‹ La chanson de Jehanne DarcChapitre 27 sur 34 · COMMENT JEHANNE DEBLOQUE MEUNG ET BEAUGENCY · texte numérisé non relu

COMMENT JEHANNE DEBLOQUE MEUNG ET BEAUGENCY

J ehanne est dans Orléans revenue :

Cloches encore ont sonné dans la nue ; Bon peuple encore est accouru devant Celle qui lui semble soleil levant.

Après deux jours, s'évadantde sa gloire :

— Si Ton allait à Meung, devers la Loire ?

Ce qu'on fit à Jargeau n'est que chanson !

— Quand partons-nous ? dit le duc d'Alençon.

— Dà ! dès demain, après dîner, dit-elle.

Le lendemain on part ; et la Pucelle, Ayant conseil de ses beaux angelets, A pris le pont que gardaient les Anglais, Tout comme elle eût pris sous sa chapeline Papillon frêle ayant ailette fine.

Tout aussitôt :

^ — Pourquoi tarder ici ?

Si Ton allait débloquer Beaugency ?

Ce nous serait toujours besogne faite.

Et Ton repart menant bruit de tempête, Chacun s'étant fait le sermept princier D'attacher un captif à son coursier.

Mais Richemont, connétable de France, Arrive ayant cavalière assurance.

Lors la discorde a soufflé dans le camp ; Car le beau duc^ volontiers provocant, A contre lui rancune de vieux diable.

Jehanne accourt devant le connétable.

— Bergère, a dit le chevalier féal.

Serait-il vrai que tu me voudrais mal ?

Que Satan ou Jésus t'ait pour amie, Ce m'est égal et je ne te crains mie :

Sire Jésus connait mon bon vouloir.

Quant à Satan, fût-il cent fois plus noir, Je n'en ai cure, étant chrétien fidèle.

— Vous ne venez point de par moi, dit-elle, Et vous serez toutefois bienvenu.

Le duc a dit, frôlant son glaive nu :

— Nous verrons bien si je lui ferai fête !

Alors Jehanne a relevé la tête :

— Sur quelle bête avez-vous chevauché ?

Quelle rancœur vous tient-elle fâché ?

Souffrirez-vous donc que le fer se rouille, Parce qu'il plait au méchant La Trémouille Que Richemont dont il est fort jaloux

Vive dans ses forêts avec les loups ?

S'il a brisé le seing qui le condamne,

Je vous dis, moi, sur ma foi de Jehanne,

Qu'un chevalier n'est point fait pour l'exil,

Quand douce France, alas ! est en péril.

Guerres de cour, rivalités peu franches,

Ce sont vains cris d'oiselets dans les branches :

Le principal est qu'on sauve le nid.

Quoi ! si demain le Dauphin vous bannit,

Vous partirez et vous rendrez l'épée,

La terre étant du sang françois trempée ?

Autant vaudrait, sur l'heure et pas plus tard,

Disperser l'ost et brûler l'étendard !

De plus, voilà sir Flastolf qui s'approche.

C'est pour les siens chevalier sans reproche ;

Le fier Talbot commande à ses côtés ;

Ils ont nombreux soudards, plus entêtés

Que vieux mulets privés de paille ou d'orge.

Ce nous serait, par messire saint George,

Belle folie et proche repentir

Que d'inviter Richemont à partir.

Quand justement ce compaing nous amène

Francs chevaliers ayant solide maine.

Cuissards tout neufs et gentille façon.

— Cette Jehanne ! a conclu d'Alençon.

Et, grave, ayant baisé la croix du glaive, Il a juré loyal accord et trêve A Richemont qui, pâle comme un mort, Lui jure aussi trêve et loyal accord.

— Adonc, bataille ! a crié la Pucelle.

Mon connétable et vous, mon duc, en selle !

Marchez, nous les avons!

Et c'est ainsi Qu'elle a chassé l'Anglais de Beaugency.

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