CE QUI ADVIENT A LA HOULETTTE DE JEHANNE
Les Bourguignons, beaux chercheurs de lippées, Sont repartis dans un fracas d'épées :
Sans plus tarder les Darc sont revenus.
Agneaux bêlants et tout juste cornus, Grands bœufs ayant quasi prunelle humaine, Chèvres, moutons gras et riches de laine, Tout le troupeau que Jehanne aimait tant A saigné sous le fer; et l'on entend Un noir silence au milieu de l'étable.
La pastourelle a dit aux gens :
— Le diable
Est dans le corps de ces damnés bandits; Mais, par le Christ et son saint paradis, Ils subiront peine prochaine et rude.
Puis, sous le charme ancien de l'habitude, Le front penché, tout ainsi qu'autrefois, Sur la houlette inutile en ses doigts, Elle est allée avec le petit Pierre Devers les champs éclatants de lumière; Car maintenant, pauvrette comme elle est, Son Pierrelot est le seul agnelet Qui l'accompagtie et la tienne occupée.
Avec un bout de branchette, coupée Dans le vieux hêtre où rappellent les Voix, Elle a fai^ de sa houlette une croix Qu'elle a plantée en la terre fleurie.
Le vent se tait, la pastourelle prie.
Belle comme un grand lys immaculé.
Voici qu'alors une sainte a parlé, Disant pour elle et seulement pour elle :
— En marche! il faut t'en aller, damoiselle.
Vers les combats où le fer retentit !
Va-t-en d'abord à Burey-le-Petit :
Un homme s'y lamente, pitoyable
Aux bons François qu'un sort mauvais accable ;
Et c'est Durand-Laxart, ton oncle aimé.
Tu lui diras : « Sitôt mon bras armé,
« Plus un Anglais dans le val ou la plaine !
(( Conduisez-moi sur l'heure et d'une haleine,
«f Par le chemin réputé le plus court,
(( Chez le féal Robert de Baudricourt.
(( Dieu l'a chargé, sans vouloir se dédire,
(( De m'envoyer à notre gentil Sire '
(( Que les félons traitent comme un varlet. »
Et cependant que la Voix s'en allait.
L'humble houlette, odorante de sève, Fleurissait comme en un souffle de rêve.
Sans qu'une graine eût rouvert les sillons :
Tant et si bien que nombreux papillons, Ensoleillés comme autres fleurs écloses, Battaient de l'aile autour des belles roses.
Dans îa splendeur soudaine des rameaux.
Ce que voyant, le frère a dit ces mots :
— Ah ! je le sais maintenant, ma sœur belle,
C'est Sire Dieu lui-même qui t'appelle!
Quand je n'étais qu'un pâlot enfançon,
Tu me berçais de si tendre façon
Que j'étais comme un ange avec deux mères.
Or il se peut que les larmes amères
Coulent un jour de t'es yeux tant jolis.
Prends-moi, je veux être là, sous les plis
De ton manteau, dans les méchantes heures :
Nous pleurerons ensemble, si tu pleures.
La marche est rude et les chemins sont longs ;
Mais pour t'aider, par plaines et vallons,
A porter heaume et cuirasse et bannière,
Il ne faut pas te soucier, guerrière.
De trouver un page, puisque tu l'as.
J'aurai quinze ans dès les premiers lilas;
Haute vertu vaut mieux que grande taille ;
Ui\ glaive, si petit qu'il soit, travaille
Gaillardement, quand il est bien trempé;
Je sais des nids d'autour oii j'ai grimpé
Tout par là-haut, en les roches prochaines ;
Sans que des Voix m'aient parlé dans les chênes,
J'ai sûreté de mon très saint patron;
Rt vîtp armé, résolu, point poltron,
rai, qu'il vente, neige ou pleuve, ayant brisé ma lance neuve, lias ! qu'un vain rameau penchant rroyer contre l'Anglais méchant poursuit comme un feu dans les branches.
ayant décroisé ses mains blanches, cœur tout brisé d'un sanglot, s bras serré son Pierrelot.
i bois, les monts et les vallées, es ont chanté, comme envolées eux et clair digue-ding-dong :
onc ! pars donc, bergerette! pars donc!