'un jour dans un miracle, Il le porta sur le Inul d'un pinacle^

(> riii'ti il/llt ' .f'i-tflét /<• ./.•///.'//

D'où bion à l'aise il voyait l'Aiixenois,

Les Pays-Bas, l'Ecosse, l'Angouiuois,

Berlin, Paris, le fort de la Goulotlo,

La rue aux Ours, celle de la Huclicttc,

Où soupirait à c6lc d'un gigot.

Certain Arnaud, le laineniahlc Arnaud;

Milord, dit-il au maître du tonnerre,

Tout rondement voulez-vous, ventre a terre,

A mes ergots faire un beau compliment,

Sur mon honneur je remets à l'instant

Ce beau pays sous votre obéissance.

Jésus lui dit : Satan, ton opulence

iVc peut tenter un cœur comme le mien;

Aux Publicains tu peux donner ton bien ,

Sans la vertu le monde est mépiisable.

Laissons Jésus faire un sermon au diable ,

(]ar en tout temps un bon prédicateur,

Comme un mauvais, endort son auditeur.

Dans la nuit donc, pour tromper Nidsifrofe,

Le diable part orné d'une calote.

D'un grand cordon, d'un chapelet sans croix,

D'une b.'quille, enfin du saint harnois

Du frère Luc allant en guerre sainte

Trouver Agnès, qui fut neuf mois enceinte

Pour faire un pape, et ne fit qu'un tendron.

O mon ami, s'écria le démon, Je suis Satan, cet être craint en Trauce, Des grands docteurs profonds en ignorance. Pour t'cfFrayer, me rendre plus hideux, D'un habit noir ils m'ont vêtu comme eux, Jt m'ont planté des cornes à la tête:

Ali ! par l'eufor, 'nic la Sorboiine est bête,

Que le fourrage à ces gens convient bien !

En vérité, c'est leur pain quotidien.

Je naquis noble, et ma source est divine ,'

Jadis au ciel je pris mon origine.

Mes compagnons, esprits forts, gens hardis.

De leur éclat follement éblouis,

A l'Eternel déclarèrent la guerre.

Tels les Titans, nous dit le grand Homère,

En Thessalie insultèrent les dieux.

La même fable arriva duis les cicax.

Avant ce temps, nous goûtions sans partage La froide gloire et le mince avantage De dire en prose, en beaux vers, en pîain-chant: Triomphe^ honneur au Seigneur Lout-puissaut ! Toujours brailler, toujours la même note, Cela, ma foi! mon ami Nulsifrote, Nous ennuyait. Un beau soir Lucifer, Garçon divin, sémillant comme l'air, Voulut de Dieu surpasser l'élégance, Ceindre la gloire, usurper la puissance. Messieurs, dît- il aux jeunes chérubins.

Notre Seigneur nous prend pour des gredins. Sommes-nous faits pour ramper sous un maître ? Eu se tâtant chacun peut se connaître; S'en faire accroire est le talent d'un sot : Contre le ciel formons un saint complot; Attaquons Dieu, chassons-le de son trône, Brisons son sce|)tre, arrachons sa couronne, Ou tout au moins égalons-nous à lui.

L'honneur le veut, soyons dieux aujourd'hui. Ce beau projet fut applaudi des anges, A l'orateur ou donna cent louanges.

Je ne fus point de l'avis d'Astarolh.

Le Diable était J'allacher le grelot

A Dieu le père ; il n'était point maniable.

Comment le prendre? Un prélat respectable

Aux doux plaisirs» le cardinal Dubois,

Bien mieux que nous le prenait mille fois

De cent côtés : aussi son éminence

Etait Vumi* d'un grand seigneur en France.

Sur son palier nous insultâmes Dieu.

Comment, dit-il, vous osez en ce lieu, Braver ma foudre et m'outrager en face? Quoi! des coquins, nés du sein de ma grâce, A'oudront du ciel me chasser aujourd'hui ! Le charbonnier est le maître chez lui.

Holà, Miciiel! soudain que l'on s'escrime; A coups de sabre il faut punir le crime, Dans le cahos engloutir ces mutins, De fers bn'dans charger leurs viles mains. On se battit ; Dieu, du haut de sa gloire, Vit le combat, fit pencher la victoire De son côté : c'était très-naturel.

Mais, entre nous, sans le vaillant Mich«I, Le Paradis appartenait au diable.

Oh ! le bon coup. Lucifer, plus traitable. Assurément n'eût point damné les gens.

