‹ La chanson de Jehanne DarcChapitre 19 sur 34 · COMMENT JEHANNB EST PAR LONGS CHEMINS CONDUITE A ORLEANS · texte numérisé non relu

COMMENT JEHANNB EST PAR LONGS CHEMINS CONDUITE A ORLEANS

Trois jours après, quasiment dès l'aurore^ Jehanne Darc s*en est allée encore, Non sans avoir invoqué Sire Dieu .

Dans le matin, sur la Loire au flot bleu, S'était dressé, comme en un vol de rêves.

Un bel autel tout constellé de glaives, Tout rayonnant de piques en faisceaux.

Où, sans frayeur, se posaient les oiseaux.

Chaque soudard s'était, pour les prières, Agenouillé dans les vertes bruyères, Quand Pasquerel, sous le grand ciel doré,

Avait levé le froment consacré, Comme en un doux reflet d'étoile blanche; Et cependant, bublieux du dimanche, Ces Armagnacs ne sont guère dévots Qu'au fer chantant dans le heurt des chevaux. La guerre peut, même juste, être infâme :

Elle a chassé du frisson de leur âme Jésus-Christ feible et doux, sévère aux forts, En qui tous les humbles croyaient alors.

Qu'ils soient varlets, écuyers, capitaines.

Tous ont en eux l'affreux levain des haines.

Les Armagnacs valant les Bourguignons.

Puisqu'il me faut choisir entre les noms Comme le dard choisit entre les cibles, Je citerai parmi ces gens terribles Gilles de Raiz, baron de Machicoul, Homme du nord plus fier qu'un capitoul.

Il est farouche, et sa légende noire N'est que chanson, comparée à l'histoire.

Dans son château vaste comme un palais, Vierges, passants, mignons enfantelets, Tout larmoyants, clamant prières vaines, Seront un jour saignés' aux quatre veines; Sa vie horrible ou rien d'humain n'a lui

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A pour splendeur le crime ; et c'est celui Que Ton appelle à présent Barbe-Bleue.

Mais un chacun aurait fait une lieue Sur les genoux, dans les cailloux pointus, Les indévôts, tant lussent-ils têtus, Friands de chairs, prompts à maintes folies Auraient chanté vêpres, messe et complies Pour plaire à la bergerette aux doux yeux.

Florent d'Illiers, chevalier glorieux.

Plus vain que s'il eût porté diadème.

Cusan, Gaucourt, Gilles de Raiz lui-même Ont adoré Jésus, le front baissé, Et s'est enfin La Hire confessé, Un peu troublé, roulant des yeux de braise En bon vieux loup qu'une colombe apaise.

Jehanne Darc a dit :

— Viennent les coups Maintenant que Messire est avec nous*, Marchons devers Orléans qui m'appelle.

Les prêtres l'ont de chapelle en chapelle Accompagnée un long bout de chemin.

Sire Imerguet porte en sa noble main Une bannière à la hâte brodée.

Où Jésus-Christ meurt, la face inondée D'un sang vermeil emperlé de clartés, Avec les deux larrons à ses côtés.

Les yeux au ciel, chantant pieux cantiques, Comme en les jours de fête aux basiliques, La foule suit, mêlée aux blancs surplis, Le long des flots et des moulins jolis Dont on entend tourner gaiement la meule ; Et tout autour d'elle, pour elle seule.

Dans le tic-tac des moulins sur les flots, Jehanne voit voler ses angelots.

Dès que la foule au loin s'est dispersée, La cavalière a dit :

— Je suis pressée !

Conduisez-moi par les plus courts sentiers.

Le bon La Hire a souri :

— Volontiers ; Mais nous tombons, en suivant telles routes, Sur les Anglais tout flanqués de redoutes,

DE JEHÀNNE DARG 173

Embastillés de donjons et de forts.

— Alors tant mieux! nous les jetons dehors, Sans coup férir et de façon si prompte Qu'ils en auront méchef et grande honte.

Sus à l'Anglais, sans perdre un seul instant, Glaive cognant et bannière flottant.

