‹ La chanson de Jehanne DarcChapitre 15 sur 34 · CE QUE FAIT MAITRE HAUVES POULOIR EN LA BONNE VILLE DE TOURS · texte numérisé non relu

CE QUE FAIT MAITRE HAUVES POULOIR EN LA BONNE VILLE DE TOURS

L'œil radieux sous le front qui se penche, Çàî que peins-tu sur cette étofiPe blanche, Maître Pouloir, imagier du Dauphin ?

— J'ai peint d'abord, tout en bel argent fin. Un vol de lys dans la lumière blonde :

Je les ai fait transparents comme une onde, Rosés de cie.l sous l'aube qui renaît.

Tant je voudrais que doux papillonnet Y reposât le frisson de ses ailes, Les ayant pris pour choses naturelles.

— Après les lys, qu'as-tu donc peint encor?

— J'ai peint Jésus tenant le globe d'or Entre ses doigts qu'un peu de brume voile :

Je l'ai fait doux comme un lever d'étoile, Calme et rêveur comme une nuit d'été,

Les cils mi-clos, baignés d'une clarté.

Dans le joli balancement des franges.

— Est-ce tout?

— Non, j'ai peint aussi deux anges Tout prosternés devant le Dieu vivant.

L'un joint les mains, l'écharpe , et l'aile auvent L'autre sourit, pâle de songerie.

Les doigts épars dans la lyre qui prie ; Et chacun d'eux porte un lys argenté.

■ — Ne peindras-tu rien sur l'autre côté?

— J'y croiserai, peinture ou broderie.

Le nom du Christ et celui de Marie.

— Que feras-tu, pour l'ivresse des yeux.

DE JEHANNB DARG 153

De cette étoffe aux mignons plis soyeux.

Quand tu Tauras toute brodée ou peinte ?

— Nous en ferons une bannière sainte Qui volera comme un grand oiseau blanc , Les bûcherons au geste rude et lent Ayant taillé pour elle dans Térable Hanipe solide, auguste et vénérable Autant que lance au poing de sire Ogier.

— Seras-tu fier, dis-nous, bon imagier, De ton labeur sacré, visible en elle?

— Je la voudrais belle, toujours plus belle, Dans le prodige, au delà du réel !

Si j'avais pu, j'aurais, voleur du ciel, Sans un effroi dans l'âme et sur la face, Dérobé l'or des soleils dans l'espace Pour le broder en symboles dessus ; Et je suis sûr que Messîre Jésus, Témoin pensif accoudé sur la nue.

M'eût accordé, mon heure étant venue, Un petit coin dans son paradis bleu ; Car, dès demain, s'il plaît toujours à Dieu,.

Cette bannière où le Lys étincelle Flottera, libre, aux mains de la Puceîle Qi^i, chevauchant par les fossés béanxs, Délivrera la cité d'Orléans.

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