‹ La chandelle d'ArrasChapitre 6 sur 11 · CHANT XIV · texte numérisé non relu

CHANT XIV

Saint Vaaat, à cheral sur Jean-Jacquas, va trouver l'év^qu» Lambert ; Marie descend du ciel avec la chandelle d' ArTa:>.

Le goût des saints fut toujours merveilleux. Dans leur histoire, on voit ces bienheureux En amitié prendre chacun leur bète ; Témoin Antoine, il aimait son cochon:

Aux champs du Nil, dans un saint tôte-a-téte, Ils se parlaient en faisant oraison.

On sait de Luc le goût évangélique.

Monsieur saint Roch, si l'on croit son cantique, A Montpellier, jadis m bon chrétien, Alla mourir dans les bras de son chien. Le vieux Denis faisait cas de son âne, Le caressait, le baisait comme Jeanne.

Sainte Gertrude aimait beaucoup les rats. L'apôtre saint qui jadis dans Arras Alla planter l'étendard catholique Aimait les ours ; il fit bâtir pour eux, Près de la Scarpe, un couvent somptueux : Jl leur donna le harnois monastique, I t l'air léché d'un gros bénédictin.

Mère de Kômc î ô toi savante Attiqne,

Le paganisme autrefois, dans Ion sein, ^ Peignit un aigle à c6lé de Jupin; Sur les genoux de la mère d'Hélène Un cygne blanc caressant ses attraits ; Aux pieds du dieu qui invocpie l'Hypocrèfte, L'ardent Pithon percé de mille traits.

Reine des cœurs ! la colombe amoureuse, Avec l'amour accompagne tes pas.

Cent Ibis le jour elle vole en tes bras, Et chaque fois tu la rends plus heureuse. Si pour mes vers le mouphti des lalms , Me niche un jour parmi ses dieux romains, Ou, si sans lui je faisais la conquête De ce séjour où sont les chérubins, Point ne voudrais caresser une bête.

Zéphire seule y ferait mon bonheur, Zéphire seule aurait toujours mon cœur.

Au fier Lambert le courroux indocile Avait touché les cœurs des bienheureux ; Vaast, alarmé des malheurs de sa ville, Pour la sauver abandonne les cieux, Plane d.ms l'air, vole vers la Norwège. Où l'aquillon, sur un trône de neige, D'épais glaçons couronne les hivers, Et dans leurs bras engourdit Punivcrs,

Déjà le saint a passé la Scytie.

En le voyant, l'attentive Orythic Tient dans ses fers Borée et ses enfans. Le bienheureux, dans Pile des ours blancs, D'un air pressé cherche après sa monture. Un Genevois, lassé de sa allure,

Parmi les ourS) ses coiiipagnoiis cliéris, A quatre pieds marchait aiasi qu'an âtic ; Instruit, léché par ses nouveaux amis, On athnirait, dans sa marche profane, L*air élégant des ours les plus polis.

Le grand S. Vaast, à cheval sur jcaii-.Jact(uoà, A traversé l'horizon des cosaques ; Déjà Berlin frappe ses veux surpris.

Un roi couvert de la brutale gloire Dont Alexandre a fait pâlir l'histoire.

De son f)alais appelle les beaux-arts.

Enfans du ciel que la paix environne, ^e courez point sur ses sombres remparts Mêler vos fleurs aux palmes de Belloune, Laissez la mort couronner le dieu Mars: Et toi, grand roi, que le bon goût inspire, Ne touche plus aux fleurs de l'Hélicou; Ta voix terrihle épouvante Apollon:

Tes doigts sanglans discorderaient sa lyre, Et ses lauriers sécheraient sur ton front. Féconde l'art de détruire la terre, Place Ion trône à côté du tonnerre.

Solon pourra t' éclairer sur les/o»s.<* Mais Apollon n'inspire point les rois.

Nos voyageurs qu*Eole favorise^ Ont traversé les plaines du Valais.

Jacques revoit cette belle Héloise, Dont sa vertu défigura les traits.

Un feu houleux dont son âme est épiise Il cjc au saint étaler la fureur ; Tais-loi, Jean-Jacques, et laisse ta sagesse :

Il()

Que me dîs-tu? le crime est dans ton eœur;. Un style ardent nuance ta faiblesse ; Mais sous les fleurs j'aperçois le serpent. Ta vertu lâche est cette fausse Ithaque Qui sous Mentor égarait Télémaqué; Et ta logique un sophiste éloquent.

