CHANT VI
Jean passe du purgatoire dans IVnlerj Adain lui ronic son liistoire.
Non loin du Crosne* est un palais antique.
Vers l'an neuf cent l'intérêt monastique
Le fit bâtir des offrandes des sots.
Le vieux Carou, par l'ordre de Minos,
De sa main dure en traça l'édifice j
Le fanatisme orna le frontispice
D'un long cordon de crânes, d'osscmeiis ;
Vn crêpe noir gaze ces ornemens;
L'obscure entrée est sous d'antiques bières ;
Ces grands tableaux d'indulgences plénièies
Parent les murs délabrés par Calvin.
Hors de la porte et un vaste chemin
Où de tout temps Ton voit courir des prêtres
Après les biens que nos faibles ancêtres
Ont en mourant jetés sur leurs tombeaux.
Conlens, heureux, dans le sein du repos,
Les églisiers font fumer leurs marmites ;
Sur leurs foyers ces rimes sont écrites: < Le purgatoire est du siècle d'argens, A» Qui l'inventa, n'était point ignorant. <>
* Le Crotne, tivièrfl ilfj BouiftO^ne où est filuéo l"4l»b»y«.' J« riniiv, Junt Icsuioinc:^ ont iu.aginc le l'urg^toitc*
O feu trompeur, allumé par l'Eglise!
Vous éclairez celte terre promise,
Où croissent l'or, l'orgueil et le bonheur:
Le prêtre seul en connaît la valeur.
O mes aïeux ! ô Visigoths célèbres !
Vos gros esprits, remplis d'objets funèbres,
Voyaient-ils Dieu dans ces feux dévora ns?
Un tendre père a-t-il pour ses enfans
"ï ant de rigueur, et pour blanchir notre dme.
Tel qu'un cochon, faudra-t-il dans la flamme
Brûler tout vif un homme à petit feu ?
Un cul grillé peut-il plaire au bon Dieu';*
Le cul couvert d'indulgences plénières, Là, l'on voyait les douces chambrières De nos pasteurs, savourer sans éclat Mille plaisirs volés au célibat:
Leurs fronts étaient couronnés de sabine ; Sur leur jupon de légère étaminc Etait brodé le nom flétri d'Onam ; Sous leur menton, gazés d'un voile blanc, Sont des appas arrondis pour l'Église; leur embonpoint, d'une large chemise Bien remplissait le contour et l'ampleur; Le purgatoire entretient leur chaleur.
Au bas d'un mont où coule une onde noire,. Jean aperçoit le séjour des damnés.
Champs éternels, vallons infortunés!
Serait-il vrai? L'Ej^lise nous fait croire Que vos tourmcus éternisent la gloire D'un Dieu clément, qui n'a d'autre intérêt Que le bonheur de l'être qu'il a fait ?
De tant d'horreur. Seigneur, es-tu capable?
Parle, grand Dieu ! si le mortel conpv-xbl*
A transgressé ta redoutable loi.
Te connaît-il? et comment, dis-le-moi?
Son œil obscur verrait-il la distance
De son néant à ton pouvoir immense !
Le pot de terre est fait pour s'éhrécher.
Dans ses douleurs, si l'homme va chercher
Ce charme heureux, cette divine flamme,
Qu'en le formant tu soufflas dans son âme,
Pour son bonheur et non pour son tourment ;
De qui tient-il ce céleste présent?
C'est toi qui fis le ciel, la terre et l'onde,
Et les beautés qui parent ce grand monde:
Tu fais fleurir les roses au printemps.
Dans ces beaux jours tu rends nos cœurs contenu.
Bon en ce monde, es-tu méchant dans l'autre?
Fille du ciel, nature, ô mon apôtre!
Le Créateur est-il, ainsi que nous,
Vindicatif, colérique et jaloux?
Dieu serait-il moins tendre qu'une mère?
Est-il, dis-moi, d'autre qu'une Mégère
Qui d'un ail sec pourrait voir ses enfans
Ainsi que toi dans des feux dévorans ?