Le cœur joyeux et ferme, la foi grande, Comme il nous sied, quand Sire Dieu commande! Car Dieu le veut, tel est son bon plaisir.

La Hire a fait semblant de consentir.

Comme éjoui de risquer l'aventure; Mais on a pris route longue et fort dure, Vagues sentiers au penchant des coteaux.

Dormant, les reins calés dans les manteaux.

Sous quelque pont, au creux herbu de l'arche : Tant follement qu'après trois jours de marche Dans les chemins dévastés et béants, La troupe arrive au-dessus d'Orléans.

ou LE VENT SE FAIT DOCILE A JEHÀ^NE

Jehanne a bien souffert, elle est brisée D'avoir couché dans l'herbe et la rosée, Pâle et le front sur quelque tertre nu, Sans toutefois avoir jamais connu Douleur secrète et malaise de femme, Vu qu'elle est pure autant de corps que d'âme. Mais c'est fini : haltes, mauvais sommeil, Tout s'est fondu comme neige au soleil ; Et que lui font maintenant chevauchées.

Haches de guerre aux cailloux ébréchées, Fossés béants, chemins rudes et longs, Ronces des bois lui frôlant les talons Au ras feuillu de la haie odorante,

Puisque la Ville est là, toute pleurante ?

Sire Dunois est accouru céa)is.

— Est-ce bien vous, le Bâtard d'Orléans ?

A dit soudain la guerrière ingénue.

— Moi, damçiselle, et je fais bienvenue A celle qui nous apporte secours.

— J'aurais voulu, par des sentiers plus courts, Joindre Talbot : il ne m'eût pesé guère.

Est-ce vous qui, parlant en chef de guerre

Et sans l'avis du Monarque des cieux.

Avez donné conseil mystérieux De m'amener sur ce côté du fleuve ?

— D'autres et moi, cuirasse vieille ou neuve, Sauf que ceux-ci, tous bons sujets du Roi, Sont, par Jésus, bien plus sages que moi.

— Divin conseil vaut mille fois le vôtre :

L'un vient d'en bas, c'est d'en-haut que vient l'autre. Qu'importe à Dieu qu'on lui résiste ou non ?

Vous avez cru me duper, compagnon,

Quand c*était vous qui vous trompiez vous-même.

Je vous apporte, en cet instant suprême

Où tout d*abord chacun doit hataiîler.

Un tel secours que ville e\ chevalier

N'en ont jamais reçu de plus solide.;

Si vous Tavez, c'est par Dieu qui me guide :

Non point qu'il ait pour moi si grand amour ;

Mais l'ont prié dans le ciel, tour à tour,

Saint Charlemagne et saint Louis de France;

Et nous voici, tout fleuris d'espérance,

Joyeux, bardés de fer, l'épée au poing ;

Car Sire Dieu se fâche et ne veut point

Que l'étranger retienne en sa main vile

Le gentil duc d'Orléans et sa ville.

Or un chacun se tait, un peu gêné.

Sire Dunois, très illustrement né, Fier conquérant de cités et de belles. Etant de ceux à qui les pastourelles Tiennent propos plus humblement discrets.

Sire Dunois a grandi tout auprès

Du trône, emmi le faste et la puissance.

DE JEHANNE DARG 177

Les bons bourgeois Taiment, la cour Tencense ;

Les gens peureux Tadulent sans effroi.

Fils de Louis, gentil neveu du Roi,

Portant très haut sa mâle bâtardise,

Il a pour tous, même pour ceux d*Eglise,

Fleur de jeunesse et vertu de barbon.

Philippe de Bourgogne, dit le Bon,

Ayant occis traîtreusement son père,

Il veut, traquant le fauve en son repaire.

L'atteindre avec ses complices damnés;

Et c'est pourquoi, dès ses vingt ans sonnés,

Il est parti brandissant fer de lame.

La veuve, cœur d'héroïne et grande âme.

L'avait fait sien, disant : « Point de proscrits !

a On me l'avait volé, je l'ai repris! »

Puis, tout ainsi que tendre mère joue,

Lui tapotant sur sa petite joue.

Le baisottant sur son cou potelé.

