‹ La chanson de Jehanne DarcChapitre 18 sur 34 · NE CHEVAUCHE DEVERS LA CITE DE BLOIS · texte numérisé non relu

NE CHEVAUCHE DEVERS LA CITE DE BLOIS

5t venu, Jehannette est partie :

elle, au creux du nid blottie, i devers le ciel lointain, imier sourire du matin.

clercs admonestaient naguère înant traitée en chef de guerre ; phe, elle a pour intendant lion, chrétien ferme et prudent, 'mi les barons et les comtes ; lond, sire Louis de Contes ont comme pages guerriers, se plaît au choc des destriers,

Dans les combats où la gloire se joue.

Ses quinze étés lui fleurissant la joue, Sire Louis est beau comme le jour ; Il a servi Jehanne dans la tour Où le Dauphin Charles l'avait logée ; Sa lèvre est d*un clair duvet ombragée ; Les vieux soudards le nomment Imerguet.

Tous deux s'en vont cueillant rose ou muguet, Sans redouter l'embuscade ou le piège ; Et deux hérauts d'armes sont du cortège.

Mais tout devant, au premier rang d'honneur, Le sire de Gaucourt, hautain seigneur, Chevauche comme en les rudes batailles, Le torse droit dans la cotte de mailles, La cuisse raide et les poings sur les reins.

Cependant que l'archevêque de Reims, Un peu penché sur sa noble monture, Semble conter fort plaisante aventure A Pasquerel joyeux comme héritier ; Car le prélat et le seigneur altier Ont tous les deux reçu charge secrète D'accompagner à Blois la bergerette.

Vu qu'elle doit de là, sans mener bruit.

Tout comme un ange envolé dans la nuit,

S'en aller joindre, en hâte de victoire, Sire Dunois qui l'attend sur la Loire, Sanglé d'acier de la nuque aux talons.

Elle a franchi bois, plaines et vallons, Bien équipée en vaillante guerrière, Les reins cambrés, le capel en arrière.

L'assaut prochain dans l'éclair du regard, Le genou ferme et rond sous le cuissard, Le sein gonflé, la lèvre bonne et dure.

Calme, la grande épée au poing, l'armure Blanche comme un lys qui serait de fer.

Ayant éclat de jouvence et grand air.

Dans sa beauté de vierge rose et forte.

Or la bannière est aussi de l'escorte.

Avec Jésus qui tient le globe d'or ; Mais elle a dit :

— Je ne veux pas encor !

Et, comme s'il emportait chose ailée, Raymond la tient sur sa hampe roulée.

Blois s'est pourtant sur son coteau dressé .

Lors, s'ébattant comme un essaim pressé De rendre hommage à sa reine nouvelle, Sont venus au-devant de la Pucelle Les seigneurs de Boussac et de Gulant.

Les suit de près, sur son destrier blanc, Ambroise de Loré, fin capitaine, Lequel, vainqueur en les combats du Maine, Souffre pourtant de l'affront d'Azincourt ; Et vient aussi, pérorant comme un sourd.

Tout éclairé d'un large et bon sourire, Vignoles qu'on a surnommé La Hire.

La Hire est brave et léger de souci.

Depuis le jour qu'il assiégea Couci,

Son glaive nu, tiré dans cent batailles,

A fait un peu partout belles entailles.

Un soir, comme il se trouvait à Ghinon,

Il dit au Roi : — Puis-je compter ou non

Sur vos soudards, quand il faudra qu'on lutte ?

— Bah ! fit le Roi, j'attends joueurs de flûte ;

Nous préparons mystères et tournois :

Gentil ami, venez une autre fois I » %

Et lui, railleur, toisant ce Roi fantôme :

— On ne perd pas plus gaiement un royaume ! » Son verbe sonne ainsi qu'un olifant.

Homme terrible avec un cœur d'enfant, La face rude et la bouche fleurie.

C'est lui qui dit à Dieu, quand il le prie Un tantinet, debout et sans effroi :

— Fais ce que La Hire ferait pour toi.

Si j'occupais ton trône dans l'espace

Et que toi, Dieu, tu fusses à ma place ! »

De plus, il sacre et jure tout le temps A lui tout seul comme quatre Satans.

Et toutefois, s'inclinant devant elle, Il a dit à Jehanne :

— Damoiselle, Soyez partout la bienvenue ici. Grâce à vous, Dieu nous accorde merci, Et c'est comme un ange qui nous arrive.

Jehanne Darc a répondu, pensive, Levant la main comme pour témoigner :

— Apprêtez-vous, car on va besogner !

Page 1