DEMI-SAISON
Ce ne sont pas encor les mois flétris d'automne Et pourtant ce n'est plus l'été. L'été est mort Et, très lasse accouchée, la terre rousse dort ; L'air vague a le silence attendri d'une nonne.
La moisson faite aligne aux champs ses blonds tombeaux. L'odeur du grain mouillé dans le matin circule. Le jour est tout entier pareil au crépuscule. Le vent a la douceur des femmes aux berceaux.
On sent comme un arrêt du temps^ comme une attente. Dans un demi-bonheur mal sûr on se tient coi... Mais qu'on est triste cependant, triste... pourquoi ? On est auprès d'une malade languissante.
La chambre ardente aux murs profonds, au grand ciel gris.
Guette l'arrivée du vent d'agonie. On prie
Pour la vieille saison qui, sans mutinerie,
Va passer tout à l'heure ou demain dans un cri^
Et qui n'a plus que quelques roses à ses joues. Les regards attristés tombent comme des pleurs, Des plaintes par les prés font d'invisibles chœurs^ Et dans mon cœur de tristes violoncelles jouent.
On entend par moments la rabâcheuse voix Des geais dans les genêts... une odeur funéraire Monte des fleurs vers toi, lit déjà mortuaire. Les sapins, longuement, hurlent aux lointains bois.
Un soupir étouffé a secoué l'espace...
J'écoute tout là -bas l'écho sans fin, sans fin. Du feuillage encor vert qui médite sa fin...
Une feuille morte au bec, un corbeau passe.