Pas n'était sot pour faire à ses dépens Ce noir Ténare où l'on brûle les âmes, Et, sans pitié, de très-aimables femmes, Pour avoir fait de s ts maris cocus.

Ah, si l'Archange ami, nous a vaincus,

* Voltaire nom a donné le viai sens de ce mot dans la Pucelle. (Voyez l'article Boniieau.)

H doit sa gloire à noire extravagance ;

rout neufs encore et sans expérience,

Nous n'avions brin connaissance de Uiea.

Pour nous encore il était de l'iiébreu ;

Car Lucifer n'était point assez bête,

S'il l'eût connu, de tenter sa conquête.,

Que la jeunesse est un temps mal aisé F

Ht qu'à cet âge on est mal avisé!

Le cœur léger s'incline vers le vice ;

II faut souvent que la barbe blanchisse,

Avant d'user un peu de sa raison;

Mais pour le mal, on l'apprend sans leçon:

Quand on est bon, c'est souvent par faiblesse ;

C'est le hasard qui donne la sagesse.

Le hasard donc toucha mon tendre cœur ; Le vif remords, ce tyran du pêcheur, Me poignarda. Brisé de repentance, Dessein me prit de faire pénitence:

Sur ses vieux jours l'homme se convertit. D'un pas dévot j'allai, le cœur contrit. Près d'Achicourt * prendre l'habit d'ermil€. Que le rosaire entre mes mains profite! Qu'un capuchon est un meuble divin!

Embaumez-vous, flairez l'odeur de saint Que ça répand : c'est l'encens de la grâce. Non, le boiteux, non, l'ignorant Ignace, De son vivant ne sentait pas si bon...

Dans les vapeurs de ma dévotion J'ai vu Marie : ô ciel ! qu'elle était belle! La fraîche aurore est un chilïon près d'elle !

'^ Village aupiis d'Axias.

Sou œil brillait des feux du chas^to amour, Vn jupon simplt', uni coinino un i)on jour, IN 'ajoutait rien à l'éclat de ses chauncs. A son aspect je répandis des larmes ; Quoi! vous pleurez! dit-elle en souriant, Un ^rand garçon fait-il ainsi l'enfant?

Ltes-vous donc de ces petites âmes?

Laissez les pleurs, ils en^çraîssent les feniniei : Quittez la liairc, et niarcliez vers Arras, Vers l'hôpital vous porterez vos pas.

Un sot mortel, insensible à l'outrage, Kntre deux draps amollit son courage, L'honneur honteux sur son maussade tiont, Koui^it encore de l'éternel aflVont Dont l'a fl( lii I;i main de son compère. l)an^ son cœur lâclic allumez la colère : Qui sait se battre est digue tle mes yeux, Qui ne se venge est indigne des cieux. l'cl que Péclair ouvre, enflamme la nue, Disant ces mots, Marie est disparue.

O Nulsifrote! ô cœur trois fois heureux! La siiute \ ierge est sensible à vos vœux. Vous êtes sur, sous sa main immortelle. De vaincre Jean; que pourrait-il contre clic? Ah! vengez- vous comme doit un chrétien , Suivez le ciel ; le ciel se venge bien. C'est un plaisir de punir l'insolence; Dieu pour lui seul a gardé la vengeance i il connaissait les morceaux délicats.

Sur La Terreur déployez votre bras ; (^»ue celte nuit le scélérat périsse !

l'roilerucz-vous, ([uc ma main vous bcni^sr.

Le cliiible alors, élevant deux grands doigts^ Sur le héros faih un signe de croix ; Puis d'une voix agréable, mais fière, Les yeux au ciel, il fît cette prière :

Dieu des vivans, des morts et des saisons^ A qui Clément* chante tant d'oraisons, Pour obtenir le mépris des richesses, Sur Nulsifrote épanche tes largesses!

Donne à son bras le force de Samson, A sa valeur le feu de Gédéon !

l>evant ses pas fait marcher le tonnerre, Mets clans son cœur l'homicide colère Dont tu frappais les faibles Hétéens, Les fils cl'Amon et les Amorrhéens!

Qu'il soit vainqueur! Derechef, à ces mots, De la main gauche il bénit le héros.

CHA]\T lïl.

NouTeau Gombac de Jean et d'^ .Ii-rom»»». le> panaement tlii blesse ■ ton ir<'pan.