JMérope, hélas! craint bien plus pour Egisle:
Un niol d'Aibas, un regard, tout l'attriste.
Rachel en pleurs expire sur les siens.
tt toi, grand Dieu, tu dévores les tiens;
Le vieux Saturne était-il ton image?
Mais je blasphème; 6 ciel! un être sage
Peut-il penser comme un sot capucin?
L'enfer n'est pis co que l'erreur nous peint.
Pu Créateur adorons la sagesse ;
L'homme en ce monde annonce sa faiblesse,
Mais dans l'enfer il prouve sa grandeur.
Si dans ce lieu Dieu poursuit le pécheur,
Sur sa faiblesse il règle sa vengeance:
Si le coupable ouvre à la repentance
Un cœur contrit, il pardonne à l'instant.
Dieu fît l'enfer pour les célibataires ;
Oui, c'est pour vous, eunuques volontaires,
Qu'il alluma ce brasier menaçant.
Il faut punir votre race parjure ;
Vos sens oisifs outragent la nature;
Le Oéateur abhorre le néant.
Jean étonné contemple cet empire; Dans un bosquet, où sa raison respire, ]1 voit les saints fêtés chez les Hébreux Que Rome encor n'a point mis dans les cieu.x. ^ Là nions Adam, le premier des monarques. Le salua d'un air fort gracieux :
C'est moi, l'ami, qui d'un fruit dangereux Ai fait éclore et la fièvre et les Parques. Certain seigneur, qui fait tout avec rien, A oulant unir le mal avec le bien, Fit le chiendent, les choux et la lumière: Entre ses mains pétrissant la matière, 11 fit un sot, et ce sot ce fut moi.
Dans un jardin où je vivais à l'aise, Sans embarras, sans chagrin et sans loi, Avec un os, un peu de terre glaise.
Beaucoup d'humeur, il fit... je ne sais quoi. Pour embellir le nouvel automate.
Monseigneur prit la douceur de la chatte^
L'esprit du singe, un peu du perroquet, L'orgueil du paon; et de ces caractères 11 fit ma femme : ô le divin sujet!
Jam us Tempe, (jui vanta ses bergères N'a sur ses bords vu de si bel objet.
Pour décorer le monde et mon ménage, Dieu m'amena ce minois séduisant:
« Vois-tu, dit-il, ce magnifique ouvrage? » Quand sur la boue imprimant mon image, » Je façonnai ton corps lourd et pesant, » l'as n'ai saisi ce teint blanc, ce corsage, » Cet air fripon, ce bol œil agaçant:
» De mon portrait tu n'étais qu'une ébauche. « Ce joli rien, sorti du côté gaucbe, » Était \\n os qui te chargeait le flanc ; » Ma main l'ùta pour t'en faire une femme. »
Ce beau discours ne plut point à madame. Pas n'aimait trop les propos ennuyeux ; La vanité respirait dans son âme, Et l'anaour-propre éclatait dans ses yeux.
Notre Seigneur, d'un ton triste et pieux, Dans un sermon peignit la gourmandise : « Enfans, dit-il, craignez la friandise : » Dans ce beau lieu j'ai planté de ma main » Pruniers, pommiers, excellent saint-germaiji, » Des capendus, de la reinette grise, i> Cuisses-madame; au milieu tout exprès » Ln certain fruit... si vous tf)uchez jamais » A ce fruit-là, c'est fait de votre race. » Du bien, du mal, la science cfîicare, i> En éclairant votre postérité, t> M'irritera ; car je suis irrité
» Quanti dans ma main un automate pèche.
i> Souvenez-vous que c'est Dieu qui vous prêche,
« Et quand il parle, il veut être écouté. »
Tel Brioché d'une rage secrète
Se sent épris, quand une marionnette
Casse son fil ou brise son ressort.
Dans son courroux, il donnerait la mort.
Or, Virago, c'est le nom de ma femme.
