‹ La Chanson de Geste de Garin Le Loherain mise en proseChapitre 2 sur 4 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Les chose ancienement advenues samblc à aulcunes personnes bien estranges et quausy incredibles, parce qu'ilz ne pensent point à la fondacion d'icclles, et la cause cornent ycelles choses peullent estre faictes et aduenues, Et quant du fait des anciens ilz oyent pairler, ilz disent que se sont faubles ou trovécs. Mais je dis moy que en ce présent livre n'y ait guerre de chose, tant soit estrange et difficille à croire, que encor ajourd'ui ne ce faicent bien chose plus men'eilleuse selon le tempts qui court, et selon la manière de faire que nous avons à cest heure, tant en guère comme aultrement, au regairt de la manier de faire qu'ilz avoient anciennement. Et encor davcntaige je dis que s'il eust esté possible qu'en celluy tempts anciens et passeis l'on eust troveis par escript vue cronicque des gueres et baitailles que maintenant ce font et des grandes tueries c'on y fait tant, en artilleries comme aultrement, il n'y eust heu homme pour l'heure qui l'eust vollu croire et qui n'cust dit que c'estoit menterie. Et au regairt de ce que

la belle Beautrix, fille au roy Hutasse de Tir, fut prinse et ravie comme cy après serait dit, ce n'estoit que chose toute commune pour celluy tampts de ainsy faire Et trove l'en moult d'aultre histoires qui en font mencion, comme il avint de la belle Hellainne ès histoires de Troies, et en Titus Livius au fait des Romains, en Ovide de Meteamorphoze, et en plusieures aultres. Mais en laissant lesdictes cronicques et histoires, que l'en polroit dire estre apoucriffe, jay ce que moult d'istoriograffe en aient escripts et en font mencion, sy aveis vous bien en la saincte escripture et en la saincte bible au XXe chaipitre, comme Sichem, le filz Emor, ravit et etforsait Dine, la fille de Jacob et de Lya, de quoy moult de mal advindrent, Car Simeon et Levy, dequelle saillit la lignie sacerdotalle, les deux frère de Dine, en prindrent cruelle vangeance. Oultre plus de cest presante cronicque, moult de chose s'en monstrent eucor aujourd'uy, tant de la sépulture à duc Hervy, lequel gist en l'église et monastère de sainct Arnoult devent les pourte de la cité de Mets, auec plusieurs aultres de leur lignies, et de la sépulture de la belle Beautris sa femme, qui pareillement gist ou cloistre du dit monester, comme aussy du Lhorains Guerin, que gist au grant moustier de Mets tout enthier en vng sercus de pierre hault elleveis, et le peult on veoir, comme cy après serait dit. Pareillement voit on encor le gerdin et le lieu anciennement fabriquez, fors que du nueuf ouvraige que puis peu de tamps l'on y ait refîait, là où fut prinse la dicte Beautrix, lequelle gerdin est auprès de l'église Nostre Damme aux Champs devent la dicte cité de Mets. Et pour ce, je Philippe de Vignuelle le marchamps, à l'honneur de Dieu et de la cité, ay heu délibéré de meistre la dicte histoire de ancyenne rime et chausson de geste en prose par chapitre, et au plus brief que j'è peu ne sceu. Et la cause pourquoy que l'istoire est de grant excellance et merveilleux fait d'armes, laquelle se lessoit du tout à lire et n'estoit quasy plus mémoire d'icelle, parce que moult de gens n'entendoient pas bien le langaige de quoy l'on soulloit huser, ne ne prenoient plaisir à le lire, pour l'anciennetey dicellui, et weullent les gens de maintenant avoir chose abrégée et plaisante, car les esperit deviengne tout les jours plus agut et soubtille. Pour ce aduertis à tous les liseurs et auditeurs d'icelle histoire que moy l'acripvains l'ais abrégées, et que partout là où vous trovaireis ainsy escript « pour

abregiés, >) quant ainsy trovereis lisant, c'est à dire qu'il y ait en l'ancienne histoire quelque grant procès de parolles inutille, lesquelles j'ay lessié pour éviter prolixitey. Et pour ce, je, Philippe dessus dit, prie et supplie à tous les lisant et audicteurs d'icelle, que mon ignorance weullent supporter et corrigier les faulte que y sont, car je ne suis pas esseis saige ne lestrés pour cy haulte ewre entreprandre, et ne l'ait fait sinon pour mon plaisir et paisse tampts.

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