Monsieur Bufton, dont l'éloquente plume Gréa pour nous dans un profond volume, Avec des mots arlistement tournés, Un nouveau monde et des cieux mieux peigaés,

* Clémsnî XHF, roi de Roire.

( '/i.iii/

Pai le du chien ; mais il en parle en mai lie, Qui connaît tout, qui répand sur chaque èlre Le jour naissant de la création.

Le chien, dit-il, est plein d'attention; Tendie, poli, complaisant, doux, affable, Pour les hum lins d'un instinct favorable, A les aimer il consume ses jours; Paphos n'a point de plus fermes amours.

Dieu de mon cœur, trop volage Lisette, Te souvient-il! quand ta flamme coquette We captivait sous ta trompeuse loi, Ton chien, ton chien, moins inconstant que toi^ CouTrait tes feux d'une honte éternelle. Ainsi que lui (|ue n'étais-tu (idelle?

A l'hôpital trois détestables chiens, Peudant la nuit servaient de gardiens.

Ces trois mâtins ne valaient pas la châtie; Oncqucs n'avaient bien su donner la patte. 'J oujours jippant, sautant, couranl, mordant Les malheureux qu'ils trouvaient en passant. Pif, Pouf et Paf étaient leurs noms terribles. Jamais l'enfer, dans ses gyufFres horribles, jN*avait produit des dogues si hargneux; Cerbère était un mouton auprès d'eux.

Vivent les chiens chantés dans l'Ecriture, Ils sont chômés de la race future.

Iloch etThobie étaient d'assez bons chiens, Très-bien pourvus, mais pour nos trois vauiicuj. Us l'empoilaient en malice sur l'homme.

Laissons ces chiens, revenons .î Jéioine.

Ce fier-à-bras, par le diable érri'ilé.

Saute du ht, et sans être lubillé,

Va droit à Jean, et tl'iia regard sévère Lui dit ces mots qu'anime la colère; Visage affreux, face de réprouvé, Qu'à mon courroux le ciel a réservé, Voici le jour marqué pour la vengeance ; Ton front épais, où l'altière insolence A peint d'un gueux la maussade fierté, fîetrace encore à mon œil irrité Ce jour sinistre où le chant détestable D'un vil oiseau brisa le nœud durable Qui dès l'enfance avait uni nos cœurs; De ma colère éprouve les fureurs.

Terrible dieu des noires Euménides, Qui fis sonner ces vêpres homicides, Où la Sicile et la fière Atropos Du sang français firent couler les flots Viens éclairer ma colère implacable.

Conduis mon bras, immole le coupable , Sa lâche main a fait rougir mon front. Que son vil sang eft'ace cet affront!

Disant ces mots, d'un poing ferme et robuste Adroitement Jérôme vous ajuste, A coup portant, sur la face de Jean Vingt horions, et lui casse à l'instant Le nez, le front, la gueule et la mâchoire : Trente-deux dents sur le champ de victoue De ce succès sont les sanglans témoins. Jean se réveille; on se réveille à moins. Avec fureur de son lit il s'élance; Armé d'un pot sur Jérôme il avance, L'atteint, le frappe et lui brise les os ; L'autre résiste^ et saisit à propos

Un saint Michel enchâssé sur un diable; Le couple épais, dans sa raain redoutable, Fait du fracas ; Jean en est abattu.

Un diable, un saint ont bien de la vertu! Quant ils sont s^os, ils leirassent leur homme

Le fier combat de Jean et de Jcrùine Subitement éveille la maison ; Tout l'hôpital est en confusion.

Sur leurs grabats les malades iréniissenl, De cris plaintifs les voûtes retentissent; L'un croit avoir entendu dans les airs Le bruit roulant qu'annoncent les éclairs. L'autre, étourdi dans son saisissoinenl, Croit ressentir cet affreux tremblement Qui de nos jours a renversé Lisbonne; Mainte femelle invoque sa patrone, Le vieux saint Roch et le grand saint Venant» Par cent salve l'une invoque Marie, La sainte-face et sainte épiphanic, Qui, dans son temps, accoucha de trois rois. Au bruit affreux de ces lugubres voix; Les trois mâtins, plus raéchans que Cerbère, Dans l'hôpital entrent avec colère.

Pouf aboyait; mais Pif, plus courageux, Sur nos héros s*élance furieux; Paf à Jérôme entame le derrière.

Pouf enragé, d'une dent meurtrière.