Était coquette ; à chaque instant madame Allait, venait du côté du pommier :
Certain démon, animal familier, Très-beau diseur (il parlait comme un ange"), D\m long serpent prit la figure étrange, Plaça sa queue entre deux grosses pommes, Et la faisait frelilier joliment.
Que le démon sait bien tenter les hommes, Frapper au but, saisir adroitement Le côté chauve et le cœur d'une femme ! Dans les enfers pour culbuter une âme, Que lui faut-il? un désir seulement.
Ce jeu badin amusait ma compagne ; Les deux gros fruits que la queue accompagne La ravissaient et chatouillaient son cœur : Nous étions nus, sans honte et sans pudewr. Dévergondés, ainsi que la nature; Bien ne troublait notre innocent bonheur.
Ma Virago, depuis celte aventure , Me parcourait plus attentivement.
Sous mon menton elle vit un serpent:
Sitôt la belle empauma le reptile, Le caressa. L'animal fort docile, D'au naturel vraiment fait à ravir,
Pi it clans sa main un ton, une élégance :
Son maintien grave appelait le plaisir,
i t provoquait notre concupiscence.
A quoi, l'ami, cela prat-il servir?
Mais dans ma main ton serpent est bien drôle i
Comme il grandit ! S'il avait la parole,
Cela dirait les choses joliment.
Dis-moi : pourquoi n'en ai- je point autant i*
Fntre nous deux partageons comme frère ;
Tiens ; la moitié, mon cher, me suffira.
Mais rêves-tu... comment ôtcr cela?
Ça ferait mal... \'oilà bien du mystère!
S'il nous fait mal, grand benêt, on criera.
Allons, voyons... l i/antÈve de peine,
Du vrai bonheur je rencontrai la veine ;
Le tendre amour a[)plaudit à ce jeu,
Et le secret courrouça le bon Dieu.
Un soir il vint : c'était un jour de fête ;
D'un ton plaisant il nous lava la tête,
Pt^ous chanta pouille, et me dit « Voyez-vous
»Le grand docteur! il en sait plus que noua !
s 11 vient d'enter son savoir sur madame :
»Dieu fit la fille et l'homme fail la femnîc,
« Ktres formés de boue et de crachats,
«Faible limon dont j'ai fait deux ingrats^
w La bienfaisance était mon diadème,
vEt la vengeance aujourd'hui ceint mon front.
» Sortez d'ici : ma justice suprême
» Sur vos cnfans vengera col affront. »
De son jardin il nous chassa sur l'hcnre.
Èvo, voyant mes yeu\ mouillés de pleurs,
\Ie dit : Mon cher, oublions nos malheurs ;
Va, le jardin ne vaut pas qu'on le pleure.
A mes appas attache ta constance.
Ton cœur me reste.. . est-il d'autre bonheur ?
Le paradis, le pommier, Monseigneur,
Ne valent point notre concupiscence.
CHAIXT VII.
Jean s'pntvptient aver ,Jarob ei MtVse,
Jean vit plus loin un certain juif fripon, C'était Jacob; il a volé son frère.
Ami, dit-il, un oncle de ma nièie, Fourbe, menteur (Laban était son nom), Avait pour bien à pourvoir deu.v fillettes. Désir me vint de faire ces emplettes : L'une était belle et faite pour l'amoiu' ; Un sein naissant, mais un sein fait au tour, Croupe, Dieu sait! ime taille légère.
Deux yeux fendus comme l'on ne fend guère, Causaient à l'ame un doux ravissement : L'autre, au contraire, eut pu dévotement Prier le ciel de rembellir encore.
Pour obtenir le tendron que j'adore, Sept ans entiers je servis chez Laban.
Le lemps fini, mon parjure be »u-pèr«^ Pendant la nuit m'amena doucement Sa fille aînée; ctlcdu delà bnuièrc;
rAafi/ Tir,
i'/.r,,-4tt'/ t/\/y'i\-f /,:■• /vft\-- 4/4/ ,Aw./ ,/.nii.
