‹ La chanson de Jehanne DarcChapitre 21 sur 34 · COMMENT JEHANNE CHEVAUCHE A SON PREMIER COMBAT · texte numérisé non relu

COMMENT JEHANNE CHEVAUCHE A SON PREMIER COMBAT

Charlotte a dit, tendrement inquiète :

— Mais quelle fille es-tu donc, Jehannette, Pour que ton front soit tant triste et voilé ? Mon père, au nom de son maître exilé, T'a baillé comme à haute damoiselle Robe vermeille et de fine brucelle, Huque de guerre en joli vert perdu.

Toute luisante et comme il n'en est dû Qu'à prince aimable et friand d'aventures, Avec le flot neigeux des garnitures En satin blanc, teint au bois de sandal.

De plus, voulant à l'hommage ducal

Joindre symbole et couleurs assorties, La Ville t*a fait présent des orties Qui sont devise à la fière duché .

Coquetterie étant mignon péché, J'aurais chanté, sauté comme une oiselle.

Si l'on m'avait baillé chose tant belle ;

Et toi, tu n'as pas seulement souri !

— Da! c'est que j'ai le cœur endolori.

Alas ! alas ! ces nobles chefs de guerre Vont à leur guise et ne ra'écoutent guère, Tout glorieux comme vains roitelets.

Devers les champs, sous les forts des Anglais, Sans que Talbot, en désir d'équipée, Nous ait montré le bout de son épée.

J'ai fait avec gens d'église et soudards Procession de saints et d'étendards; Pour donner joie à la foule accourue, J'ai chevauché par deux fois dans la rue De l'Ormerie où siègent les marchands; A Sainte-Croix, dans la douceur des chants.

J'ai dit pour tous oraison à Marie, Laquelle avait gente robe fleurie, Manteau de soie et bracelet doré .

Quand, ce matin, le Bâtard est rentré, Nous amenant de Blois solide armée, Jolis pennons flottant comme fumée.

Bombarde neuve et beaux glaives tranchants.

J'ai de nouveau par là-bas, dans les champs, Chevauché comme une reine qu'on fête.

Les gantelets aux doigts, capel en tète, Cotte blanchette à hauteur du genou.

Sainte bannière au poing ; et le vent fou A fait flotter mes grandes manches roses Ainsi qu'on voit sur fleurettes écloses Papillonnets trembler dans le ciel bleu.

Mais ce n'est point pour tels gestes que Dieu M'a dans nos bois entre toutes cherchée ; Car ce qu'il veut de moi, c'est chevauchée Autrement dure et toujours en avant.

Sire d'Aulon, conduit par un bon vent.

Est arrivé sans faste et sans cortège.

Lors on a fait menu festin de siège.

Chacun s'étant prestement déridé ; Et l'on a même un brin baguenaudé.

Conté plaisante ou mirifique histoire, Les gens de France aimant à rire, voire

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Quand rennemi rôde sous le rempart.

Est à son tour arrivé le Bâtard, Lequel a dit, non sans hocher la tête :

— Je suis d'hier avisé, Jehannette, Que sire Falstolf, batailleur jamais las, Campe à Joinville, ayant projet, alas!

De joindre ici l'ost anglais qui l'appelle.

— Bâtard, Bâtard, en nom Dieu, répond-elle, Avertis-moi sur l'heure et glaive nu, Quand ce vilain Falstolf sera venu,

Ou je te fais ôter la tête, sire î

A retinté le fin grelot du rire ; Puis le Bâtard s'est retiré, disant :

— Votre courroux, Pucelle, m'est plaisant ; Je vous aurai nouvelle, quoiqu'on fasse.

Jehanne Darc s'est couchée, un peu lasse D'avoir longtemps chevauché dans la nuit.

Elle s'endort, son front incliné luit

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D'une clarté surnaturelle et blanche, Tout comme si vers ce beau front qui penche Un lys neigeait sous d'invisibles doigts.

Mais, tout à coup, pâle et haussant la voix :

— Dieu ! mon conseil veut que je parte en guerre î Le péril croît, nos gens ont fort à faire.

Je vois les murs et la terre fumer.

Où sont-ils ceux qui me doivent armer?

Tous à moi ! tous ! alerte ! délivrance !

Quoi! je dormais, et le beau sang de France,

Le sang des miens comme un ruisseau coulait !

Charlotte, ayant gazouillis d'oiselet, Toute rieuse en les bras de sa mère.

Lui contait quelque innocente chimère.

Songe de vierge ou rêve d'enfançon, Quand elles ont ouï dans la maison Monter le cri de la noble Pucelle.

Or, dans le temps qu'elles volent vers elle, Sire Jehan d'Aulon accourt aussi.

— Partons, car c'est grand péché d'être ici.

Vite mon glaive et ma cotte de mailles,

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Vu qu'il me faut aller dans les batailles, Tout devers la bastille de Saint-Loup !

Du sang partout! partout du sang! partout!

Ah ! ce Talbot qui nous tue et nous pille !

Charlotte, noue avec ta main gentille La rude guêtre autour de mes jarrets, Puisque tes doigts sont par là tout exprès.

Tire, Jehan, la cotte sur les hanches ; Aplatissez-moi donc ces grandes manches Qui me seraient gêne pendant Tassant !

Sitôt armée, elle part, le front haut ; Et comme elle a croisé devant la porte Un des jolis pages de son escorte :

— Méchant garçon, vous ne me disiez pas Que sang de France est répandu là-bas î

Elle a monté le destrier fidèle

Qui, soulevant son poitrail comme une aile,

Hennit déjà vers le combat cruel.

Le vent chantonne autour de son capel ;

Ses éperons sonnent comme clochette.

Elle a brandi son épée, elle est prête

A se ruer aux assauts furieux.

Elle s'en va, lorsque levant les yeux :

— Et ma bannière? Ah ! je la veux, sans faute !

On la lui tend par la fenêtre haute :

Elle a d'abord le long du mur glissé; Puis, tournoyant comme un ramier blessé.

Elle est tombée aux mains de Jehannette.

Lors, visité d'un souffle de tempête,

Les muscles pris en un frisson de vol.

Faisant jaillir étincelles du sol

Gomme s'il eût écrasé des étoiles.

Le fier cheval, ayant tonnerre aux moelles,

Emporte au loin, tout devers le rempart,

La France, la bergère et l'étendard !

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