‹ La chanoinesse, 1789-1793Chapitre 15 sur 17 · LE CHAMOIS · texte numérisé non relu

LE CHAMOIS

Il chercha sa main sous la cape brime, la saisit et ne la quitta guère plus.

La carriole roulait maintenant vers Consenvoye, entre deux talus boisés. La route était solitaire, mais on y rencontrait à chaque pas de lamentables épaves de l'armée en retraite : affûts de canon embourbés, chariots brisés, hideuses carcasses de chevaux , pâles cadavres de soldats pourrissant sous la pluie. Le cheval se cabrait et reculait. Baujard était obligé de descendre et de le tirer par la bride. A l'orée du bois l'horreur s'accrut encore. De nouveau le cheval fit un brusque écart et Hyacinthe aperçut au bord de la route une masse noire de fourgons et de chevaux attelés. Elle crut d'abord à quelque embuscade et se serrant près de Baujard :

— Nous sommes perdus! murmura-t-elle.

La lune qui se dégageait des nuages éclaira en plein cet étrange convoi, et les voyageurs contemplèrent avec un frisson d'épouvante un spectacle sinistre et macabre : les chevaux, rigides entre les brancards, se tenaient les uns debout, les autres agenouillés, le naseau appuyé à. l'arrière-train du fourgon voisin. Rien ne bougeait, mais les croupes étaient tailladées par le bec des corbeaux, et une écœurante odeur de putréfaction s'exhalait de cette file de fantômes que la mort avait pour jamais immobilisés.

— Ce ne sont que des cadavres, dit Baujard en fouettant sa bête qui partit au grand trot...

Quand ils atteignirent le pont de Charny, le jour se levait, gris et mouillé de bruine. Tout à coup, à

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