7c 11 chôiné ; la nuit tout chat est gris.
Je la trouvai belle comme Cylhèrc,
Dans le plaisir, douce comme Lais.
Le joui parut, je reconnais l'aînée.
O sort cruel ! ô fatal hy menée .'
Tout furieux, je descends chez Laban :
Oncle barbare, aurais-tu le talent
De te jouer de ma crédule flamme !
J'aime Rachcl, tula dois à mon âme,
Je l'attendais!... qu'ai-je vu dans mon lit ?
Fille du ciel, ô redoutable IN'uit !
Pourquoi prêter tes ombres au mensonge?
Dieu des pavots! que n'as-tu dans un songe
Enveloppé sa rivale et mon cœur.
Tout beau, Jacob, calmez votre fureur.
Bon Dieu, faut-il que le chagrin vous rongt^?
Comment! pour rien vous jetez les hauts cris?
D'un mal plus grand que le Seigneur vous garde î
"Nous avez cru manger une poularde
A cuisse blanche, elle était aux pieds gris.
Ah! rougissez de votre gourmandise :
Osez-vous bien sortir de votre état!
Comment! chasser dans les champs de l'Eglise?
Un paysan est-il si délicat?
Ça voulez-vous servir mon écurie
Sept ans encore ? Et puis sans tricherie.. .
Sur mon honneur, dès ce soir ou demain
Je conduirai Rachcl dans votre couche?
A ce marché Peau rac vint à la bouche :
Je vis la belle unie à mon destin.
Fruits ptécieiix d'un double maiiage,
Quinze marmots afTamaient mon ménage ;
Je gagnais peu. je n'avais point de pain!
Au triste aspect de ma vaste misère.
Je vis pleurer mon terrible beau-père :
Faisons, dit-il, un accord entre nous ;
Pour vosenfins l'humanité m'excite,
T.es agneaux blancs qui naîtront dans la suite,
Dès ce moment, mou neveu, sont pour vous.
J'étais sorcier comme on l'est au village ;
Du Grand Albert j'avais lu les écrits.
D'un bois blanchi je fis alors usage,;
Cette couleur frappa l'œil des brebis,
Ta d'agneaux blancs je grossis mon partage.
Que du Seigneur les desseins sont profonds !
Dieu se rengea du côté des fripons;
J'en étais un, je l'étais par sa grâce.
Ce tour malin m'attira la disgracel
Du vieux Laban, qui, jaloux de son bien,
De sa maison me chassa comme un chien.
Sur les confins de la terre promise, Loin du Tabor, sous un ciel nébuleux , Jean rencontra le célèbre Moïse, <^)ui pour peupler promptement son Église, Dans le désert fit périr les Hébreux.
>j^ Son front cornu, couronné de verveine, Glaçait d'effroi les rives du Jourdain ; Un bâton noir dans sa main inhumaine Semblait encor menacer Benjamin.
Ami, dit-il, le jour de ma naissance Sur l'onde errante on risqua mon berceau. Le Dieu du Nil, 'ouché de mon enfance, Vint m'.irracher du vaste sein de l'eau,
(P,^M^ . ^.él
Au bord du fleuve où les jeunes Xaïadcs , Les blonds Silvains et les Amadryades D'un roseau vert tendremeat s'enchaînaient» Où le cristal d'une onde transparente, Trompait toujours la pudeur innocente Des sœurs d'Atlas, qui souvent s'y baignaient.
De ce bain pur sortait une princesse : Jaloux d'avoir caressé ses appas, Le fleuve encore promène avec tendresse Les doux tttraits qu'il a vus dans ses bras ; Son onde errante en conserve l'image :
Nais encore était sur le rivage A demi nue. 1 lie voit sur les eaux \'oguer au loin ma légère nacelle :
Kyraphes, que vois-je? O ciel, s'écri.i-t-elle, Un jeune enfant exposé sur les flots ! Fille de Rhée! 6 Lucine fidelle, ^ iens l'amener dans les bras de Xaïsî Le Dieu de Chypre, attentif à ses cris, Sur l'onde humide étend déjà son aile.
