‹ La chanson de l'enfantChapitre 15 sur 58 · LA MERE NA TU RE · texte numérisé non relu

LA MERE NA TU RE

Comme on voit vers l'enfant la mère se baisser, La Nature, elle aussi, qui contient tout en elle. Se fait autour de lui petite et maternelle Pour être de sa taille et le mieux caresser.

« J'ai là-bas des glaciers pleins d'une horreur superbe, Dit-elle au faible enfant de sa plus douce voix, J'ai des fleuves grondants, des océans, des bois, J'ai des lions... Mais tiens, vois ces bêtes dans l'herbe;

« Vois cette mousse au creux du vieux mur qui se fend, Et ces fleurs dans les prJs, jaunes, roses ou blanches; Ces nids que j'ai posés dans les plus basses branches, Prends-les; je ne veux pas te faire peur, enfant. »

Elle lui parle ainsi, tremblant qu'il ne s'eff'raie. Des nids, elle en mettra jusque sur la maison ; Et de crainte qu'il voie un trop vaste horizon. Vite elle fait grandir les blés mûrs et la haie.

Et lui, qui se croirait perdu dans l'univers , A ri, sans plus songer comme la terre est grande ; La Nature, il la voit et croit qu'il la commande Dans trois brins de bruyère en guise d'arbres verts.

Il plante gravement ces tiges dans la terre Près du petit ruisseau qui lui semble un torrent, Et la sombre forêt, le fleuve murmurant N'ont pas plus de terreur pour nous et de mystère.

Ainsi l'herbe, la' fleur et l'insecte et le nid L'accoutument d'abord aux prodiges du monde ; Ainsi l'antique aïeule indulgente et féconde Fait d'abord à l'enfant épeler l'infini.

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