Elle l'avait tout doucement mêlé

Au groupe heureux des autres têtes blondes :

Tel Fenfançon qui fut sauvé des ondes.

Batailleur, vite échauffé, toujours prompt

A se fâcher quand on lui fait affront.

Il a lutté dans les rocs, sur la grève.

pied du Mont Saint-Michel ; et son glaive uasi seul, délivré Montargis les Anglais tenaient table et logis, ois, La Hire et Poton de Xaintrailles, îhant les tours, éventrant les murailles, gageant tout pour la gloire du Roi, 'ibles à faire pâlir d'effroi Satan monté sur sa tarasque, t comme trois tètes dans un seul casque; )unois rit, quand les murs ont croulé.

endant, bien que Jehanne ait parlé 3 se courber comme femme qui prie, er Bâtard n'a point eu fâcherie ; Dut à coup, comme un vent furieux t levé sur la terre et dans les cieux, lant, grondant, battant partout de l'aile :

3iable ! fait-il, si Fouragan s'en mêle,

fflant ainsi, surtout de ce côté,

s ne pourrons jamais dans la cité

er soudards, chevaux, piques et vivres

ces bateaux plus ballants que gens ivres.

t temp§ perdu, chose vaine et chanson

DE JBHANNE DÀRC 179

Que notre ami le sire d'Alençon >

Soit allé chez la reine de Sicile Quérir avoine et froment pour la ville, Tant que ce vent, ce maudit vent d'enfer...

Mais la pastoure ayant tracé dans l'air Signe de croix avec sa main blanchette :

— Sire Dunois, priez, courbez la tête !

Les grains tombés des lourds épis tremblants Feront saujg rouge aux assiégés dolents ; Car bons soudards, bonne brise et bon fleuve Leur porteront, sans que le flot s'émeuve, Le pain que Dieu nous a pour eux donné.

Et lors les vents ont gentiment tourné.

ou PIERRE ET JEHAN DARC REJOIGNENT LA GUERRIERE

Le ciel est bleu, tout est joie et lumière.

Les yeux braqués de loin sur la guerrière, Les blonds Anglais, venus de toutesjparts, Ont envahi tourelles et remparts.

Vu qu'ils ont là très forte citadelle.

— Je n'entrerai dans Orléans, dit-elle.

Qu'après avoir, fût-ce avec mes varlets, Délogé tous ces voleurs d'agnelets.

Rien qu'à les voir, tout le cœur me sanglote.

Sire Dunois est déjà sur la flotte:

— Allons, venez, nous serons tous contents; Car il est temps, Jehanne, il est grand temps De vous montrer au pauvre peuple en larmes.

— Nenni, je reste avec mes hommes d'armes, Ayant besoin d'être là, tout près d'eux ^

En ces chemins peut-être hasardeux;

Et tout au moins, si l'heure est mal venue

De tomber comme orage de la nue

Sur ces pillards qui sont guerriers hardis,

Nous tâcherons de gagner paradis

En oraison, sainte messe ou cantique.

Les dards n'ont point sifflé ; pas une pique

N'a remué du côté des Anglais.

A peine si de relais en relais.

Dans les lointains piaffements des montures.

On a perçu quelque vain bruit d'armures,

Vite perdu dans la chanson du vent.

Dunois s'en va sur le grand flot mouvant Où le soleil papillonne et miroite;

Nicole de Giresme est à sa droite, Saluant, comme eui»eent fait damoiseaux, La gente fille au bord des vastes eaux.

Mais quels sont donc par là-bas, dans la plaine, Ces cavaliers poudreux et hors d'haleine.

Qui, chevauchant deux puissants destriers.

Mènent tel bruit d'armes et d'étriers ?

C'est Pierre Darc et c'est Jehan son frère !

Chacun ayant noble désir de faire Chanter l'acier sur les casques ouverts, Us ont quitté les riants coteaux verts.

L'humble chaumine et les calmes vallées, Comme emportés sur montures ailées.

Une clameur les précède et les suit; Jehan brandit une hache qui luit, Tôt aiguisée aux rocs de la ravine.