Les Alcyons s'élancent de leurs nids ; Le souffle doux dont Zéphire caresse Le sein des fleurs (la robe du printemps) Me précipite aux pieds de la princesse , Le tendre Amour, dans ses bras caressans.
La sage Egypte éleva mon enfance.
Avec gran<l soin ses prêtres révérés, De l'art des rois m'apprirent la science, Du grand Apis les mystères sacrés.
(.*air de la Cour effraya n»a faiblesse. Fier d'être iogiat« je quiliai la piincessc;
J'allai garder les troupeaux île Jéthro. Tel autrefois, des bras de Caly|iso, Un jeune roi, conduit par la sagesse, Saura son cœur des pièges de l'amour.
Au pied d'Horeb, au déclin d'un beau jour y Des francs-maçons j'aperçUs la lumière.
Le vénérable, au milieu d'un buisson, Me dit: mon frère, ètes-vous compagnon, Maître, apprenti, Écossais, Trinitaire?
Là, donnez-moi le signe du maçon, L'attouchement , et dites-moi le nom D'un des piliers ?... mais cet homme ricane : Me tromperais-je... ètes-vous un profane? Comme il regarde... il est bien curieux. Eloignez-vous au plus tôt de mes yeux ; Prétendez-vous connaître nos mystères?
Point ne saurez comment boivent les frères.
Le vénérable, après quelques momens, Me dit : l'ami, je suis avant le temps, Ma main tira du sein de la matière Du faible Adam la fragile poussière, Ma voix puissante anima le néant.
Du vieux Cahos je pris le diadème ; La volonté, la raison d'un tyran, Dit la Sorbonne, est ma règle suprême.
Mon nom superbe est le dieu du long nez, Le sort affreux des Juifs infortunés, Leurs cris perçans ont touché ma clémence ; Cours à iVicmphis annoncer ma puissance; Va. dire au roi que j'aime les Hébreux, Que j'ai fait choix de ce peuple crasseux ,
Ladre, vilain, pour embellir la terre ; Un jour mon fils, du sang de ces lépreux Arrosera les chardons du calvaire.
Comment, Seigneur, porterais-je vos lois? On n'entends point distinctement ma voi.N. Un vieux rabbin, le cousin de ma mère, A ma naissance a fait certaine affaire : Jl me rogna, non pas le bout des doigts, Mais autre chose; il eût mieux fait, je crois, De me couper le filet à la langue ; Point ne saurais dire un mot de harangue. Sans le flatter comment parler au roi ? Je man((ucrais, seigneur, à l'étiquette, Les courtisans se railleraient de moi.
Va, ne crains rien, et prends cette bj^uelU- Cours à l'Egypte inspirer la frayeur.
De Pharaon va braver la colère ; Jour le damner j'endurcirai son cœur.
L'n roi se croit le maître de la terre ; Dis, la nature a-t-ellc fait un roi ?
Va, les mortels n'ont qu'un maître, c'est moi.
J nfans galeux de la terre promise, De Pharaon brisez le joug de fer ; Fuyez l'Fgypte et courez sons Moïse (chercher la mort aux sables du désert. Son fier bâton fléchira les obstacles ; Jamais Merlin ne ût tant de miracles, Et Zoroastre, admiré du Persan, Auprès de lui ne fut qu'un ignorant :
L'art merveilleux de la pyrotcclinic Etonnera vos rrgirds incertains j
es
El le veau d'or, fondu par li chimie, Ramènera votre argent dans ses mains.
En vrai tyran je régnii sur mes frères. Des riens sacrés, entourés de mystères, Affermissaient mon empire naissant.
Le Dieu fl'Isaac me montra sou derrière, (Car un mortel ne peut voir son de>ant). Je fis des lois. Ma politique altière, Du sceau du ciel scella leur caractère. t'n grand succès illustra ma carrière, Et je devins fameux dans l'urient.
