‹ La chanson de Jehanne DarcChapitre 3 sur 34 · GOMMENT JEHANNE LISAIT SANS SAVOIR LIRE · texte numérisé non relu

GOMMENT JEHANNE LISAIT SANS SAVOIR LIRE

Quand tout riait dans les vallons en fête, Il advenait parfois que Jehannette Songeait, l'œil fixe et le front incliné, Devant un beau livre, tout adorné De vieil argent et d'une croix fleurie.

Quasiment tel que missel où l'on prie Le doux Sauveur, Messire Jésus-Christ.

Ce tant beau livre était un manuscrit Où quelque moine, ayant savoir et zèle.

Avait narré d'un calame fidèle, Au nom du Père et du Fils Rédempteur, Les visions de Merlin l'Enchanteur ; Et justement ce prince des Légendes,

Fantôme errant encore sur les landes, Dans les splendeurs. lunaires du menhir, Prophétisait qu'un jour allait venir, Tout bruissant du vaste heurt des piques, Où les Gaulois, fils des forêts antiques.

Seraient sauvés par le geste ingénu D'une pucelle éclose au Bois-Chenu.

Or, dans les prés étoiles de pervenches.

Tout à côté de ses agnelles blanches, Jehanne ouvrait le joli parchemin.

Le caressait, l'effleurait de la main.

Tout comme si la page qui retombe Avait été l'aile d'un colombe ; Car elle avait d'un regard curieux Guetté le mot où s'arrêtaient les yeux Du bon voisin qui lisait aux veillées; Et, comme on sait un nid sous les feuillées Pour avoir vu, dès l'approche du jour.

Le couple ailé voltiger alentour, Dans le frisson des rameaux et des roses.

Elle savait en les pages décloses.

Le long du texte étrangement divin.

L'endroit du livre où l'antique devin

DE JEHÀNNE DARC 21

Avait prédit, en attestant la nue, L'éblouissante et prochaine venue.

Adonc Jehanne y posait en tremblant Tantôt sa lèvre et tantôt son doigt blanc ; Le verset lui bourdonnait à l'oreille, Gomme envolé sur ailettes d'abeille ; Ses mains, avec des gestes lents et doux, Lisaient le livre ouvert sur ses genoux, Jusqu'au moment où le jour qui décline Ensanglantait les bois et la colline; Et quand alors elle s'en retournait Par les sentiers où fleurit le genêt.

Toute songeuse et laissant dans l'herbette Traîner un peu l'inutile houlette, Les vagues mots s'envolaient, la suivant Dans le baiser mélodieux du vent.

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