‹ La chanson d'EliacinChapitre 22 sur 26 · COURTISANE · texte numérisé non relu

COURTISANE

Mes yeux ont rencontré la topaze immortelle, Où je pourrai blesser mon cœur éperdument. Passe au long d'un cortège innombrable d'amants : C'est en mon lit d'espoir que tu fus le plus belle ! Quand ma lèvre insolente et rouge a dédaigné De joindre ses accents divins aux voix qui clament Ton nom qui nomme tout, ce fut pour mériter Un regard de mépris qui foudroyât mon âme Et pour goûter la joie des mendiants chassés ! J'emporte tièdement ma douleur dans mes bras, Orgueilleuse et qui te ressemble, au soir, là-bas... Où l'éveillant avec le jour mélancolique, M'enivrant dans la nuit de ton immensité, Mêlant mon mal obscur aux couchants révoltés, Je souffrirai par toi de splendides musiques 1

FRAGILITE

Et c'est un fruit tremblant aux vergers de l'automne Que mon cœur dans le soir, et qu'ébranlent les vents. Il craint de choir parmi le parterre enivrant Des fruits trop lourds que les gazons morts environnent.

Un jour il tombera, cédant aux voluptés Oui font comme un tapis de chair ardente et triste. Si tu ne cueilles pas mon désir qui résiste, Avec tes mains printanières dans l'été.

O viens, candide et franche et couronnée de Mai ! Emporte-moi sur tes lèvres vers ta demeure, Où sensuelle et calme et chaste coule l'heure, Loin des Septembres roux et des jardins épais !

Mais ma frayeur c'est bien vainement qu'elle crie, Et tu demeures loin, et les chemins sont morts, Et je n'espère plus, et je vois les fruits d'or Dont monte étrangement l'odeur douce et flétrie.

ÉLIAGIN CHANTE

A toi seul, ô mon Dieu, j'avais appartenu. Ma chair sainte ignorait l'approclie des passantes ; Mais mon âme est, Seigneur, une fille galante. Lâche prostituée hantée de désirs nus !

Le soin de ta maison journellement m'occupe. Le mal angélique et déchu qui m'a blessé, A quel moment a-t-il surpris, a-t-il mêlé A son sein ténébreux une âme aussi caduque ?

Mon remords se corrompt à baigner dans mes yeux. Délivre-moi, Seigneur, de mes terribles cieux. Vois sous ton manteau pur mes brûlantes guenilles.

Aux lèvres aperçues, mon cœur s'est souvenu.

Je meurs, te suppliant, de baisers inconnus

Et de troubles regards qui cherchent sous les grilles.

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