CHANT Vin.
HisioJre de l'iimyccnt Joseph.
De la vertu chacun vante la gloire :
C'est un bon mot... il trompe les humains. Le fier Brutus, le plus grand des Romains, Ne suivit qu'elle : il s'en plaint dans l'histoire, A la chercher Platon perdit son temps. j Dans mon printemps j'ai cultivé l'ingrate ; Je n'ai compté que de triste momens.
irajan, Titus, le vainqueur de l'Euphratc, A sa chimère ont offert leur encens.
L'affreux Néron, sous les yeux de Sénèque, Quelques momens adora son erreur.
De» Musulmans l'apôtre séducteurs, Le fer eu main; la prêcha dans la Mecque.
■^Ji,r,/,/.'tV.- ./://y\t.-
(Yl.i/i/ .'»■.
Pierre (Uns Rome en a fait son bonlieur. Dans son roman, l'auteur de Télémaqiie A'eut embellir ce fantôme trompeur; La raison plaint le fils du roi d'itaque; Mais d'Eucharis elle adore le coeur.
Un Genevois, pour l'âme d'Héloisc, Habilement en a fait un poison.
\ n moine obscur, feu saint François d'Assise A pris pour elle un grotesque cordon.
Benoît, Pacôme, Antoine, Hilarion, Dans le désert ont jeûné pour lui plaire. Frère Gusman la mit dans un rosaire ; François de Paule en la soupe à l'oignon. Le vieux Simon en fit un scapulairej Bruno lui mit un pesant capuchon.
De la vertu chacun 6t une image ; Mais le bon sens a ri de leur tableau. L'^n jeune Hébreulai rendit son hommage, La chasteté, la couronne du sot, Fut autrefois son triomphe et sa gloire ; Vous le verrez. Lecteurs, voici l'histoir«: Le Dieu des juifs la dicta mot [lour mot. Jean vit plus loin un dévot personnage, C'était Joseph. Le joli cavalier !
Parmi les sots, les gens de son village, (Il savait lire) il passait pour sorcier. Je fus, dil-il, déteste de mes frères.
J'avais jadis fait quelques songes creux. Et raconté qu'ils célébraient entre eux De Loyola certains médians my»tèroi, Que )€ diraii^ii^iU a'claient pa» honteui.
Je fus vemkis, conduit en esclavacfp. Chez un seigneur de la cour de Mem|>liis. Ce courtisan, vrai martyr de l'usage, Voulait encore sur le sein de Lais Cueillir lui seul les roses du bel âge, Plaire à l'amour avec des cheveux gris. Son juste-au-corps et sa large brayette Portaient encore la brillante étiquette Du temps d'Hérode et de l'arrière-ban.
Sa jeune épouse, incertaine et volage, Touchait le cœur. Un minois ravissant, Certains appas, ciel! quel galant corsage!... Mais dans ses bras, mon ami, je fus sage ; Et ce jour-là je fus un innocent.
J'avais un nez, un peu long pour mon âge ; En plein midi l'ombre de son profil Me dérobait la moitié du visage.
Ce nez fameux était droit comme un fil ; Il enflamma le cœur de ma maîtresse.
Elise avait les vertus de la cour, Beaucoup d'esprit, encore plus de faiblesse; Sa voix plaintive appelait la sagesse En succombant aux eftorts de l'amour :
Mon cher Joseph, votre nez m'intéresse, Jl est bien fait, sa taille me plaît fort; En le voyant je sens certain transport, Je me connais... Quoi! moi de la tendresse Pour un manant?... mais pourtant sa jeunesse.. Si la raison... mais la raison a tort: Sans passion comment user la vie ?
Près de Junon le chaste hymen s'endort. Le court moment d'une tendre folie
^'allt ccut fuis mieux que les ans (Je ^ cstor.
Las, diles-raoi!... personne ici n'écoute;
Ne caclicz rien, parlez-moi sans ticlour.
