t le cornet à bouquin de Milton
Orné des fleurs dont vous parez Glycère, Je vois, Bernis, briller votre chapeau ; Et pour vous seul sur ce double coteau, J'entends chanter les moineaux de Cythère. Virgile, aux pieds d'Eulerpe et des Saisons, Le front couvert de vos roses lyriques, Présente aux dieux ses belles Géorgiques, Que votre muse unit à nos chansons.
O mont sacré! ton heureuse fontaine Mêlait ses eaux à For du vieux Plutus : La main des dieux est celle de Mécène Donnaient des prix aux travaux de Phébus; Et jusqu'aux champs qu'arrose la Durancc, Le chalumeau des grossiers troubadours Etait orné des (leurs de l'abond mce.
Ce temps n'est plus! les vents de l'indigence (3nt désolé let chantres de nos jours.
La faim habite avec eux le Parnasse, Et les talens <lo Catule et d'Horace
Sont mis aux fers sous des dieux rigoureux.
O rois vainqueurs ! arbitres de la terre !
Prenez pitié des morlels malheureux !
Sur les euilroils où tombe le tonnerre,
Le ciel jamais fait-il n dtre des lleurs?
Par des bienTaits méritez nos hommages;
Nos chants divins peindront aux yeux des âges,
La paix» l'amour, et les dons généreux
Dont l'Eternel embellit ses images.
En quinze cent, sur ce mont périlleux
A ivait, dit-on, un poète fameux ;
Sanspain était le nom du malheureux.
L'aQVeuse faim, dans ses mains désolantes^ Avait détruit son robuste erabompoint.
Saturne avait de ses ailes pesantes, Frotté trente ans son aride pourpoint.
Le dernier siècle avait fait sa culotte ; Son caudebec était une auecd?tc Des jours naissans du bon vieux roi Guillot. Trente-deux trous, sur ce feutre gothique, Très-bien comptés, formaient l'éj)oquc anli(|UC' D'autant de rois fameux dans PYvctot.
Pour son bonheur, ce célèbre lyrique Très-peu croyait à la foi catholique, F-t doutait fort du bon enfant Jésus ; Sa sainte mère, à sa muse critique, Servait souvent à faire maint rébus:
Le dieu des vers fut toujours incrédule. Perse, Térence et Plaute, sans scrupule, i Jut persifflé les dieux du temps passé, Si Dieu mourut comme Rome l'assure, Si àouâ Tibère il souifiit la torture,
Fant-il en rire? O rimeur insensé !
Laissez en paix un pauvre trépassé.
Un jour Sanspain, il était près d'une heurcy Encore à jeun sortit de sa demeure, Et dans le temple où la chandelle était, Cherchant la rime, entra d'un air distrait. Là, Bxement il lorgne avec surprise Quelques momens le sacré lampion:
Tel vers Horeb, à l'aspect d'un buisson Toujours ardent, le farouche Moïse Fut près d'une heure en admiration.
Sanspain, ayant bien parcouru l'église, Et se trouvant isolé dans ce lieu.
Tel que Fantin sur les pieds du bon Dieu, 11 s'empara de la sainte chandelle :
Parbleu, dit-il, la trouvaille est fort belle. Point n'ai d'argent, encor m ins de crédit J Ce lampion, pour composer la nuit, Me servira ; sous sa sainte lumière, Mes vers plus doux, plus coulans et moins froid*, Eclaterons comme le feu grégeois.
Dans un ré(hut voisin d'une gouttière, Où se tenait le synode des chats, Jl emporta la Chandelle d'Arras.
Le vol bientôt se répand dans la ville. Le magistrat, le bourgeois imbécile.
Sur ce sujet bavarde sans esprit.
Arras, privé du sacré phénomène.
Est agité; monseigneur est contrit; Tout est en pleurs : l'enlèvement d'Hélène Anciennement ne fit pas Uni de bruit.
On cherche^ on furte, on accuse, on raisonna ; Pour le trouver chaque prêtre se donne Bu mourement : on découvre à la fin Le luminaire au grenier de Sanspain.
On le reprend, et pour venger l'injure Faite, dit-on, au Dieu de la nature, L'auteur, saisi par dix hallebardiers, K'habite plus qu'une prison obscure:
Car dans ce temps l'on brûlait les sorciers, Et maintenant les gens qui savent lire.
O roi David! dont la divine lyre Chanta Sion, la vérole et les cieux:
L)e ces accords qui charmaient les Hébreux, Et que Jérôme a mis en mauvais style, Viens seconder les transports d'une ville ! Pour retrouver le sacré lampion, Arras va faire une procession.