Le mord, lui prend certain objet bénin, Idolâtré du sexe féminin.

Si )e pouvais, sans blesser la décence, Peindre l'objet aux yeux de l'innocence.

Ciel! qixc sur lui l'on verserait de pleurs: Son triste sort ferait fendre les cœurs. Frêle pudeur ! faut-il qu'à tes rHaximcs 3 'aille enchaîner ma pensée et mes rimes? 'i e ; faux appas n'enchantent que des sots ; î^'homme innocent rougit-il pour les mots? l'cmme le doit, attentive à l'usage, On voit soudain briller sur son vis;)ge Ce faux vernis, masque de la pudeur.

Que de ses mains prépara l'art trompeur.

Aux cris des chiens les nonnes accoururent. Leurs yeux bénis en entrant aperçurent Le fier Jérôme étendu sur le dos j Sm* lui le sang ruisselait à grands flots. Divin sauveur, quelle étonnante affaire!

Dit en tremblant la mère Apothicaire, Ce malheureux va périr dans nos mains.

O chiens maudits ! ô dogues inhumains Qu'avez -vous fait?... Attendez que je voie, O ciel ! mes sœurs, les sources de la joie IV'existent plus ! Jésus î il n'a plus rien! Ce châtiment sans doute est pour son bien : II baisait trop : mais que dira sa femme? Ce coup fatal doit confondre son âme.

Ah! juste Dieu? quelle sévérité!

Tes jugemcns font trembler l'équité!

Pourquoi ta main, cette main large et sûre Où les oiseaux vont chercher leur pâture, Avrache-t-elle ainsi cruellement A SI moitié le pain du sacrement?

^ Sans le plaisir, le plus riche ménage

West qu'un ciel noir, couvert d'un froid nuage:

Comment servir, nourrir, (cAev un cœur?

Une nuit sèche est semblable au malheur. De ce fléau, ciel, préserve nos grilles! Que ferions-nous? hélas! «juaranle filles Ont des besoins ; et comme dit Cvessef, C'est bien le moius d'un pauvre perroquet !

Mais par piîié l'on soulage Jérôme, Sur sa blessure on applique du baume.

Ta\ le pansant, la mère Cornichon Adresse au ciel cette sainte oraison :

Le faible honneur, Seigneur, est ton ouvr3r,e ; Son point d'appui , c'est le point d.u naufrage , Y louche-t-ou , soudain il est bijsé.

Ilélas! pourquoi dans un vase percé Ton bras puissant place-t-il la saî^cssc ? De tes rayons viens couvrir ma faiblesse : Donne à ma main l'adresse et la pudeur; Que mon œil pur, sur cet objet trompem-

Ne souille point ah ! fais que je ne tombe!

C'est un endroit ou la vertu succombe.

Dans ce moment la mère Saint-Martin Vint tristement apporter un clystère:

Ami, dit-elle, ici j'ai voire affaire ; Ce lavement est fait de tamarin , D'.ignus castus cliauffés au bain-mai ie. Prenez, prenez, il est doux et bcnin : Feu Pourceaugnac n'a reru de la vie Vn lavement fait d'aussi bonne, ma in.

Inurnc/. le dos et levez le derrière

In peu plus haut votre jauîbe en anièrr.

Pjravo, j'y suis, j'ai le nez sur le trou; Non , alleude/. , haussez ih\ peu le couî

Bon! le cul ferme, allons partez muscade,

La mère pousse , et croit de son malade

Avoir saisi le pertuis ténébreux :

Pas n'est au trou. Sous son poignet nerveux

Le piston part, la canule se brise ,

Le long du dos, entre chair et chemise ,

La liqueur monte, et vous frappe en passant

Vers l'occiput, le pauvre patient ;

Et fait sauter son bonnet en arrière.

Le malheureux, dans ce moment contraire.

Lève la tête et veut voir l'accident ,

En retombant , les ondes du clystère

Vont pommader, de leur suc anodin,

De mon héros la face et la crinière.

Bénissant Dieu, maudissant le destin,

Dans ce malheur la mère Apothicaire,

L'œil humecté du fatal lavement ,

Réclame encore saint Vaast et saint V^euirtL

Un assassin^ docteur en médecine.

De Lachésis ancien tambour-major, Paraît soudain. Il portait sur sa mine. Qu'ombrage au loin un énorme castor.

L'air élégant d'un consolant clystère.

