‹ La chanson de Jehanne DarcChapitre 6 sur 34 · COMMENT LE VILLAGE SUBIT GRANDS DOMMAGES DES BOURGUIGNONS · texte numérisé non relu

COMMENT LE VILLAGE SUBIT GRANDS DOMMAGES DES BOURGUIGNONS

Un jour, pendant que les sages aïeules Filaient en paix la laine au pied des meules, Les Bourguignons terribles sont venus, Tout flamboyants du vol des glaives nus.

C'est la défaite horrible, sans bataille :

Pas un soudard au haut de la muraille, Gardant un bout de tour ou de créneaux.

Les pillards ont éventré les tonneaux; Les agnelets, volés dans les étables, Pendent, saignés aux quatre coins des tables, Dans la clameur sauvage des bouchers, Tandis qu'au loin, par delà les clochers,

Le long des eaux, sur la plaine mouvante, Les bras levés de la pâle Epouvante Semblent chasser un peuple de fourmis ; Car tous ont fui devant les ennemis.

Les J3arc fuyaient aussi, traînant Jehanne.

— Ah ! disait-elle, adieu, blanche cabane!

Adieu, village où nos pères sont nés !

Autels de bois humblement adornés.

Petite église où je priais mes saintes, Anges sculptés, belles figures peintes. Vous reverrai-je en quelque autre saison ?

Et cependant le hêtre et la maison Ne seraient point vaine cendre et fumée.

Si l'on m'avait tant seulement armée !

, Pierre la suit, tant frêle, si petit!

Et l'on dirait, chaque fois qu'il blottit Son joli front de garçonnet contre elle, Un oiselet près d'une tourterelle.

Les pieds meurtris saignent dans les cailloux ; Les pauvres vieux, maigres comme des loups,

Tremblent au vent sur leurs bâtons d'érable; Pas une main tendue et secourable, La guerre ayant fait partout des proscrits.

L'écho plaintif répète au loin les cris ; Le regard luit, subitement farouche.

Plus d une, ayant emporté dans sa couche Un enfançon pas encore sevré, Fléchit, hélas ! sous son fardeau sacré.

Les hommes, durs et retenant leurs larmes, Montrent au ciel des poings désireux d'armes ; Quelques chevaux piaffent, la bride au col-, L'ânesse brait, les chiens flairent le sol; Les hauts béliers font tinter leur sonnaille; Et des agneaux, encore blonds de paille, Sauvés en hâte et conduits deux par deux.

Mêlent au bruit de la foule autour d'eux Un bêlement douloureux d'hécatombe.

L'heure est venue où, dans le soir qui tombe, L'ombre à son tour s'avance pas à pas.

Et voici que par là-bas, tout là-bas, Sôus le ciel pâle et pourtant rose encore D'un lambeau du couchant qui se dédore.

Une cité, ceinte de remparts blancs,

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