Sous l'étendard de la vierge Marie, Du carnaval la troupe est réunie.
Au haut d'un bois Gché par trois grands clous, Pliant la tète et courbant les genoux, Premièrement venait l'Etre suprême :
Un capucin, aux yeux creux, au teint bleuie, Modestement portait le sacré bois:
L'ne catin, à côté de la croix, -., — 1
De Madeleine offrait la tendre image : /
Tétons ûamands remplissaient son corsage; ^ Sa belle gorge et son regard fripon Faisaient honneur à la procession.
Le bon larron et son vilain confrère, L'un figuré par un tailleur austère,
Et le méchant par im dur procureur.
Venaient ensuite, en louant le Seigneur, Pompeusement arrangés sur deux lignes, Venaient le corps des capucins indignes : Barbe de chèvre entoure leur menton, Leur crâne ignoble est sous un capuchon, Ce long tuyau leur tombe sur l'échiné; A leur côté pend un lâche cordon.
Fils de François, vénérable vermine!
De vos beautés vous charmez les passans; L'éclat du jour, le feu des diamans, La pourpre, l'or, la douceur de l'Jiermine, N'égalent point vos pompeux vêtemeus.
Du vieil Elie arrivaient les enfans :
Leur froc épais, de leur chaude cuisine Sentait encore la fumée et l'odeur ; En vieux plaint-chant ils célébraient en chœur Du Mont-Garmel les beautés éternelles. Vingt cordeliers, les yeux sur les pucelles. Pour s'exciter à la componction.
Dessous leur froc, avec dévotion.
De temps en temps soulevaient leurs chandelles Trente porcs gras, vêtus en jacobins.
Faisaient jouer le grelot du Rosaire.
Fiers d'être sots, trente génovéfains Se pavanaient en lisant leur bréviaire.
A leur côté brillaient les théatins, Les récolets, les pètes augustins.
De saint Bruno les moines solitaires Venaient ensuite; ils portaient les myslcres, liCs in.^trumcns dont à la Passion
S'étaient servi les llomaiiis témrraii os Pour tourmenter le luiîîre de Sion.
D'un gros abbé la douce chambrière Portait le corj qui chanta pour saint Piene, Quand chez Caiphe, assis au coin du feu, il renia correctement son Dieu.
La prcbendée était une matoise, Dévote au ciel et robuste en amour, Pour son plaisir, elle aurait dans un jour Fort bien porte les coqs de sa paroisse. Hector, valet d'un cLonoine joueur, Tenait les dés, avec quoi du Seigurur, A adeboncœur, Sansquartier, la 1 ulippe, Avaient joue certaine vieille nippe.
Le bon Jésus, pour un grand souverain, Ktait fuit pauvre, et comme un autciu- nKii;^i< , JI ne portait qu'un habit d'«'crivain.
Dans un (lacou, un gros bénédictin Tenait le fiel ; un chailreux, le vinaigre; Le fier Chaumeix représentait Judis ; Maître Fréron, le voleur Barrabas ; Et puis venaient saint Denis, sainte 3eanne, Qui par Chandos fut troussée autrefois, Et dont l'honneur amoureux et profane, Fut conservé, nous dit-on, douze mois, Pour le livrer le treizième à son âne. Très-bien monté sur un cheval de bois, Venait saint George, après lui saint François, Le sacré Cceur, sœur Marie Alacocjue, Saint Augustin, lismlle Soliloque;
Saint Inigo, le plus bête d'entre eux , Quoique chassé du ciel et de la France, Voulait encor prouver son innocence, En rajustant son cas dur et honteux.
Le crâne orné d'un soufflet nommé mîtie, Venait Lambert, suivi de son chapitre.
A ses côtés, avec dévotion, Jérôme et Jean jouaient du violon.
Le magistrat escortait la comtesse, Qui de l'Artois était alors maîtresse:
C'était Méhaut, dont la douce équité Paisiblement gouvernait la cité ; Son sceptre heureux est le sceptre d'Astrée, Et ses vertus celles du temps de Rhée. Sur ses genoux le bonheur est assis j De ses bienfaits il ori.e son pays.
Pour seconder l'Artésien fidelle, Méhaut portait la divine chandelle.
L'éclat des cieui n'égale pas son teint ^ En la voyant, on connaît la tendresse ; Le sage même, aux charmes de son sein. Sent qu'il est homme, et chérit sa faiblesse.
Louant le ciel, et bénissant l'amour, Le carnaval au temple est de retour ; Des belles mains de la jeune princesse, Lambert reprend l'auguste lampion; Et donne avec la bénédiction.
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