En style épais il fit vm commentaire Sur le nombril de notre père Adam , Sur l'opium, la sauge et le chien-dent. Mes sœurs, dit-il, la matière louable Fut de tout temps chère à la faculté, Et de notre art par les sots si vanté. Le pot de ehambre est l'objet respectable ; De nos chapeaux c'est la plus belle fleur ; La tubéieuseapour nous moins d'odeur.

T.p vieux cJocfeur e.xamiii" JiMÙm«.

Tâte et s'écrie: eh! comment donc! cet hominr Est ainsi fait ? que peut-on ordonner!

Je vois deux cas ; là ]e sens de l'enflure, A l'occiput sans doute il a fracture?

A'ite un frater: il faut le trépaner.

Du grand saint Côme arrive im vieux conTière, Qui rasait bien, mais c'était autrefois. Dans quinze jours il ferait un cautère Habilement au bras d'nn saint de bois.

Le chevalier de la trish- lancitte Tire sa trousse, aussitôt vous apprête Rasoirs, ciseaux, plumaceaux et trépan.

Long-temps en main il tient le patient, Lorgne l'objet, opère en talonnant,

Ouvre le crâne 6 mei veille nouvelle!

iJe cette plaie il sort une chandelle, Qui dans les airs sVlance avec fracas.

Le vieux baibier, étonne de ce ca?, Contre le mur recule épouvanté; Le médecin dit que la faculté K'a jamais vu semblable phénomène.

Vite, opérons, je crains que la ganîjrène Ne cause ici le transport au cervonit ; Parons le coup. Trente grains d'ellébore, Cinq à six gros d'extrait de mandragore Lui seront bous; ce traitement nouveau

Est merveilleux. Ce crâne est sans jointure

Si l'on pouvait, pour achever la cure, y faire entrer deux onces de bon ««"us.

C»' n'est pis trop Comment à cinquante ans

Aller à neuf habiller une Icle.

Comment encor Si le poil de la bêle

Pouvait servir? Quand l'e timbre est fêlé

Il faut oui non un peu de foin pilé

Contre son mal serait un mal béchiaiie ; Ma foi, ce cas met à bout ma pratique !

Guérit qui veut j'y perdrais mon latin.

Le médecin, d'un air mélancolique, Alla vêtir sa robe académique ; Et fut apprendre aux magistrats d'Arras De leur aini le triste et piteux cas.

CHAIVT IV.

Héloïse vient consoler Jeanne; Jeanne court à l'iiopital; roiT>bat de Jeanne et d'Annette.

Le jour perçais le voile des ténèbres : Aux cris aigus de mille oiseaux funèbres^ La nuit fuyait vers le noir Phlégéton.

Sur un char d'or l'épouse de Titon Versait déjà, de son urne embrasée, Sur nos coteaux la fertile rosée ; Dans nos jardins les innocentes fleurs Baignaient déjà leur beauté dans ses pleurs ; Quand sur Arras le démon des orages, Le front couvert de grêle et de nuages, Vint tout à coup fondre comme un vautonr. En nuit obscure il change ce beau jour.

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Son char de feu roule avec le tôiineiic:

Leur choc affreux épouvante la terre.

Transi de fioid, le vieux Septentrion

Vient en tremblant embrasser l'Aquillon ;

Leurs vents unis ont renversé les chênes,

Troublé les eaux, débordé les fontaines,

De nos vergers détruit le riche espoir,

Et de Lisette emporté le mouchoir.

Tendre Colin , que ton dme est émue !

Quel sein brillant vient enchanter ta vue ! —

Son mouvement est celui de ton cœur :

Deviens hardi : que pourrait la pudeur?

Ln rouge heureux couvre en vain ton amante }

Doit-on rougir quand l'âme est innocente î

En vain Lison, honteuse dans tes bras,

A les regards veut cacher ses appas j

A tes baisers je la vois moins farouche;

Son sein palpite, et, pressé par ta bouche,

Il croit, il s'enfle au gré de les désirs ;

L'occasion est le cri des plaisirs.

Mais quoi ! tandis que ma muse légère

Chante Colin, célèbre sa bergère,

Leurs tendres feux et leurs charmans ébats,

Un globe errant s'avance vers Arras.

Du centre obscur de ce globe terrible

J'entends sonner une trompette horrible ,

Ses tons perçans font tembler mes pinceaux,

Et dans les bois ont glacé les oiseaux.

Jalouse Mort ! A déluge ! ô tonnerre !