Pour la vertu ton âme est sans étoffe ► Julie a fait dans tes bras un enfant.

Tel en couvraut une sage jument, Epris d'amour, un cheval philosophe Fait un poulain très-vertueuseraent.

Dans un palais, où l'orgueil canonique Couronne en paix, des sueurs de Jésus, Du vieux Lambert le faste évangélique, Jacques et le saint sont déjà descendus. Au fier prélat saint Vaast tint ce langage: "Vois-tu, Lambert, cette bête sauvage!

C'est un enfant du docteur Robinson.

A ses leçons, l'imbécile Beaumont N'a pu répondre, et sa grandeur enrage. Pour toi, mon fils, sois plus juste, plus sage. Ne brave pas ce sauvage éloquent!

Ainsi qu'Antée il est fils de la ferre- En combattant sur le sein de sa mère, Craint-il Christophe ou son fier mandement ? Pour l'étouffer il faut les bras d'Hercule,| Et monseigneur est un nain ridicule,

O cher Lambert! sois pacifique et doux, N'écoute plus les conseils du courroux, Orne de fleurs ta crosse apostolique.

Tiens en tes mains l'étendard politique^

Laisse danser le plat Artésien.

^ é sans esprit, ce peuple aime la danse. Si mainte fille y perd son innocence, C'est une fleur, cette perte n'est rien. Cours aux autels offrir Ion sacrifice ! Au chant du corj, notre libératrice A a dans Arras ramener le bonheur.

Une chandelle, en sa main bienfaisante, Ecartera de sa flamme puissante La pâle mort, la fièvre et la douleur.

Toi que Phœbus et Lucins ont fait naître Pour embellir leur absence et les cieux; Toi, que le Maure avant nous vit paraître^ Et que la Perse adore avec ses dieux, Accours, aurore, et répands ta lumière ! Poursuis la nuit dans sa sombre carrière; A icns nous montrer un spectacle étonnant. "N ingt tonsurés, de leur moelleuse couche Ont délaissé le repos séduisant.

En te quittant, sur ta bridante bouche. Le chantre, Jeanne, a scellé son amour. Un grand vicaire... au clKEur avant le jour? Y penses-tu? disait la jeune Elise ; Quoi, de mes bras, pour courir à l'église, l/ingrat s'échappe! à ma bouillante ardeur Képonds au moins, donne-moi la pitance, Et puis après, va, si tu veux, au chœur... Comment, vingt ans de soin et de constance^ Trente rivaux immolés à ton cœur, N'arrêteront la fureur désolante l)'aller chanter les hyjunes du seignciu:! Ainsi criait une vieille servante,

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Dont le doyen, lunettes sur le nez, Chômait encore les appas suianés.

Quoi, si matin ! veux-tu gagner un iluune:' Disait Suson, clans les bras du prévôt ; D'aller au chœur, rèprends-tu U coutume? Un prébende doit-il être dévot!

Au sacristain laisse cette rubrique.

Comment Lambert, ce prêtre fanatique, Fait-il sonner Toffice avant le jour?

Que ne va-t-il résider à la cour !

Est-ce sa fête ici qu'on solennise?

Quoi! ton prélat ferait-il son métier?

Connaîirait-il les dedans d'une église?

C'est le devoir d'un sot pénitencier.

Malgré les cris de trente gouvernantes, Du vieux plain-chant les notes discordantes , Tremblaient déjà sur les vitres du chœur. Depuis minuit auprès de monseigneur, A deux genoux Jérôme et son confrère, Les yeux au ciel, le cœur en oraison, Hâtaient les chants du fier Alectryou,

Dans l'air ému l'on entend le tonnerre, Le veut augmente, on sent trembler la terre, L'orgue ébranlé bourdonne en frémissant:

Fausset, basson, haute -contre, serpent, K'ont plus d'accords : la basse, sans cadence, Tremblante aux coups d'un archet incertain. Ne soutient plus les cJiantres du lutrin. Maître Grégoire, homme d'expérience, Dont le long nez iiasille en faux-bourdon, Trois fois au chœur veut rendre l'unisson ;

Mais c'est en vain, l'affreux tonnerre augmente» L'église s'ouvre. On aperçoit soudain Des cieus parés la voûte étincclants:

Sur les genoux d'un brûlant Chérubin, Du Tout-Puissant descend l'aiu:;uste Mèvc; Une chandelle éclate dans sa main; Du Saint-Esprit l'abondante lumière Du haut des cieux rayonne sur son sein.

