COMMENT JEHANNE SUBIT A POITIERS DOCTE ET PÉRILLEUX INTERROGATOIRE
Avec le Rôî, tout comme une princesse, La pastourelle entend la sainte messe, Pendant que le beau seigneur d'Alençon Lui sourit d*une amicale façon, L'œil curieux et la tête penchée ; Puis elle fait superbe chevauchée Devant le duc et Sire le Dauphin; Et Ton dirait un gentil séraphin daracolant aux plaines éternelles, Tant elle court, ainsi. qu'avec des ailes, Sur le fougueux cheval au col fumant.
— Je te le baille, a fait le duc charmant.
Il te sera bon coursier de bataille, Qu'il soit nourri de luzerne ou de paille ; Car il est brave et bellement pareil A ce cheval harnaché de soleil, Qu'entrevit saint Jehan, roi des apôtres.
Mais le Dauphin a dit :
— Ça ! paix, vous autres !
Dieu, bergerette, est le seul grand savant.
Il ne t'est dû de guerroyer, avant 0' avoir subi docte interrogatoire.
Tu m'es plaisante et j'ai soif de te croire Venue à moi sur un ordre d'en-haut; Mais, pour sacrer ma fiance, il nous faut Arrêt d'Église en forme nette et claire.
— • Oui-da ! j'aurai, dit-elle, fort à faire !
Lors la pastoure est allée à Poitiers
Où les grands clercs, pendant huit jours entiers,
Le verbe lent et la phrase adornée,
L'ont tous ensemble et chacun retournée
Gomme autrefois saint Laurent sur son gril.
Sont là présents Seguin, moine subtil, Tête de fer sous capuchon de bure ; Jourdain Morin à la parole dure ; Le Chancelier, archevêque de Reims; Maître Jehan Lombart, calé des reins Dans son fauteuil ciselé d'armoiries, La voix chanteuse et les lèvres fleuries; L'évêque de Poitiers, tout en granit; Lemaire, habile à prendre caille au nid, Le dos voûté, l'œil voilé, la main grasse; Turrelure, homme éloquent et sagace; Madelon, probe et sévère censeur; Machet, prélat de Castres, confesseur Du jeune Sire et non point sans besogne; Maître Aimery qui gesticule et cogne Sur son genou comme avec un bâton; Erault qui porte en son crâne, dit-on.
Tout le latin de cent bibliothèques; D'autres encore, et tant moines qu'évêques.
Le dernier jour, en le soleil tombant, Comme Jehanne était là, sur son banc.
A regarder, dans sa très pure gloire, Le crucifix ouvrant ses bras d'ivoire, Maître Aimery s'est exclamé :
— Pourquoi Vous êtes-vous fait mener chez le Roi ?
Très doucement, debout et point troublée,
Jehanne a dit la vision ailée,
L'arbre, les Voix dans les rameaux tremblants.
L'autel avec les bouquets delys blancs,
L'invasion, le bercail sans agnelles.
Les angelets du ciel battant des ailes
Tout ainsi que papillons dans les fleurs.
L'oncle, ,Burey-le-Petit, Vaucouleurs,
Sire Robert de Baudricourt qui raille,
Les Bourguignons dispersés sans bataille.
Dans les bois où l'oiselet se blottit,
Et qu'il avait fallu qu'elle partît.
L'âme dolente et les yeux gros de larmes.
— Mais alors point n'est besoin d'hommes d'armes, Si vous venez de par le Roi des cieux ?
«-* Les bons soudards, qu'ils soient jeunes ou vieux. Batailleront : Dieu donnera victoire.
Frère Seguin a crié :
— Voire! voire î Mais croyez- vous en Dieu, répondez-nous?
— Moine méchant, peut-être plus que vous !
— Vous nous contez paraboles étranges.
Adonc les saints, Notre-Dame et les anges Vous ont parfois tenu propos subtils ?
En quelle langue au moins vous parlaient-ils, •Grecque, latine, espagnole ou quelque autre ?
— Une, ma foi, meilleure que la vôtre!
Maître Jehan Lombart, clignant de Tceil, S'est tortillé de joie en son fauteuil.
Et tous ont ri dans Tauguste assemblée.
Vu que ce moine à la verve endiablée Parlait françois en pacaut limousin.