L'ancien chaos revient-il sur la terre

Rendre au destin le sceptre du noant?

La foudre frappe, ô prodige puissant î

Le globe s'ouvre et l'horizon s'écLure ; La sombre nuit fait place à lu lumière. Le front bi ulé par le feu des éclairs, La Renommée apparaît dans les airs.

Un char la suit; c'est le char d'Héloise, ]1 est orné des larmes d'Arthémise ; Le triste ennui, le désespoir touchant, D'un faible vol le suivaient en pleurant.

Chez Nulsifrotle Héloise est entrée.

Dans une couche à l'hymen consacrée, Où l'œil des dieux lisait sur la blancheur La foi, l'amour et la douce candeur, Sa jeune épouse, en ce moment éprise Du feu secret qui consume Héloise, D'un vain bonheur amusait ses appas.

Un songe heureux reposait dans ses bras. Les vents de Gnide apportaient autour d'elle L'encens des fleurs, et l'Amour sous son aile

Cachait aux yeux des volages zéphirs

Son chaste sein, le trône des plaisirs.

Aimable Jeanne, ah! que vient-on t'apprendre ?

Quel trait cuisant va percer ton cœur tendre!

Un chien cruel a moissonné ton bien ;

Pour te clioyer Jérôme n'a plus rien.

Jeanne s'éveille , Héloise l'embrasse j

De mille pleurs elle inonde sa face.

Tendre moitié, dont le cœur immortel

A pour amis l'innocence et le ciel.

Que ton époux va te coûter de larmes !

Il vit encor ; mais quel deuil pour tes charmes !

Le froid hiver, répandu sur ton lit ,

iintre tes braa glacera chaque nuit

Le cLastc objet qu'itlolàtie ton iioie;

En vain ton sein, pour animer sa flamniv/.

S'agitera sous ses yeux amoureux ;

Désirs perdus ! Jérôme de tes feux

Ne pourra plus calmer la douce ivresse.

Ton cœur brûlant an fort de sa tristesse

Invoquer.! les dieux et les plaisir? ;

Ils seront sourds, Jeannette, à tes désirs.

Tels ries oiseaux, encore sans plumages.

Abandonnés par des parens volages ,

Désespérés, agités dans leur nid.

Tendent le bec sans cesse an moindre bruil.

Ainsi ton cœur A ce discours surpiise,

d'un œil mouillé reg irdant Héloise, Jeanne long-temps resta sans mouvement ; Le désespoir dans ce cruel moment De cent douleurs déchirait son cœur tendre. Belle Héloïse, en vain tu veux la rendre

Moins accessible à ces tristes malheurs, 'i es vains discours tariront-ils ses pleurs?

^^'ns le plaisir l'hymen n'est qu'une chaîne,

Qu'un faible cœur ne soutient qu'avec peine ;

Sans le plaisir est-il des af;rémens?

Sans le plaisir est-il d'heureux momens?

11 n'en est point, dit Jeannette alarmée :

A ses douceurs mon âme est donc fermée?

Va, tes chagrins sont-ils égaux aux miens .^

Le crime seul a tissu tes liens ;

'l'es cris plaintifs, dont a pùli la terre,

Etaient la voix d'une flamme a'iultère ;

l in vil pédant avait trompé ton cœur ;

Toxi Abélurd étiit uuîuqtoslour.

Sans Colardeau, sans sou talent magique, On aurait vu la sévère critique Te reprocher les coupables excès.

Ah ! laisse-moi me répandre en regrets : Ton sort cruel console-t-il mon âme?

Sur ce malheur calme-t-on une femme ?

Jeanne à l'instant court, vole, à l'hôpital, 1-e cœur, hélas! percé d'un trait fatal. Ses cris aigus font retentir les voûtes. O Dieu puissant ! Amour, si tu l'écoutés, Descends des cieux, répare son malheur, Ou viens ôter ta flamme de son cœur.

Entre les bras de l'époux qu'elle adore, Jeanne soupire, et c'est toi qu'elle implore î Viens.» mais que vois-je!... insensible à ses cris, Tu fais le mdi\, jeune enfant^ et lu ris ! Tandis qu'ainsi Jeannette se désole, Que son époux la flatte et la console ; Dans l'hôpital Annette entre à l'instant. Jeanne la voit, et d'un air menaçant Quitte Jérôme et vient fondre sur elle: Femme hautaine, insolente femelle.