Jeune et bien fait, vous avez plu sans doule
iJans les Jiamcaux, on y connaît l'amour ;
Colette est belle, une taille légère,
Un joli sein que couvre la pudeur,
Et qu'en jouant sur la verte fougère
On laisse en proie aux regards du vainqueur,
^'ous captivant... peut-être la bergère
A vos désirs... Quoi! vous ne dites mot?
Quoi! ses appas?... Que ce garçon est sot!
N'avcz-vous point dérobé certain gage?
Perdu le vôtre!... U non, grâce au Seigneur !
C'est un trésor, ou le garde au village,
Et c'est V Hymen qui cueille celle Jleur.
Mais à la ville, où le caprice engage,
Où le plaisir souvent d'èlre volage
Forme des nœuds, connaît-on ce bonheur ?
Il a raison... mais... comment, il est sacc !
Dieux , qu'il est beau ! dites-moi , m'aiinez-vou.> ?
Madame, ô ciel ! vous avez un époux.
Pouvoz-vous donc?... je connais l'innocence.
Quoi ! la pudeur... t-icuscz mon silence,
Mon front rougit. ..vos coupable.^ desseins...
Je voul»»s fuir... La princesse indiscrellc
Deux fois voulut saisir mon aiguillette; .
Je Ils un saut, j'échappai de ses mains. En me sauvant, à cette débiuchrc J'abandonnai ma culotte ébrrcluc.
.Son cœur honteux, dans ces an'rci).\ mouiens, Poussa (fini Tiir mi!lc cris éclat ms,
^on époux vint : Ah! mon chat, lui <lil-elle,
l'on sot laquais, d'une chaîne fidèle
A'oulait briser les légitimes noeuds :
L'honneur m'empêche... épris d'horribles feux..
L'honneur toujours éclaira ma famille,
V^ousle savez... car j'étais encore fille :
L'honneur alors... Ah ! le crime est affreux î
Un Til manant de Mésopotamie...
Je vis encore ! arrachez -moi la vie...
Comment! un gueux vouloir me violer!
Cessez vos cris, et de grâce, madame,
Nommez au moins l'honneur, sans vous troubler.
Vous violer... ah ! le crime est infâme,
JLt nos aïeux l'auraient puni jadis.
Le siècle change : aujouitl'hui, dans Memphis,
De violer, qui veut prendre la peine ?
Est-il, madame, une seule inhumaine?
Lucrèce est morte. Elle était d'un pays...
O temps ! ô ciel ! que je suis malheureuse !
Tenez, voyez celte culotte affreuse...
Quoi! le coquin, sur mon front conjugal
Voulait planter... étiez- vous la coiffeuse?
Chère moitié, le trait est déloyal.
Comme un héros, je sais qu'un manant baise ;
Mais sans culote ? Ah ! cet original
Voulait jouir du plaisir à son aise ,
Le savourer en fermier-général.
Je prends sur moi le soin de la vengeance;
Dès ce moment punissons l'insolence.
Hola ! mes gens? qu'on le mène en prison.
Dans un tombeau creusé par le caprice.
Où triomphait la cruelle Albion;,
(lliarçé (le fers, d'honneur et d'injustice, 1,'amiral Bing attendait son supplice.
Un compagnon partageait sa douleur.
De leur cachot pour dissiper l'horreur, Ces gens rêvaient : quelquefois le mensonge Tarit les pleurs qui tombent de nos yeux.
Bing étonné vit, la nuit, dans un songe, Son chef chargé d'un panier monstrueui; Il était plein de ces plaisirs des dames. Dont le badaud se régale à Paris :
Plaisirs décens qu'on peut donner aux femine* Sans ombrager les fronts de leurs mnris. Sur le panier Margot la ravaudeuse, La Lescombat, Javnte l'écosseuse.
Avidement dévoraient ces biscuits.
Quel rêve affreux ! disais-je à l'insulaire j O jour terrible ! un conseil sanguinaire Va te traiter comme ses ennemis ; Un fusilier contre ton faible crâne.