Chantres gagés, cessez votre harmonie!

Ce gros plaia-chant élourlit le Seigneur. Prosternez-vous à l'aspect de Marie; De son triomphe adorez la grandeur!

Lévites saints, dont mon fila est le père, A'encz jouir des fruits de ma bonté!

Du Dieu vivant je suis l'auguste mère, Et mon sourire ouvre l'éternité.

JusquL's aux cieux vos ciis se font entendre, Pour vous sauver l'amour me fait descendre. Ne craignez plus la fureur du trépas; Contre ses traits j'apporte une chandelle Qui toujours brûle et ne s'éteindra pas. O toi, mon fils! mon serviteur fidèle ! Avance, Jean, et reçois ce flambeau, Fais-en tomber cpielques gouttes dans l'eau ; Ceux qui boiront celle onde salutaire, Des feux ardens guériront aussitôt.

Mais l'esprit fort, le pécheur téméraire, Qui douteront de son effet puissant, Seront punis de mort au même instant.

Disant ces mots, sur les genoux de l'ange. Au bruit confus des concerts de louanges,

Marie au ciel remonte gravement.

Toi, que le temps démolit en silence, Religion faite pour les enfans, Qui veut briller à notre intelligence En éteignant le flambeau de nos sens, Du sanctuaire où ta voix nous appelle, Viens nous montrer cette sainte chandelle Qu'allume encor la superstition!

L*Artésien, avec dévotion, De tous côtés vient signaler son zèle, De Saint-Omer, Mathurin du Haut-Pon, Depuis long-temps à ton culte fidèle, A tes genoux accourt avec les siens.

Du vieil Hédin les fiers paroissiens Viennent t'ofFrir leur figure importune.

Bapaume, Lens, Lilliers, Aire, Béthune, Viennent te rendre un immortel honneur.

Courant fêter la chandelle divine, A son amant plus d'une pèlerine, Laisse cueillir son innocente fleur:

Avec Colin, Lise gaîment couronne Son lourd mari des lauriers d'Atéon; Près de Lubin, la volage Fanchon, Goûte en allant les douceurs de Latone; Pan dans les bois veut instruire Erigonc, La nymphe rit et fuit à sa leçon.

Le vieux Silène accompagne la troupe, Bachus du ciel leur apporte sa coupe ; On boit, on chante, et les jeunes Sylvains, Avec grelots, sifflets et tambourins.

Autour d'Eglé faisaient mainte gambadq ; Un Faune épais dans sa main tient la croix;

(Vl.UlJ.//.- ,/l///U.f

Et clans Arras la sainte mascarade Entre à l'instant aa bruit de mille voix.

Abbé charmant, aimable saint Sulpice, Que faisiez-vous dans ces momens douteux* Près de Sophie, à côté de Clarice, De mille fleurs vous orniez leurs cheveux. Ah ! parfumez le sein de ces bergères ! Un jeune enfant ! de ses ailes légères Vous a prêté le volage secours; Ainsi que lui, trompez toutes les belles, Et promenez vos ardeurs infidèles; Est-on constant dans l'âge des amours ! Ne suivez point cette vieille sagesse, Qui veut encor respecter un fichu; Abandonnez la divine tendresse, Qu'inspire aux sots une austère vertu:

Vous n'allez pas à la sainte chandelle Chercher le feu qui brûle votre cœur.

Le feu du ciel est constant, plein d'ardeur: Abbé, le votre est toujours infidèle.

ClIAIXT XV.

Fan^pain enltTe la ChandrlU d' Anas ; on la retrouve clan» son gr«nier ; la procession de la caiiite chaiidell'*.

Vers un sentier qui mène à l'hôpital, Paraît un mont ; au pied, une fontaine ;

Sur le sommet, un vigoureux cheval ;

L'onde qui coule est l'eaa de l'Hypocrèuc,

Et le cheval, l'Apollon de Fiéion.

Un laurier vert que la foudre environne,

Croît au milieu de cet aride mont.

l.e Dieu des vers, de ses branches couronne

Les chants d'Horace et ceux de Fenélon.

La main du Temps, sur son auguste tronc,

Y suspendit la trompette d'Homère,

Entrelacée aux fleurs d'Anacréon.

Elle y posa le clairon de Voltaire

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