Viens-tu, dit-elle, insultera mes pleurs? Ton cœur heureux rit- il de mes malheurs? Crains mon courroux, mon désespoir funeste ; Dans mes chagrins ce bras nerveux me reste; Tiens, le sens-tu : Jeanne en disant ce mot, Avec fureur lui décharge aussitôt Un coup terrible, et la jette par terre. Chantre des dieux ! ô toi, divin Homère, De tes accords viens scccndcr ma voix.

Achille en vain triompha de vingt rois;

Ce (lenii-dieu, bruyant foudre de guerre, Dont Troie en flamme éprouva la colère, Méritait-il cet immortel laurier, Dont ta main fîère orna son front altier ? Oserais-tu le mettre à côté d'Anne?

Pourrais-tu bien le comparer à Jeanne .' S'il triompha des Troyens malheureux, Il avait Mars, le tonnerre et les dieux.

Au centre obscur d'un amas de nuages, Armes d'éclairs qu'enfantent les orages, Un char de feu tiré par deux huUans Porte dans l'air l'implacable Bellone :

Telle autrefois, aux champs de la Sorhoauc, Contre Ramus animant des pédans^ Ses froids regards faisaient trembler l<:s bancs. Ainsi, dit-on, elle excitait Jeannette.

Déjà vingt coups sur la face d'Annettc De sa colère ont signalé l'ardeur, Et de son bras illustré la valeur ; Quatre fichus,' dans leurs mains vengeresses, Sont à l'instant déchirés en cent pièces ; Quatre tétons, arrondis par l'Amour, En palpitant s'offrent aux yeux du jour. A ses appas le tendre Amour soupire.

Objets divins, qui pourrait vous décrire! A'ous ajoutez à la douceur des fleurs, Va votre éclat cÛace leurs coideu; s, i)u Créateur ce fut la main féconde Qui vous donna celte figure ronde.

• •• r)outonnt-U ..t'U,: aimable blancheur. Qui lente l'homme, et surloul le pécheur.

Père du joui ! Dieu ilei temps ! Dieu ttcs dgus î A ces beautés je conriuls les ouviage».

A c? combat, à ce terrible bruit , De mille cris l'hôpital retentit ; Dans le couvent on sonne la crécelle : Peu s'en fallut que dans chaqne chapelle On étendît un lugubre drap noir.

On court, on vole, ou di'scend au dortoir. Déjà les sœurs, pour calmer nos rivales, Ont déployé de leurs voix monacales Les tons usés, les antiques ressorts :

Vaine éloquence! inutiles efforts!

La fière Annette et l'invincible Jeanne, Le cœur brûlant d'une rage profane, A leur sermon, à leurs saintes douceurs Ont répondu ; mais c'est par des horreurs. Les mots ronflans de putains, de ribaudes, Ornent cent fois leur courtes périodes; Jamais V'ert-Vert, éduqué sur les flots,^ Ne prononça de si terribles mots.

Aux juremens de nos deux combattantes,.

Aux cris affreux des nonnettes tremblantes) Pâle, craintif et le cœur agité, Le directeur accourt épouvanté.

Muse, peins-nous le bonheur de ce père ! Pour ce table;»u reprends ta gravité.

Depuis ti\:nte aas, dans ce saint mona&lèrej

Le moine avait roucoulé mainte fois, Et confessé les plus jolis minois.

O volupté! Trente chastes amantes Offraient la nuit, à ses mains caressantes. Bouche vermeille, et gorge que l'Amour Aurait sucé de ses lèvres charmantes ; Cuisse divine, un genoux fait au tour, Un teint semée de fleurs éblouissantes, D'une blancheur qui faisait tort au jour. La, sans danger, loin du fracas du monde, • L'homme de Dieu, dans une paix profonde, Ornait son cœur, cultivait son talent ; Des revenans il connaissait l'histoire, Correctement lisait dans le grimoire, Comme un sorcier au sénat de Rouen.

Aux coups hartlis de l'intrépide Annette, Aux cris perçans des sœurs et de Jeannette , Le moine vint au secours du couvent.

Un goupillon armait son bras sévère.

Comme autrefois, dans la main, du saint père> Le fier outil n'était plus si grenu j Partout de poil il était dépourvu :

Dans ce bas lieu tout crou'e, tout s'ébranle. Le révérend ne sonnait plus en branle ; Tintait encore, mais c'était rarement.