Pierre s'est fait de la houlette fine Un joliet drapelet d'enfançon, Pendant que tout dormait à la maison :

L'étoffe claque, éparse au vent sonore, Et la hampe est tout odorante encore.

Ayant jadis fleuri comme un rosier.

DE JBHANNE DARC 183

Or, voici que, descendant du coursier, Jehan et Pierre ont poussé cris de fête, Déjà pendus au cou de Jehannette, Laquelle rit et sanglote à la fois.

— Que venez-vous faire ici ?

— Tu le vois :

Donner un coup de main à la besogne, T 'accompagner en cognant si l'on cogne, Grimper aux murs en beau mépris dès coups, Comme écureuils aux hêtres de chez nous, Forcer le duc de Bourgogne à se taire Et tomber sur ces grands blonds d'Angleterre Comme grêlons sur un rameau feuillu.

En vérité, tu n'aurais pas voulu Que nous eussions, mués en pastourelles.

Filé ta laine et gardé tes agnelles.

Quand tout là-bas, sous le trait envolé, Ton noble sang eût peut-être coulé !

Jehanne songe, elle a douleur amère A cause du petit loin de la mère ;

Mais, étouffant un suprême sanglot :

— Fais flotter ton drapelet, Pierrelot î

comment jehanne fait son entree dans la cite d'orléans

Jehanne prie, elle a fiance et grâce.

Dunois revient dans sa belle cuirasse, Caracolant comme un page de cour.

Paraît aussi, sans faire long détour, Sire Villars, sénéchal de Beaucaire, Conseiller sage, habile aux faits de guerre, Bardé de fer comme de volonté, Lequel, au nom des gens de la cité, Parlant plus haut que s'il était roi d'Arles, S'en fut un jour demander au Roi Charles, Sans s'attarder aux gales de Chinon,

Quand Jehannette aurait glaive et pennon.

Viennent après jeunes seigneurs de France, Hauts de bravoure autant que de ns^ssance, Vite équipés, point boudeurs au devoir.

Tous gais, chacun fort désireux de voir Cette Jehanne et si la vierge est belle.

Au milieu d'eux Xaintrailles étincelle, La face heureuse et le verbe tonnait.

Jehanne est prête à partir maintenant,

Les pieds aux flancs du coursier qu'elle entraîne,

Gapel au front, l'épée au poing, la rêne

Roulée aux doigts sur les gantelets lourds.

Le harnais luit, la selle est de velours.

Bien arrondie alentour de la hanche ;

Beau coursier blanc et belle armure blanche

Ont au soleil des reflets de glacier.

C'est partout un long cliquetis d'acier.

Les étriers se heurtant aux jambières.

Dans les chemins où poitrails et crinières

Ondulent comme une vague qui court.

Jehan de Metz, Poulengy, Honecourt,

Francs écuyers, pages toqués de moire,

Tous les rêveurs de bataille et de gloire

DE JEHANNE DARC f 187

Sont là, joyeux comme pour un assaut.

C'est un héraut d'armes qui, le front haut, Porte devant Jehanne la bannière.

' Pierre chevauche, il a prestance fière; Son drapelet rit dans le vent léger Et l'on dirait, à le voir voltiger Au ras des cieux où bientôt le soir tombe, Un papillon suivant une colombe.

La ville attend, tout son peuple est dehors.

Vers les remparts, au front penchant des forts,

La Cathédrale étend ses ailes grises ; v

Tous les clochers de toutes les églises

Sèment gentils carillons ^ans les airs.

On a vogué sur la Loire aux flots clairs,

Non sans chanter beaux refrains de bataille ;

On a franchi fossé, ravin, muraille;

Et Jehannette entre dans Orléans !

La foule accourt, vaste et les yeux béants, Les bras levés, criant, battant les porches, Dans la lueur aveuglante des torches.

Moines songeurs sous les capuchons clos, Enfantelets jolis comme angelots,

F'ileurs de laine ou tireurs d'arbalètes, Dames de haut lignage, pucellettes, Vieillards tout blancs ayant peine à marcher, Un chacun veut la voir et l'approcher.