Au mouvement d'une légère canne, 1 ire en \irant le bout de son canon; Le cbien s'abat, une pierre étincelle... Hélas! dans l'air à l'instant ta cervelle Vole en éclats, et d'un durable affront Couvre en tombant It féroce Albion.
L'autre rêveur me dit: l'ami prophète.
Mon songe est beau, je n'ai rien sur la tête, Bien m'en croirez, en voici la raison : Point n'ai de femme, et suis encore garçon. P our mille gueux qui, dans ce temps de guerre, A la Couitil'e inuneclcnt leur misère,
J'ai magasin de vi» gros et nouveau, J'en vends beaucoup ; mon nom e»t Ramponeiu, Hier, dans la nuit, monté sur deux béquilles, Près d'im grand puits, au fond d'un magasin, Ainsi que Ti\e\x, je changeai Veau en vin. Ce rêve est beau, je n'y vois point de filles, Pas même un brin , il doit plaire au bon Dieu j Avant trois jours vous quitterez ce lieu. Près des remparts où la molle indolence Dans des chars d'or promène l'inconstance, Vous tromperez les faubourgs et Memphis : Or, mon ami, quand chez vous les marquis, Les courtisans, chenilles de Versaille, Iront trinquer, boire avec la canaille.
Au nom de Dieu, mon cher, songez à moi. Par trois sermens il me jura sa foi : Un prisonnier se parjure sans peine !
J'avais l'espoir de voir briser ma chaîne Au songe heureux que ferait un bon roi. Pour mon malheur le roi ne rêvait guère ; Mais son ministre avait rêvé souvent.
Enfin le roi fit un songe effrayant, Cni les docteurs trouvaient bien du mystère, Dont se moquait le malin courtisan.
Dans un palais où l'avide finance. D'une urne vaste épanche sur la France Abondamment la misère et les maux.
Le roi voyait sept fermiers généraux Qui sur leurs pieds n'étaient pas encore fermes ; Gens malotrus, sans naissance et sans noms, Maigres, petits, ladres, sots et fripons, Tels qu'ils sont tous eu entrant dans les ferRjies.
Ce fatale songe iatimida le loi ;
In s'éveillant, il veut savoir pourquoi
Ces sept fermiers ont manj;c La Boissière,
Dupin, Paris, de La Poupclinièrc.
De Ramponeau le roi pari lit souvent,
Ainsi qu'il fait Je l'ami Pompignin.
Il sut par lui que j'expliquais les songes
Plus joliment que le mouphli latin.
(^)uoi, disait-ilj les dieux du genre humain
Seront toujours entourés de mensonges!
La vérité n'approchera point d'eux !
Ne cherchons q4.i'ellej et l'Egypte ira mieux.
J'entie à la cour : un air de complaisance Me prit au nez, j'eus presque des vapeurs. Ces lieux sont pleins de vils adorateurs. Toujours craignant l'orage et le tonnerre ; Lâches, rampans, fourbes, toujours polis : Ces vermisseaux ne vont que terre à terre, Et ne sont grands qu'aux regards des petits.
Je m'énonçai, mais avec éloquence :
Grand roi, lui dis-je, écrasez le fermier. Un roi chéri n'est jamais sans finance. On vous adore... amour est l'abondance; (Jtez le nom du vingtième denier, Lt vous verrez l'Egypte en allégresse A vos genoux apporter ses trésors.
\ ous connaissez ses vœux et sa tendresse j Vous avez vu l'excès de ses transports. Voir, dit le roi, voici le bon système ! J'ai le cœur bon, sensible et généreux ; J'aime mon peuple j il faut le rendre h«ui«ux.
Grands, écoutez ma volonté suprême :
Vite à Joseph que l'on donne un crachat ; Qu'il soit ici le second de l'Etat, Grand, s'il se peut, mais grand sans diadème. Bravo, Seigneur, dit certain Richelieu, Monsieur Poisson a bien un ruban bleu.
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