En le voyant, Jeanne dit à l'instant : \'ieux penaillon, parle, que viens-tu faire ? Va-t-cn ailleurs asperger ton eau claire/ Crois-tu pourvoir à mon affliction,

* Vn ni'ttalant ton chien de goupillon? •- Va! ton outil n'est que la faible image

'l Du (lieu fécond <[ui chaimait mon ména;^e.

L'hiver peut-il caresser le printemps?

Sans les Zéphirs, Vertumnc est sans amans. 11 te sied bien d'insulter à mes larmes! Cours à tes sœurs porter tes vieilles armes ; A leur disette offre ton oiselet- Lâche, courbé, sans jeu, sans contenance. Il n'offre plus, dans sa magnificence, Que l'air crochu du bec d'iui perroquet. Pour l'amender la mère Sacristine, Dix fois le jour dans sa main le patine... A ce discours, indécent s'il en fut, Fort sagement le directeur se tut:

Très-bien lui prit, il fit cesser la guerre. S'il eût parlé, Jeannette assurément Jusqu'au déluge, avec emportement, Eût riposté : car, dans son caractère, Pour démonter son homme et son prochain, Jeannette avait un furieux instinct*

CHAMT V.

Debcrjplion du ciel; Marie envoie saint Dunstan chez La Terreur.

Quand Albion croyait aux dieux romains, Aux sept Dorraans, au pape, aux deux Crcpins, Certain Dunstan, monarque britannique.

Était fêlé. L'église catholique

^ Via /If f

• Ot'^f .11^ j'. / ,

Vu son honneur disait mainte oraison, Prose traînante, et messe où le tlémon, Avec le saint décorait l'ofFertoiie, Le mémento; car, clans ce temps, l'histoire Dit que l'Eglise avait force crédit, Beaucoup de zèle et point encor d'esprit. A ses lecteurs la légende imbécile Contait alors, toujours en mauvais style, Que, par le nez, le bienheureux Dunstan, Comme un oison, menait monsieur Satan.

Un pape, un saint, un dévot sont à craindre; In pauvre diable en leur main est à plaindre. A ive un mondain, un ])oète, un auteur! Ces gens sont bons, ils ont de la douceur, Et pour le diable ils sont remplis d'entrailles ; Mais saint Uunstac avec ses deux tenailles, A Belzébut ne faisait point quartier; Et le démon eut beau de son métier, Avec esprit déployer les finesses ; ïalens perdus! toutes ses gentillesses N'attendrissaient l'âme du bienheureux.

Siècle des saints, vous fûtes dangereux ! Jérôme et Jean avaient à leur querelle, De tous les saints intéressé le zèle ; A iergcs, martyrs, veuves et confesseurs, Sur leur colère avaient versé des pleurs. La sainte Vierge, indulgente et sensible, Etait émue, et le combat terrible Où l'affreux Jean avait été vainqueur, D'un trait aigu perçait son tendre cœur.

AIusc, j)eins-nous cette reine immortelle, Plus grande au ci(.'l que Diane et Cybèle,

(,)ne les oignons chez les Egyptiens, Va les marmots adorés des païens!

Au beau milieu de la sainte patrie, Sur l'arc-en-ciel gît la leine Marie.

Un sceptre d'or éclate dans ses mains.

Un long serpent est sous ses pieds divins: Cet animal dans sa gueule a la pomme Qui dans Eden tenta ie premier homme.

Heureuse fable! ô fruit délicieux!

Du juste Adam tu dessilla les yeux.

Sans le démon, sans ton suc, sans madame, ( Ah! que de biens nous a fait une femme! ) li'homme était bète à petpétuité:

Femme d'Adam, ta cutiosilé Mieux nous valut que la sotte inaoccnre : Qu'aurais-tu fait sans la concupiscence?

Cracher dans l'eau, bailler avec un sot : Sans le péché l'homme était un nigiud.

Que le démon nous a rendu service !

Près de Marie est la chaste milice Des beaux esprits, des brnlans séraphins. A ses côtés deux tendres chérubins D'un air galant soutiennent ses deux voiles;' Son va<-te chef, orné de sept étoiles.

Jette un éclat qui fait pâlir le jour. A ses genoux est sa brillante cour.

Tournant un peu son derrière à la grâce, D'un air coquet, son greluchon Ignace, Fait l'agréable et le joli garçon.

Tout vis-à-vis, le vieux carme Simon, D'un air benêt coupe (Ic^, scapulaires; Saint Dominique enfile des rosaires j

Frère Bernard en méditation,

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