‹ La chanson d'EliacinChapitre 21 sur 26 · LE VIVIER · texte numérisé non relu

LE VIVIER

Asseyons-nous près du vivier d'or et de marbre, A l'ombre de la foule et du grossier soleil, Et regardons passer, comme au fond d'un sommeil^ Les poissons clairs entre les fantômes des arbres.

On ne les compte plus ; tumultueux, ils vont Serpents, joyaux, désirs et nudités songeuses. L'eau pleine d'eux répand son odeur poissonneuse Et notre main s'y mêle aux boucles des tritons.

Mais vois-tu, par l'été, l'onde lourde qui baisse,

Où notre bonheur fut de sentir nos reflets.

Le brutal et l'ardent triomphe de juillet

Boit l'eau du songe et veut de charnelles caresses I

Nous ne viendrons plus là, chaque jour, longuement, Et nous ne suivrons plus muets aux balustrades Les poissons à la même et belle promenade, Argentée de la lune ou pourprée du couchant.

Et bientôt dans l'eau brève ils ne pourront plus vivre. Nous entendrons lutter leur grouillement épais, Et nous saurons au jour qu'ils sont visqueux et laids. Nous qui penchions vers eux mollement notre âme ivre

Et notre désespoir tuera vos voluptés 1

Et nous chancellerons devant notre infamie.

Quand de tous ces beaux corps, pourrissante et blêmie'

La mort éclatera qui crie la vérité !

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