LA BRI
L'enfant n'aime pas voir des horizons trop large:- ; Il préfère aux plus beaux endroits du monde entier Lu dessin limité dans la blancheur des marges, Un insecte, une fleur, un tout petit sentier.
Son œil ne peut d'ailleurs embrasser l'étendue : Mais il craint d'autant plus l'espace autour de soi. Et sa pauvre âme en lui se resserre éperdue Lorsqu'il accourt vers nous se blottir pris d'effroi.
Tel est partout l'enfant. Voyez-le quand il joue: Il se crée un domaine à sa taille, arbres vert>, Châteaux, jardins, un fleuve, un moulin et sa Tour... Pour n'en pas avoir peur il fait son univers.
Voyez-les tous courir à 1 heure de la lampe Et dans le cercle étroit se presser plus heureux, Parce que le grand monde, où la nuit siffle et rampe, Comme fermé dehors, n'existe plus pour eux !
Sous un pan du manteau de &a sœur — car il neige — Celui-ci (quel plaisir!) va, bien au chaud, sans voir!... Oh! vivre enveloppé dans ce qui nous protège! Bonheur des plus petits, impossible à ravoir!
Des rythmes, des blancheurs de sa fragile couche L'enfant ravi, qui voit son rideau bien fermé. Dort, un rire léger voltigeant sur sa bouche, Car plus il se croit sûr, mieux il se sent aimé.
Mais c'est surtout au nid de vos douces poitrines.. Mères, que les enfants s'enferment volontiers; Là vos deux bras, croisés sur leurs têtes calmes, Au péril inconnu les cachent tout entiers.
Non, ces premiers bonheurs, rien ne doit nous les rendre ; Nous n'aurons plus le rire au rayon du matin, L'amour si confiant, la caresse si tendre, Ni la bécurité du sommeil enfantin!
Les Berceaux.
Et l'homme tout baigné de ses larmes amères Se verra souvent pâle, en deuil, saignant, banni, Vous ne serez plus là, vous dont l'amour, ô mère? Peut seul nous rassurer contre tout l'infini.