DE JEHÂNNE DABC 143:
— Sî Dieu, faît-îl, a vraiment le dessein De nous sauver par votre ëpée insigne, Révélez-vous, faîtes miracle et signe !
— Je n'ai point à me révéler céans ; Mais menez-moi sous les murs d'Orléans Avec soudards ayant lame effilée ;
Et, quel que soit le nombre ou la mêlée , Je vous ferai, s'il le faut, dès demain, Signe éclatant, les armes à la main !
Lors un évoque aux gestes lents et graves :
— Ecoute-moi, fillette, tu nous braves !
Je fus jeunet, tu n'as que dix-sept ans^ Et mon hiver est tendre à ton printemps, L'âme des vieux étant dans leur sourire ; Mais, entre nous, puisqu'il faut tout te dire, Tes pauvres pieds seront bien vite las.
Tu vas, tu n'es qu'une ignorante, alas !
Or, tu devrais, même si Dieu t'envoie, Ne pas marcher tant fière dans la voie Où plus d'un grand savant a succombé .
— Oui, je ne sais vraiment ni A ni B ; Et toutefois je sais bien une chose i C'est que j'irai, la porte bée ou close, Dans Orléans avec mes angelets; Son noble duc, libéré des Anglais, Nous reviendra sur la vague gentille ; Le Roi, sacré devant Tàutel qui brille, Reconquerra sa ville de Paris,
Les Lys étant à jamais refleuris ; Car nous vaincrons par le Christ et Marie, Tant qu'on verra sur la plaine fleurie Mon étendard joli se déployer.
Et, comme tout près d'elle un écuyer A remué sa lance qui la frôle, Jehanne a dit, lui frappant sur l'épaule :
— Voilà du moins un homme toujours prêt A guerroyer et comme il m'en faudrait!
L'homme a dressé la tête et souri d'aise.
Dans le jour bas, rouge comme une braise, La vitre luit, la salle resplendit.
Jehanne allait s'asseoir, ayant tout dit Comme autrefois la sibylle hagarde ; Mais, s'approchant d'Erault qui la regarde, L'œil clignotant sous les cils mal levés :
— Maître, empoignez votre plume, écrivez :
« Suffolk, Lapoule, en nom Dieu, je vous somme
De retourner dans l'Angleterre ! »
Et comme Si la bergère eût été Jésus-Christ, Le docteur a docilement écrit.
Adonc, debout et les mains tôt croisées, Le vîeilévêque a dit :
— Trêve aux risées !
Louange à Dieu dans le ciel rayonnant !
Maître du ciel, nous savons maintenant.
Nous dont vers toi la prière s'élève.
Que cette enfant, belle comme son rêve.
Mérite d'être au service du Roi, Ayant reçu de son cœur et de toi Charge et pouvoir de sauver douce France !
Lors s'inclinant en humble révérence, Non sans rougir comme rose d'avril, La pastourelle a dit :
— Ainsi-soit-il !
ou JEHANNE PAIT AUX ANGUAIS PROPOSITION DE PAIX OU DE GUERRE
Toute pensive et les yeux gros de larmes, Jehanne dicte, au vaste bruit des armes, Tant noble appel que c'est victoire ou mort :
— Roi d'Angleterre et vous, duc de Bedford, Qui répandez vos troupes aguerries Emminos bois et nos vertes prairies, Vous tous aussi, soudards d'un chef cruel.
Faites raison au puissant Roi du ciel!
Je viens de Dieu, car je suis la Pucelle.
Rendez les clés avec la citadelle Aux habitants que vous avez volés .
148 LA CHANSON DB JBHANNE DARG
abeur, en des jours tant troublés, er justice et délivrance, ^te à la paix; mais laissez France.
3tez sur les terres du Roi, ^rez des nouvelles de moi ; face et non point par message, vous, à votre grand dommage:
: tous l'un après l'autre occis ;és sans trêve ni sursis, eu, tant prié sous le chaume, ; point qu'on touche à son royaume, phin, véritable héritier, : seul et Taura tout entier, où belle compagnie it de punir félonie.
rouSf sinon soyez tremblants !
Lura coulé depuis mille ans sang sous les hautes murailles, errons aux coups dans les batailles a bon droit et bon secours. »
3ille a sonné sur les tours.