‹ La chanson de Jehanne DarcChapitre 17 sur 34 · COMMENT JEHANNE SE FAIT APPORTER BELLE ET SOLIDE ÉPEE · texte numérisé non relu

COMMENT JEHANNE SE FAIT APPORTER BELLE ET SOLIDE ÉPEE

Jehanne serre en ses bras et dorlote La tant jolie et rieuse Héliote; Car cette enfant de Timagier lui plaît Pour son babil d'innocent angelet.

Tous les matins elles viennent ensemble Dans l'atelier où le jour naissant tremble, Cependant que, méditant ou rêvant, L'artiste peint l'éternel Dieu vivant.

Le lys, le ^lobe ou l'étoile céleste ; Et maintes fois, de la voix et du geste, La pastourelle a donné bon conseil, Ayant vu par les champs, dans le soleil,

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Fleurs et rameaux reluire sous l'ondée.

Or, la bannière étant peinte et brodée, Un armurier du Dauphin est venu Saluer l'œuvre et l'artiste ingénu ; Mais, refusant piété coutumière A l'étendard qui rit dans la lumière, Le petit cœur d'Héliote a souci :

— Pourquoi partir ? n'es-tu pas bien ici ?

Ne t'en va pas encore, bergerette !

— Pourquoi veux-tu, quand la bannière est prête, Que je m'attarde en ces lieux, pauvre enfant ?

Ce sont bonheurs que Jésus me défend.

Et tout à coup, parlant comme en un rêve :

— Oui-da! je sais, compaings, où gît le glaive Qui chassera l'étranger devant moi.

— Où donc est-il ? fait l'armurier du Roi.

— En le hameau de Sainte-Catherine.

DE JEHANKE' BARG

G*est, en nom Dieu, lame tant belle et fine Qu'il n'en fut telle onques nulle autre part. Je la vois comme en un léger brouillard, Toute luisante encore, quoique vieille.

En un caveau, non loin d'elle sommeille Un chevalier tout habillé de fer.

Cinq belles croix décorent l'acier clair.

Allez d'abord tout droit devers l'église ; Longez la nef, sous la muraille grise Où les vitraux ont des lueurs de ciel :

Quand vous serez tout derrière l'autel, Vous trouverez une belle chapelle ; Vous trouverez dans la chapelle belle Un grand tombeau de granit rose et blanc; Vous trouverez le glaive étincelant Dans le tombeau de granit blanc et rose, Tout près du bon chevalier qui repose, Le front casqué, les gantelets aux doigts ; Car saint Michel, Notre-Dame et les Voix Veulent que j'aie au poing ce glaive insigne, Lorsque Jésus m'aura fait divin signe De besogner comme un bon ouvrier.

S'en est allé le féal armurier :

162 LA GfiANSON

Tel un soudard en souci de bataille.

Il a longé la nef et la muraille, Devers l'autel où le matin changeant S'épand et flotte en poussières d'argent.

Sous l'arceau gris où pendent fers de pique Il a trouvé chapelle mirifique ; En la chapelle, aux lueurs d'un flambeau, Il a trouvé le rose et blanc toihbeau, Comme taillé dans l'honneur des ancêtres.

Puis, gravement, en silence et les prêtres Ayant vêtu l'aube et les surplis droits, Il a trouvé le long glaive aux cinq croix.

Tout près du mort couché dans sa cuirasse.

Hommes d'église, ayant reconnu grâce De Sire Dieu dans ce signe évident, Ont récité sainte oraison, pendant Qu'ils engainaient la glorieuse lame Dans un velours éclatant comme flamme.

Songeur, faisant respectueux salut.

L'armurier l'a prise, comme s'il eût Cueilli, tremblante et de soleil trempée.

Quelque herbe frêle ayant forme d'épée.

Tout entouré de gardes vigilants.

Devers Jehanne il revient à pas lents, Gomme ébloui d'une aube qui se lève ; Et les bourgeois de Tpurs, voulant au glaive Gaine opulente et mieux choisie encor, L'ont recouvert d'un fourreau de drap d'or.

Mais la pastoure a dit :

— Va, sois sans crainte, Tu ne seras jamais, ô lame sainte.

Qu'un bout d'acier me reluisant au poing !, Car je suis femme et je n'occirai point, A moins qu'un vil étranger ne m'outrage. Toutefois, si d'autres lames font rage, Si l'on secourt ton honneur et le mien, Je tâcherai d'épargner sang chrétien ; Et nous aurons tout ainsi délivrance, Vu qu'il nous faut, pour sauver gens de France Des forcenés qui hurlent autour d'eux.

Etre d'acier et vierges toutes deux.

Lors, s'accoudant au chevalet qui plie.

Elle a baisé la bannière jolie.

Non sans frôler de ses petits doigts blancs Les lys pareils à des glaives tremblants.

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