COMMENT JEHANNE GAGNE LA BATAILLE DE PATAY
Jehanne Darc, ayant pris la muraille :
— Avez-vous bons éperons de bataille ?
Lors les François, rêvant nouvel assaut :
— Les éperons qu'on a sont ceux qu'il faut.
Voulez-vous dire, en cette ritournelle.
Qu'ils nous verront les talons, damoiselle ?
— Da! c'est vous qui, par plaines et vallons, Allez leur voir Téchine et les talons !
Quand ils fuiront, si Dieu les laisse vivre,
Il VOUS faudra justement, pour les suivre, Aide et secours d'éperons bien plantés.
Nouveaux venus, courtoisement fêtés,
Sont dans les rangs et font belle figure.
Les deux Laval ont sous la fiche armure
Un cœur qui bat pour Jehanne et l'honneur,
I/un comme l'autre étant gentil seigneur.
La Tour d'Auvergne et l'ardent La Fayette
N'ont point folie ou virelais en tête,
Et Chauvigny, sire de Ghâteauroux,
A non moins qu'eux vaillance et beau courroux.
— Suivez La Hire ! a clamé la guerrière.
Que s'il y tient, je marcherai derrière.
Sans seulement toucher aux étendards.
Je me connais à forcer les remparts ;
Mais, bien que Dieu m'ait partout protégée,
J'ai gros souci de bataille rangée.
Marchez pourtant, nous aurons bon conduit.
On a marché. Lors s'efFrayant du bruit, Croyant déjà la meute sur sa trace, Un pauvre cerf se jette, tête basse,
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Dans les fourrés nouvellement fleuris ; Et Jehannette a. perçu lointains cris.
— Hardi ! hardi ! Messire nous les baille.
Ils sont par là, vous dis-je, en la broussaille ! Tombez sur eux comme sur vieux démons :
Le gentil Roi Charles que nous aimons N'aura pas eu de victoire plus belle.
Point de retard, quand douce France appelle ! Débusquez-les, sans redouter périls :
Nous les aurons, compagnons, fussent-ils Cloués au ciel ou pendus dans les nues !
Ont retenti les grandes lames nues ; Se sont heurtés les hardis cavaliers ; Et beau sang noble a rougi les halliers, Sous le grapd vol effayant de l'épée :
Tant et si bien que, las de l'équipée, Talbot se rend et promet la rançon,
— Vaillant seigneur, dit le duc d'Alençon, Vous ne pensiez point à cela naguère ?
— Bah I répond-il, c'est fortune de guerre.
Jehanne a dit, belle d'un saint orgueil :
— Plus d'Azincourt ! Efface-toi, Verneuil?
Patay nous venge, il a lavé la honte.
Mais elle entend cri de douleur qui monte :
Elle s'élance, elle voit un soudard Terrible^ ayant braise dans le regard, Lequel poursuit de sa rage impunie Un pauvre Anglais tout râlant d'agonie.
Elle crie :
— En nom Dieu, qui que tu sois, Je te déclare ici mauvais François!
Et, se penchant sur l'Anglais qui s'étonne Des tendres soins de la guerrière bonne, Elle lui parle, elle lui dit des mots Doux comme la brise dans les rameaux, Tant qu'ont duré les plaintes et le râle.
Puis, s'avançant, encore toute pâle, Devers le duc joyeux et rayonnant :
— Si l'on allait chez le Roi maintenant ?