Quand il Ta vue, il veut la voir encore, Gomme on revoit l'aurore après l'aurore, Avec la même extase dans les yeux.

Et les propos, naïvement joyeux, Vont se croisant comme flèches dorées :

— Da ! nous vaincrons, malgré vents et marées. Sus à Talbot, puisque Jehanne est là !

— Regardez donc le sourire qu'elle a !

— Est-il au monde une vierge plus belle ?

— Sire Dunois chevauche à côté d'elle, Plus triomphant que s'il était le Roi.

— Tu voudrais bien être à sa place, toi !

— Elle a des yeux tendres comme fleurettes.

— Son étendard voltigeait sur les têtes, Quand une torche a failli Tembraser.

— Mais, s'élançant d'un bond, sans plus peser Que l'aile d'un pinson dans la fougère,

Elle a soufflé sur l'étoffé légère.

— Et puis elle est remontée à cheval.

— Que Sire Dieu la sauve de tout mal !

— Ses frères sont tout devant, dans l'escorte.

— L'un est Jehan, Pierre est celui qui porte Un drapelet quasi plus grand que lui.

— C'est comme si nouvel astre avait lui !

— Je lui serais volontiers petit page.

— C'est une sainte, elle restera sage.

Tant le Bâtard soit-il soudard galant.

— Quel doux maintien sur son palefroi blanc.

Le front penché, l'épée ainsi levée!

— On m'a montré, quand elle est arrivée, Un ange qui devers elle volait !

— Gomme elle a bien ôté son gantelet Pour nous donner à baiser sa main rose !

— Une fois mort et la paupière close, Je le verrai tout comme je la vis.

Mais tout à coup, devant les saints parvis, La Cathédrale ouvre sa haute porte; Elle descend, un flot humain la porte.

En un triomphe à nul autre pareil.

L'autel, au fond, brille comme un soleil; Et la voilà, souriante et sereine Comme une enfant qui serait une reine, Allant, au gré du peuple énamouré, Devers l'aLtel éclatant et sacré.

Elle s'est mise à genoux, elle prie Madame la Sainte-Vierge Marie,

DE JEHANNE DARG 191

L'œil demi-clos et de larmes voilé, Cependant que l'étendard, envolé Gomme une écharpe au dos ailé des anges, L'effleure du baiser d'or de ses franges.

Le ciel descend, l'orgue élève sa voix Qui tremble pomme un souffle dans les bois.

D'aucuns ont eu battement de paupière.

Ayant cru voir dans leurs niches de pierre Les saints pensifs courber leur front tremblant. Gomme elle sort d'un pas sévère et lent.

Quasi mourante en unfrissonpde rêve, La même foule accourt et la soulève A la hauteur du cheval qui hennit.

On lui dit :

— Va, lutte, sauve le nid.

Défends nos droits, libère douce France !

Elle répond :

— Vous aurez délivrance !

Eût-il cent tours et dix mille fossés, Nous chasserons l'Anglais. G'est bien assez

Qu'il ait le duc, il n'aura point sa ville.

Le capel bas et l'allure civile,

Le trésorier ducal, maître Boucher,

S'en est venu prestement la chercher.

Adonc, s'étant incliné :

— Damoiselle, Notre Dauphin, récompensant mon zèle, Vous veut chez moi, dans ma probe maison.

C'est me traiter de royale façon.

Tous n'ayant pas tel honneur en partage.

J'ai fille gente, à la fleur du bel âge, Qui vous sera tendre petite sœur.

Le vent des nuits est fort mauvais berceur A qui s'endort couché dans son armure :

Si vous donniez tout ainsi, sur la dure, Ce nous serait vergogne et grand péché.

Dès cette nuit, Jehannette a couché

Avec Charlotte, en un doux lit de plumes.

Tandis qu'au loin, dans l'ombre, sous les brumes

Où les flambeaux s'éteignaient en fumant,

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Manants, bourgeois, pages au front charmant, Seigneurs hantés du renom des ancêtres, Frères prêcheurs, sonneurs de cloches, prêtres, Truands à la belle étoile logés S'ébaudissaient, comme désassiégés !

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