COMMENT JEHANNE REÇOIT NOUVELLES DE SA
Seule et souvent songeuse à la fenêtre, La vierge attend l'ordre du Roi chez maître Jehan Dupuy, digne bourgeois de Tours.
Un matin, comme elle compte les jours, Non sans déjà redouter félonie, Jehan de Metz arrive, en compagnie De Pasquerel, homme juste et savant, Lequel est prêtre et lecteur d'un couvent.
Lors Pasquerel :
— Je vous suis, damoiselle, Tout dévoué, venant au nom de celle
VOUS pleuriez en quittant Dorarémy.
a mère ?
— Oui-da ! je l'ai trouvée, emmi compagnons d'épreuve et de voyage, mt pieux et long pèlerinage, ;ré soudards errant dans les forêts, lit à Puy-en-Velay, tout auprès autel humble et tant riche de gloire lous prions la bonne Vierge noire.
• ue vous a dit la mère au cœur si doux?
ille m'a dit : « On a pleuré chez nous,
^ngtemps, longtemps, tout seuls et tête basse.
land on vieillit, que voulez-vous qu'on fasse
ns l'oiselet, espérance du nid?
li sait de quel péché Dieu nous punit ?
lis, s'il fait bien d'appeler ceux qu'il aime,
i croix est rude à porter tout de même.
; plus revoir, au temps des églantiers,
hanne errer dans les anciens sentiers !
land au labeur chacun de nous s'apprête,
a Ne plus ouïr au seuil de sa chambre tte
a Le joli bruit de ses petits sabots !
<c Lorsque les bois se font touffus et beaux,
« Ne plus jamais la conduire aux fontaines,
« Dans l'ombre vaste et profonde des chênes !
a La savoir tout là-bas, très loin de nous,
(c En des pays de soudards et de loups,
« Sur des remparts où l'horrible mort plane !
<c Oh! ma Jehanne! oh] ma pauvre Jehanne!
a Et cependant, tout ainsi qu'il le faut,
a Nous nous courbons devant l'ordre d'en-haut,
a Voulant surtout, en notre humble ignorance,
a Que Sire Dieu sauve la douce France.
« Quand finira ma dernière saison,
« Qu'il la ramène un jour à la maison ;
« Et je mourrai, les yeux tournés vers elle,
« Ayant déjà grâce et joie éternelle.
a Dites-le lui, lorsque vous la verrez. »
Jehannette a pleuré des pleurs sacrés ; Puis, alanguie en pieuse tendresse :
— Vous m'entendrez dès demain à confesse ; Car il nous faut demander aide au ciel.
Or c'est ainsi que Jehan Pasquerel, Ayant pour lui dire messe gentille Orné son cou de l'étole qui brille Et revêtu la chasuble de lin, Est devenu son prudent chapelain.